The_Rolling_Stones_Dirty_Work

C'est difficile de parler d'un tel disque. Cette phrase précédente était la première de ma précédente chronique (désormais remplacée par celle-ci) sur cet album, et en effet, avec le temps et avec mes goûts musicaux qui s'affinent, évoluent, en bien comme en mal, je pense que cette phrase est toujours d'actualité. Il est en effet vraiment difficile de parler de Dirty Work. Ou alors, non, c'est facile, il suffit de jouer la carte de la facilité et de dire c'est une merde, le pire album des Rolling Stones, et voilà, chronique suivante SVP. 

Oui mais...mais non, quoi.

OK, Dirty Work est un mauvais album. Je pense que tout le monde, Keith, Mick, Charlie, Ron, Bill, vous, moi, Macron, Trump, la Reine d'Angleterre, le petit-fils de votre voisin âgé, le vendeur de montres à la sauvette du quartier de l'Opéra ou le conducteur du bus qui, tous les matins, transporte votre belle-soeur à son boulot (et elle aussi, tant qu'à faire, est concernée), tout le monde sera d'accord. Mais je n'avais pas envie de classer ce disque dans les ratages (il y est pourtant) parce qu'il a des circonstances atténuantes. Le groupe était dans une crise tellement monumentale qu'ils se sont quasiment séparés (pas de manière officielle, mais au sein du groupe, c'était presque acté) après, ne se reformant qu'en 1989 (album Steel Wheels, qui sera l'objet de leurs premiers concerts depuis...1982 !) après sa sortie en 1986. Oui, 1986. Quand je disais que l'album avait des circonstances atténuantes. On ne va pas parler de la pochette, hein. Ou plutôt, si, parlons-en : le pire du pire du graphisme mid 80's en 30 cm sur 30 cm. Je ne sais pas qui a dit au groupe que ça serait une bonne idée de se fringuer comme des Skittles défoncés, avachis derrière, sur, ou devant un canapé vert d'eau pâle posé sur une moquette bleue (et je ne parle même pas du verso et de la sous-pochette, à donner envie d'être aveugle), mais qu'on le pende par les couilles à une potence suspendue du haut de la plus haute tour de La Défense par temps de grand vent. Et qu'on le recouvre de miettes de pain collées par du miel pour le faire picorer par les oiseaux.

Rien que les expressions sur les visages de Woody et Wyman (sans parler de Watts qui a la tête baissée de honte) en dit long. 

RS2

Marqué par le décès de leur pote/claviériste/manager/gourou Ian Stewart (un morceau caché, reprise instrumentale de Key To The Highway interprétée par ses soins, achève l'album pour lui rendre hommage), Dirty Work ("sale boulot", rarement un titre d'album aura été aussi bien trouvé) fait suite au déjà franchement insipide et médiocre Undercover (1983), album que je n'aime pas des masses, mais qui offre tout de même deux-trois morceaux qui me plaisent. Mais bon, déjà, ça sentait la pisse. Là, malgré, aussi, deux-trois chansons qui me plaisent, ça ne sent plus la pisse, ça sent carrément la merde. L'album a été marqué une dégradation absolue des relations internes, notamment entre Jagger et Richards (le regard qu'ils se lancent au début du clip de One Hit (To The Body) en dit long, ce n'est pas un simple regard histoire de cadrer avec la chanson...). Charlie Watts, lui, de son côté, va pendant un temps relativement court, mais épuisant, sombrer dans la drogue. Et on ne parle pas de cannabis, mais de piquouze. Le groupe était en tel état d'autodestruction (Jagger avait fait un disque solo, She's The Boss, en 1985, il est sorti alors que le groupe entre en studio pour faire Dirty Work, et il ne pensait qu'à une chose, défendre son disque sur scène plutôt que d'enregistrer l'album de son groupe) qu'on a demandé à plein d'invités de venir faire le boulot : Bobby Womack, Ivan Neville (des Neville Brothers), Jimmy Page. Oui, Jimmy Page, de Led Zeppelin ! C'est lui qui est à la guitare électrique sur le solo de One Hit (To The Body).

RS3

 

Une des rares choses à sauver du marasme de cet album, d'ailleurs, cette chanson, bien tuante, qui ouvre à la perfection l'album. La production (en partie signée Jagger/Richards, alias The Glimmer Twins, et en partie signée Steve Lilywhite) est moyenne, datée, sur l'album, mais cette chanson inaugurale fait bien son boulot et on ne s'en lasse pas. Même chose pour Harlem Shuffle (une reprise de Bob & Earl) et pour le final interprété par Keith, Sleep Tonight, sublime et méconnue. Le reste ? Des chansons aux titres qui, parfois, semblent autant de reflets de la situation de l'époque (Fight, Dirty Work, Had It With You - "marre de toi" -, Winning Ugly) et qui, franchement (on en parle, du reggae Too Rude de Keith ? Non, hein ?), sont embarrassantes. Le groupe n'interprétera jamais les chansons de l'album en live (une tournée fut envisagée, rapidement, mais Jagger ne voulait pas en entendre parler). Harlem Shuffle et One Hit (To The Body) durant la tournée mondiale de Steel Wheels en 1989/1990, et c'est tout. Comment s'en étonner ? Dirty Work, au final, est bel et bien le plus mauvais album des Stones, même si ce n'est pas celui que j'aime le moins (c'est Emotional Rescue, je pense). A ne réserver qu'aux fans ultras. Il pue vraiment de la gueule, celui-là. 

FACE A

One Hit (To The Body)

Fight

Harlem Shuffle

Hold Back

Too Rude

FACE B

Winning Ugly

Back To Zero

Dirty Work

Had It With You

Sleep Tonight

Key To The Highway [non crédité]