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En 1973, Véronique Sanson, deux albums à son actif (deux très très bons albums, qui offrent déjà à la chanteuse une petite collection de classiques comme Amoureuse, Une Nuit Sur Son Epaule et Chanson Sur Ma Drôle De Vie), se marie avec Stephen Stills, musicien américain, et part vivre avec lui, en Californie. Elle va rapidement se retrouver enceinte, le futur Christopher (au moment de la sortie du troisième album, le bambin avait 5 mois, et l'album est sorti en septembre 1974). Au cours  de cette même année, la belle va écrire et composer les chansons qui vont donner lieu à ce troisième album, le premier d'une série aujourd'hui qualifiée d'époque hollywoodienne. Ce troisième album, sorti sous une sublime et sobre pochette la représentant, quelque peu pensive, s'appelle Le Maudit. Il sera, à sa sortie en 1974, un gros succès commercial et critique, on en parle encore comme d'un des meilleurs albums de la chanteuse, si ce n'est son sommet absolu. C'est, si on met de côté les tubes épars de sa carrière, avec ce disque que j'ai découvert Véronique Sanson, sur les conseils d'un ancien membre du blog, Leslie Barsonsec, qui avait un jour dit, dans un de ses commentaires, qu'il comptait cet album parmi ses préférés de la chanson française, et comme un des meilleurs représentants du genre. Il n'en fallait pas plus pour titiller ma curiosité. Je me rends dans une médiathèque non loin de chez moi, je trouve le disque en CD, je l'emprunte, l'écoute, adore tellement que je l'achète en CD dans la foulée (vendu pas cher)...et que deux mois plus tard, je me paie le vinyle !

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Une chose qui m'a plu, avec ce disque, c'est l'accompagnement musical. Sanson a profité des relations musicales de son musicien de mari pour engager, sur le disque, des pointures du son soft/rock californien de l'époque, tels que Kenny Passarelli et Lee 'Father Time' Sklar (basse), Joe Lala (percussions), Donnie Dacus (guitare), Russ Kunkel et Harvey Mason (batterie)...son Stills de mari joue de la basse sur On M'Attends Là-Bas, morceau sur lequel la Véro joue un peu de guitare, elle qui, sinon, tient les claviers sur l'ensemble de l'album. L'album a été enregistré au Record Plant de Los Angeles et aux studios A&M également à Los Angeles, et a été produit par Véronique, et mixé par Stills et James William Guercio. On voit les noms, pas des rigolos. Passarelli, à l'époque, jouait avec Elton John (qui, à l'époque, enregistrait au Caribou Ranch Studios de Guercio), et a joué avec Joe Walsh. Lala a joué avec Stills, notamment (dont Manassas). Kunkel aussi. Sklar, connu pour son look de Père Noël, est un bassiste légendaire, qui collaborera fréquemment avec Sanson, Phil Collins... Le Maudit, troisième opus de Sanson, est un disque assez sombre. Tout en appréciant sa nouvelle vie ricaine (mais bientôt, l'alcool et les drogues dures vont quelque peu polluer le bonheur...), Sanson a le blues, le mal du pays. La chanson-titre, Le Maudit (Mais Ta Douleur Efface Ta Faute), parle d'elle, mais au masculin, elle n'est pas tendre avec sa propre personne. Bien des années plus tard, et devant elle, Michel Berger louera cette chanson, une de ses plus belles, une des plus intenses. Pas rancunier, le Michel, la chanteuse l'ayant plaqué, et plaqué leur collaboration, pour vivre le rêve américain...

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Disque parfait, une quasi-quarantaine de minutes (il en dure 39:52 précisément) très orientées pop/rock, Le Maudit offre notamment Christopher, ballade sublime, en anglais, sur son fils, pas encore né quand elle a enregistré le disque. C'est la première chanson de Sanson dans la langue de Shakespeare, il y en aura d'autres, et elle se démerde très bien. L'album offre aussi le sublimissime Alia Soûza, magnifique petite chanson au climat samba qui ouvre à merveille le disque, et fait partie des classiques. On M'Attend Là-Bas, avec ce riff de guitare très rock et sensationnel, achève à la perfection un disque souvent introspectif (le très rock Les Cloches De Carmel, Un Peu Plus De Noir, Véronique, Ma Musique S'En Va), parfait de bout en bout, sur lequel on serait bien en peine de trouver une chanson moins réussie que les autres, il n'y en à en tout cas aucune qui puisse être qualifiée de mauvaise. Cent Fois est entraînante, Bouddha est contemplative et superbe, et contient cette phrase sans équivoque : Là où je suis, c'est bien différent, je ne joue plus pour personne ...est-ce une allusion au fait que, désormais, Véronique vit à Los Angeles, où elle est une parfaite inconnue ? La production de ce disque est éclatante, l'album sonne très 70's, certes, mais de la musique 70's d'une qualité exceptionnelle, bien loin devant la majeure partie de la production française de l'époque (Sardou, Hallyday, Cloclo...). Si vous aimez la chanson française, la bonne, cet album est rigoureusement indispensable. Seul reproche à faire, non musical : l'intérieur de pochette (qui offre les paroles, heureusement), et son artwork des plus ratés, deux photos certes jolies, mais reproduites, chacune, deux fois, quel est l'intérêt ? Mais je chipote... Sanson est ici à Hollywood. Elle va bientôt nous embarquer pour Vancouver...

FACE A

Alia Soûza

Christopher

Cent Fois

Véronique

Un Peu Plus De Noir

Le Maudit (Mais Ta Douleur Efface Ta Faute)

FACE B

Ma Musique S'En Va

L'Etoile Rouge

Les Cloches De Carmel

Bouddha

On M'Attend Là-Bas