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Revoilà les Stones. Et voilà un album qui, selon toute logique, ne devrait pas figurer dans les albums mythiques. Et ce, pour deux raisons purement non musicales. D'abord, son titre, ridicule ('sortez vos quéquettes', en gros). Ensuite sa pochette, ridicule elle aussi (Charlie Watts, hilare - déjà, c'est ahurissant - , sautillant, bizarrement vêtu, brandissant des guitares et basses, sur une route perdue, en compagnie d'un...âne porteur d'une guitare et de deux caisses de batterie).
Mais voilà, c'est bien connu, un album devient rarement mythique de la sorte. C'est le contenu, et non le contenant, qui fait de Get Yer Ya-Ya's Out ! un album mythique. C'est un album live enregistré en 1969, sorti en 1970. A ce moment de leur carrière, les Rolling Galets ont déjà perdu Brian Jones, leur guitariste rythmique, mort par noyade dans sa piscine. Ils ont aussi accueilli en leur sein Mick Taylor, qui joue un peu sur Let It Bleed (1969). Et ils ont vécu la tragédie d'Altamont (concert pendant lequel un spectateur Black s'est fait tuer à coups de couteau par les Hell's Angels chargés de la sécurité), l'anti-Woodstock par excellence.

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Get Yer Ya-Ya's Out ! montre les Stones à leur meilleur, malgré la double tragédie d'une année 1969 franchement terrible pour eux (malgré le succès de Let It Bleed). 10 titres, dont deux reprises de Chuck Berry (Little Queenie et Carol, excellentes) et une reprise de Robert Johnson. Beggars Banquet et Let It Bleed, les deux derniers albums du groupe, sont bien représentés ici : Street Fighting Man ferme le bal avec panache, Stray Cat Blues est présent dans une version assez grandiose, Sympathy For The Devil est un sommet du live. Voilà pour Beggars Banquet.
Honky Tonk Women (version single et rock du Country Honk de Let It Bleed) assure grave avec ce riff anthologique, Love In Vain est une superbe reprise de Robert Johnson, sépulcrale à souhait, et Midnight Rambler, chanson sur un maniaque rôdeur, est sensationnelle. Seul un titre ne me plaît pas (mais c'est déjà le cas de la version studio), Live With Me, malgré la basse immense de Bill Wyman. Voilà pour Let It Bleed.
On trouve aussi le tube single Jumpin' Jack Flash, qui ouvre à merveille ce concert anthologique des Rolling Cailloux. Comme vous pouvez le constater, on tient ici un live mythique, un des plus grands, le meilleur du groupe, un condensé de pur rock mâtiné de blues, une setlist incroyable et des musiciens en grande forme (Keith Richards, Charlie Watts, Bill Wyman, Mick Taylor, le pianiste Ian Stewart...et, bien entendu, le chanteur, grandiose Mick Jagger). Get Yer Ya-Ya's Out ! est un disque essentielle de la saga des Stones qui Roulent.
Tout simplement.
Et ce, en dépit de cette pochette absolument ridicule (mais marrante).

 

Ce vieux con de Leslie ramène sa fraise !

 

« The greatest Rock n’ Roll Band In The World : The Rolling Stones ! »

Tout est dit dès l’intro : le titre mondial des poids lourds n’est plus en jeu. Les Beatles jettent l’éponge, le Zep vient de se voir attribuer le titre d’espoir de l’année, Hendrix vient de canner tout connement, le Floyd boxe encore dans les catégories amateurs… Restent nos foutus Stones, bande de morfalous qui viennent de faire une mainmise chez les Ricains. Les Rosbeefs Sataniques ont saccagé le territoire yankee lors d’une tournée automnale en 69 : galvanisés par leur nouvel angelot blond à la guitare, les Stones ont proposé une orgie rock n’ blues bien copieuse, avec de vrais morceaux de génie dedans.

Et ils avaient fait appel à des porte-flingues de concours : Terry Reid, mais surtout Ike & Tina, BB King, Chuck Berry en première partie, no shit… Les mecs demandaient si tout le monde avait payé ses dettes sur une version primaire de Street Fighting Man, et bien ici ils paient les leurs à leurs héros. Longtemps, les performances des premières parties avaient été laissées sous clefs par Decca (vengeance par rapport à leur futur départ chez Ertegun et Atlantic ?). Ce qui permettait à un Jagger taquin de déclarer dans diverses interviews : « j’ai les bandes à la maison, et c’était bien.. . ». Le monument espéré de ces rencontres au sommet ne pouvait pas atteindre l’Everest, il fallait se contenter d’un Mont-Blanc stonien enregistré entre les 26 et 28 novembre 1969 à Baltimore et au MSG de New York City.
Mais quel Mont Blanc ! Pas de la vulgaire crème dessert, mais des beaux stylos bien gaulés…

Dix jours avant le funeste rendez-vous d’Altamont, les Stones roulent sur tous leurs cylindres. Un moteur huilé à la perfection qui ne souffre aucun ralentissement. Ici, les Stones catapultent leurs classiques récents, ainsi que trois reprises bien senties, aux frontières du hard. La rythmique imperturbable de Watts et Wyman (souveraine, comme toujours), l’étonnante entente Richards-Taylor, et un Jagger cabotin comme pas deux (« vous ne voulez pas que mon futal tombe, quand même ? ») assurent un royal spectacle.

