1980 CLOSER

Pour ce cinquième volet des pochettes légendaires (publié un petit moment après le quatrième, désolé ; en même temps, je ne compte pas en faire forcément un chaque jour !), encore un article assez court, car au final, peu de choses à dire au sujet de cette pochette. Elle est en effet on ne peut plus évidente, car il s'agit de celle du second (et dernier) album studio de Joy Division, Closer, sorti en 1980. Joy Division, les fans de rock le savent, est un groupe culte. Fondé à la fin des années 70, en Angleterre, il s'appelle à la base Warsaw, en hommage à l'instrumental Warszawa de Bowie (Low, 1977), un classique de la cold-wave alors naissante. Ils changent cependant rapidement de nom pour Joy Division, allusion au nom donné aux quartiers des camps de concentrations réservés aux internées juives prostituées de force pour les bons plaisirs des officiers SS et soldats nazis. Bonjour l'ambiance... Le groupe est connu pour son chanteur, Ian Curtis, frêle, malingre, maladif, épileptique, dépressif, qui se suicidera dans sa cuisine, en se pendant, après avoir écouté The Idiot d'Iggy Pop (Curtis était malade et dépressif, OK, mais écouter un pareil album, remarquable mais d'une noirceur absolue, ça n'aide pas à réfléchir au moment de se foutre en l'air). Closer est sorti après la mort de Curtis, qui venait de finir l'enregistrement de l'album au moment de son suicide. Même ceux qui ignorent tout de la vie de Curtis et du fait que le disque est posthume ne peuvent pas ignorer, rien qu'à regarder la pochette, que le disque est tout sauf gai et insouciant. Comme pour Unknown Pleasures (1979, premier opus, qui montrait, sur fond noir, des reliefs topographiques), elle est monochrome et d'une sévérité, d'une austérité radicale.

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Qu'y voit-on ? Sur un fond blanc de deuil (le blanc est la couleur du deuil dans pas mal de pays), on voit une tombe. Une vraie tombe (pas celle de Ian Curtis, mais une tombe, un mausolée en fait, se trouvant en Italie, la photo ci-dessus permet d'ailleurs de voir le vrai mausolée, appartenant à la famille Appiani). Un homme, gisant. Quatre autres personnes, couchées ou à genoux, en deuil, sauf une, debout, avec  une sorte d'auréole. Un monument funéraire assez impressionnant, qui a du marquer le photographe Bernard-Pierre Wolff et le concepteur de la pochette Peter Saville, vu qu'ils l'ont choisi pour la pochette. Je ne sais pas si la pochette fut pensée après le décès de Curtis ou avant, mais si c'est avant, c'est assez troublant et prémonitoire (il me semble que Closer est sorti très peu de temps après la mort de Ian Curtis). Conçue avant ou après la mort du chanteur à la voix d'outre-tombe (mais quelque peu apaisée sur certains titres, les derniers, de l'album, comme s'il sentait que c'était fini et avait accepté son sort), la pochette de l'album marque les esprits, évidemment. Peu courants, les albums de rock avec un monument funéraire en recto de pochette (au verso, rien, que le nom du groupe entouré de deux virgules, sur fond blanc, voir l'image ci-dessous qui est par ailleurs une photo d'un vinyle collector fait au Japon) ! Ca refroidit les ardeurs ! Le lettrage aussi est funéraire, on dirait ces lettres gravées dans le marbre d'une stèle, très austère et mortifère, tout ça.

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Mais Closer n'est pas un disque joyeux, donc ça correspond parfaitement. Blanc de deuil, monument funéraire, lettrage sobre et de circonstance, austérité du packaging, tout ceci est en accord parfait avec les 44 minutes de l'album, chant du cygne de Joy Division (qui se renouvellera en changeant de nom, New Order, et en devenant plus new-wave/électro). On peut en revanche se demander pourquoi le blanc virginal et endeuillé de la pochette est devenu, en CD, un jaune pisse du plus moche effet... Car il est arrivé  à cette pochette la même chose que pour les pochettes du Hard Again de Muddy Waters et du Lust For Life d'Iggy Pop : blanches à la base, elels sont devenues jaunâtres, ou même carrément jaunes en CD ! Sans doute, pour Closer, est-ce pour rendre le tout moins lugubre... Peine perdue, les mecs, peine perdue.