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C'est difficile de parler d'un tel disque. Pas parce qu'il est réussi, car, non, désolé, mais il ne l'est pas. Dirty Work est un des plus mauvais albums des Rolling Stones, voilà, c'est dit. Il y à pire encore chez le groupe : Bridges To Babylon de 1997 est vraiment pourri, mis à part une ou deux chansons, et pour moi, Emotional Rescue de 1980 est encore plus raté que tous les albums ratés du groupe. Ensuite, on peut citer Undercover (1983), qui est du même niveau que Dirty Work, c'est à dire un niveau bien faible, mais pas non plus une catastrophe absolue. Au sujet de Dirty Work, je l'avais déjà abordé ici en 2010, je l'avais d'ailleurs classé dans la catégorie des 'ratages'. J'ai depuis changé la catégorie ('rock'), tout en conservant le tag, histoire de dire que, oui, ce disque est très médiocre, mais qu'il y à, franchement, pire, rien qu'au sein du groupe. Mais ce disque n'a pas grand chose pour lui : sa pochette est hideuse, tant au recto (couleurs atroces, tenues flashy honteuses, lettrage pourri, regards éteints, sauf pour Jagger qui, avachi pieds nus sur le sol, semble légèrement se marrer, regardez ses yeux) qu'au verso (voyez plus bas), ainsi que la sous-pochette comprenant les paroles plus un comic-book horrible dessiné (très mal) de la main de Jagger, voyez, là auss, plus bas. Ensuite, avec un tel titre d'album ('sale boulot'), difficile de ne pas voir mauvais présage, ou de se dire que l'album est très bien nommé. Enfin, la situation, au sein du groupe, est tout simplement intenable, en 1985/86 (enregistrement et sortie de l'album).

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Dos du CD - pour le vinyle, c'est à peu près pareil, pour le fond 

On va d'abord parler d'un drame survenu pendant l'enregistrement, la mort du pianiste, arrangeur, manager et surtout pote Ian Stewart, il n'avait pas la cinquantaine. Un court morceau de 30 secondes, situé en fin d'album, non crédité, lui rend hommage, une version piano de Key To The Highway, classique du blues. Ensuite, Charlie Watts (batteur), est en pleine addiction à la drogue, et il se retrouve dans un état proche de l'Ohio, difficile de bien jouer. Enfin, les relations entre Jagger et Richards, à l'époque, et cepuis 1982 environ, sont à peu près aussi conviviales que le seraient celles d'un des rescapés du naufrage du "Costa Concordia" avec le commandant de bord du même bateau. Une ambiance de merde. VRAIMENT de merde. On notera la présence de plusieurs musiciens de grand talent, invités, sans aucun doute là pour redorer un peu le blason, remonter le moral des troupes, ou combler des trous (du style un batteur ou deux pour jouer à la place d'un Watts déglingué, un guitariste pour jouer à la place d'un Richards qui ne veut pas jouer ce titre, etc) : Bobby Womack, Jimmy Page (hé oui ! Il joue sur le premier titre), Don Covay, Patti Scialfa (femme de Springsteen), Jimmy Cliff, Tom Waits, Kirsty MacColl, Ivan Neville (des Neville Brothers), Anton Fig, Steve Jordan, Charley Drayton... La production de l'album, une première depuis 1973, n'est pas signée des Glimmer Twins (Jagger et Richards) seuls, car ils coproduisent, mais en collaboration avec Steve Lillywhite (U2, The Cure, Simple Minds...). Tous les albums du groupe, depuis 1974, étaient produits par Jagger et Richards seuls. Ca ne sera plus le cas dès Dirty Work, qui a, au fait, été enregistré à Paris, comme tous les précédents opus du groupe depuis Some Girls.

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Faiblard, miné par une production trop ancrée dans son époque (qui plus est, comme je l'ai précisé, Lillywhite est un spécialiste du gros son pop new/wave 80's...), l'album est court, 40 minutes pour ses 11 titres (10 chansons plus le bonus-track de 30 secondes non crédité). Les détracteurs diront que c'est déjà un bon point. Bien que faibard, donc, très inégal, l'album possède quand même trois chansons vraiment bonnes, et je n'exagère en rien en disant cela. Ce sont la reprise de Harlem Shuffle, One Hit (To The Body) et Sleep Tonight, laquelle est une des deux (avec le reggae pourri Too Rude) à être chantée par Keith Richards. Ces trois chansons sont franchement bonnes, ce ne sont certes pas des classiques à ranger à côté de Brown Sugar, Rocks Off ou Jumpin' Jack Flash, mais il n'y à rien d'infâmant ici, dans ces trois morceaux. Riffs efficaces, refrains entêtants, bon rythme. Le reste de l'album est franchement moins bon, même si Winning Ugly et Dirty Work se laissent écouter quand même. Mais Hold Back, Back To Zero, Had It With You (qui semble parler des tensions entre Jagger et Richards), Fight et Too Rude sont franchement mauvaises. Au sujet des titres des chansons, marrant de constater que pas mal d'entre elles ont de la violence, de l'agressivité, dans leurs noms : Had It With You ('ma claque de toi'), Fight, Too Rude ('trop brutal'), Winning Ugly ('gagné salement'), Back To Zero ('de retour à zéro'), One Hit (To The Body) ('un coup au corps'), Dirty Work... Les chansons reflètent bien, comme la pochette (les expressions de Keith, Wyman, Woody...), la tension ambiante. Il faudra attendre trois ans pour que les Stones, qu'on estimera dès lors finis pour le compte entre temps, ne refassent un disque, une fois que Jagger et Richards se seront un tant soit peu réconciliés, et ça sera le très très bon (et sous-estimé) Steel Wheels en 1989.

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Le comic-book de la pochette, dessiné par Jagger 

En attendant, Dirty Work, classé parmi les pires albums des Galets, est, il est vrai, un ratage. Même si trois chansons sont bonnes et deux autres, assez écoutables. Mais les cinq restantes sont si mauvaises qu'elles foutent vraiment le disque en l'air. Un album qui n'avait, de plus, pas besoin de ça, car on peut se dire que, compte tenu des circonstances (mauvaise ambiance, soucis divers, etc), c'était assez miraculeux que le groupe ait réussi à faire ce disque. Mais, vraiment, même en essayant très fort, impossible d'aimer cet album. Tout au plus j'apprécie ses quelques (rares) bonnes chansons, et je salue l'effort, mais quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Je préfère même Undercover (pourtant médiocre aussi), c'est dire... Mais je préfère quand même Dirty Work à Emotional Rescue et Bridges To Babylon, aussi.

FACE A

One Hit (To The Body)

Fight

Harlem Shuffle

Hold Back

Too Rude

FACE B

Winning Ugly

Back To Zero

Dirty Work

Had It With You

Sleep Tonight

Key To The Highway [non crédité]