1970 IN ROCK

Pour ce quatrième volet des pochettes de légende, voici un disque de hard-rock séminal. Ce n'est pas le premier album de hard-rock de l'histoire (c'est probablement le premier Steppenwolf éponyme, de 1968, ou le Vincebus Eruptum de Blue Cheer, même année), ni le premier album de Deep Purple (même si, dans un sens, si : c'est le premier album de leur formation MkII, la plus connue et culte, et c'est leurs vrais débuts pour le grand public), mais In Rock, sorti en 1970, est tout de même sacrément important. Musicalement, car les 7 titres qui constituent les 42 minutes de cet album sont anthologiques, entre riffs surpuissants, chant suraigu et également puissant, rythmiques de folie, breaks hallucinants, folles cavalcades soniques, ambiance de folie furieuse. Une production (de Martin Birch, l'illustre Martin Birch), également, à la hauteur des morceaux et du groupe. Bref, In Rock est clairement gravé dans le marbre, dans l'histoire du rock et du hard-rock. Mais comme je l'ai déjà dit, cette série d'articles parle des pochettes, et seulement des pochettes. Autant le dire tout de suite, cet article sera plus court que les trois précédents de la série, et il ne sera pas le seul, d'autres, par la suite, seront aussi assez courts (bon, au moins deux paragraphes, hein, voire même trois, mais quand même, ça ne sera pas aussi étendu que les précédents). Je m'en excuse d'avance. Mais reparlons de l'album, de sa pochette, je veux dire. La photo de pochette est, autant le dire directement, la même au recto qu'au verso (pochette gatefold, qui s'ouvre, donc, avec, à l'intérieur, les paroles, crédits et photos individuelles des cinq membres du groupe).

1970-in-rock-01-2

Intérieur de pochette vinyle 

Cette pochette, à elle seule, résume bien le (hard-) rock britannique : on a souvent reproché aux rockeurs britanniques leur suffisance, cela fut reproché à Cream lorsqu'ils sortirent Wheels Of Fire, double album de 1968 à moitié live avec notamment deux titres de 16 minutes ; ou quand Blind Faith sortirent leur unique album, éponyme, en 1969, avec un Do What You Like d'un quart d'heure ; ou quand le Pourpre, Deep Purple, donc, sortirent Made In Japan, double live (vendu au prix d'un seul disque) de 1972 avec seulement 7 titres, dont un de 20 minutes et pas mal des autres dans les 10 minutes de temps. In Rock, lui, se paie le luxe de sortir sous une des pochettes les plus mégalomaniaques de l'histoire : à l'époque totalement inconnu (leurs précédents albums, sous une formation un peu différente, n'ayant pas été des succès du tout), le groupe se permet de se représenter sur le Mont Rushmore, à la place des Présidents des USA qui y sont représentés (Lincoln, Washington... Jefferson, aussi) ! D'où évidemment le titre de l'album ('Dans le roc'), qui est en double sens. Le photomontage est, surtout pour l'époque, vachement bien foutu. Le message de la pochette est évidemment clair : Deep Purple s'autoclasse meilleur groupe de hard-rock, celui à retenir, et fuck Led Zeppelin dont les deux premiers albums, en 1969, ont littéralement traumatisé les auditeurs et rock-critics de l'époque. Une attitude très mégalo, sûre d'elle, suffisante, pleine de morgue, qui, j'en suis sûr, a du parfois être mal prise à l'époque, j'ignore ce que les Américains ont pensé de ce groupe anglais peu connu se permettant l'outrage de désacraliser un des monuments les plus patriotiques et connus, mythiques de la relativement courte histoire des USA. Déjà qu'un autre britannique, Hitchcock, en 1959, s'était permis de faire finir sa Mort Aux Trousses de folie sur le Mont Rushmore...

220px-Deep_Purple_in_Rock_-_Anniversary_edition

Edition CD collector des 25 ans (les autographes sont directement imprimés sur le boîtier)

Mais si l'album sortira, en fonction des pays, avec une pochette parfois simple (sans ouverture gatefold), parfois en noir & blanc au lieu d'être en belles couleurs, jamais la pochette ne sera censurée, le Mont Rushmore bidouillé avec les bobines de, dans l'ordre, Ian Gillan, Ritchie Blackmore, Jon Lord, Roger Glover et Ian Paice restera en l'état. Heureusement. L'intérieur de pochette est, lui, plus sobre : les paroles des 7 titres d'un côté, les photos des membres de l'autre, avec, aussi, pour chaque morceau dans les crédits, une petite note amusante (Child In Time : The story of a loser ; it could be you) pour décrire, sans vraiment la décrire, la chanson. Rien de vraiment percutant, visuellement parlant, rien d'aussi marquant que la pochette recto/verso (la même, je le redis). Même le lettrage, ces lettres noires serrées, est remarquable. A l'arrivée, une pochette osée, un peu mégalo (et prémonitoire, car le groupe, dans les années 1970/1973, est réellement un des plus grands de sa génération et de son genre), et vraiment sublime et culte !