Les hostilités démarrent par un Jumpin’ Jack Flash basculé cul-sec, avec un refrain moins « narquois » qu’à l’origine. Mais dans le genre « intro qui te déchire le slip », allez trouver mieux !
Le Carol qui suit voit Richards se livrer à son exercice favori : l’imaginer, banane jusqu’aux oreilles, en train de tronçonner les bons vieux riffs de cette enflure de Chuck , les saignant à sang pour en extraire la substantifique moelle, est un pur bonheur.

Stray Cat Blues passe du porno au pédophile : la victime « consentante » n’a plus 15 ans, mais 13 ! Jagger ne veut pas sa carte d’identité, mais si il essayait de refaire la même aujourd’hui… La version proposée ici est moins crue soniquement que la version studio, le ton hard-blues ne la sert pas favorablement… Plus lente, mais notons quand même quelques jolies phrases de Taylor (à son sommet en 69, moins bavard que lors des tournées suivantes).

Love In Vain est magnifique, mais moins touchante que la relecture studio. Mais avec les images des ralentis sur Jagger sur « Gimme Shelter », ça prend une dimension magique. Taylor montre que ses années d’études chez Mayall se sont avérées utiles…

Bon, déjà le sommet du disque… Midnight Rambler… Les superlatifs manquent pour une pareille démonstration de force : un harmonica démentiel, un Taylor en verve comme rarement (les phrases finales, mein Gott !), tout est parfait ici ! Le frisson qui devait parcourir les arènes quand ce tour de force était joué…

Sympathy For The Devil… Placée en début de face B, malgré le fait qu’elle était jouée en début de concert… Pour suivre ce Midnight Rambler de folie, il fallait un autre coup de massue pour démarrer la deuxième face. Les stars se nomment Richards et Taylor ici, ils échangent coups de rasoir et gnons dans la tronche, pendant que Jagger tente d’arbitrer les débats. Loin des versions plan-plan proposées depuis 1989, le groupe jubile ici ! Wyman et Watts forment une section rythmique pneumatique et c’est absolument jouissif…

Live With Me est de ces titres qui gagnent au passage sur scène, selon moi. La basse est moins saisissante, mais l’impression d’ensemble est meilleure : groupe serré comme un poing, rockant sans ambages à travers un déluge de saturation… Version directe et absolue (ces petits trucs de gratte à 2.15… frissons)

Deuxième sommet… Creuse, creuse ton sillon, mon bon vieux Keith ! Richards redéfinit le rock n’ roll tout au long d’une version terminale de Little Queenie. Qu’importe si le Jag ‘ ne s’approprie pas les mots avec la même ferveur gourmande que Berry… Isolez vos oreilles sur Keith, c’est fabuleux…

Suit un Honky Tonk Women polisson comme il se doit, aux paroles changées en partie : balade sur les boulevards parisiens, et ses marins charmants… Richards brille aux chœurs, et Lester Bangs écrira qu’il était regrettable que Keith n’ait pas chanté un couplet entier avec Keith. On ne peut qu’acquiescer face à un tel charme vocal. Let It Bleed avait redéfini la place de Keith en patron en second du groupe, ce live confirme et enfonce le clou.

Le final, Street Fighting Man, est sublime : à la fois concis, inspiré, et hargneux. Les versions futures de 72 et 73 seront plus barrées et violentes, mais la barbaque proposée ici est nerveuse, gouteuse…
De quoi provoquer des indigestions aux fans de riz complet !

La pochette ? Ah oui ! Watts mis en avant, pour une fois, dans une posture ridicule et tordante, avec un âne… Histoire de dédramatiser le propos sanglant, après tout, ce n’est que du rock n’ roll, non ?

Oh ? Vous êtes repus ? ça va pas non ! Les Stones ont enfin délivré le restant de la marchandise à la fin de l’année 2009 !
Deux titres acoustiques Jagger-Richards à l’ancienne, Prodigal Son et You Gotta Move, souverains et oasis de fraicheur au milieu de la fournaise.
Et trois bons vieux classiques de 1965-66, Under My Thumb, I’m Free, et Satisfaction, revampés à la sauce du jour…
On peut pinailler sur la pertinence d’avoir placé ces titres sur un disque à part, plutôt que de les avoir inclus dans le set… What the fuck ? Profitons…
Quoi ? Quand y’en à plus, y’en a encore !
Les performances de BB King et Ike & Tina font enfin partie de l’édition deluxe ! Le blues bonhomme et le soul-funk bandulatoire du duo Turner sont plus que des amuse-gueules, des bonbons à déguster à tout moment, fondants et corsés.
Le livre et le DVD ? Ben, encore de la belle ouvrage !
Mais je sens que j’ai été très bavard… On with the show, good health to you !

FACE A
Jumpin' Jack Flash
Carol
Stray Cat Blues
Love In Vain
Mifnight Rambler
FACE B
Sympathy For The Devil
Live With Me
Little Queenie
Honky Tonk Women
Street Fighting Man