limprudence

 Attention, on tient ici un des albums les plus étranges, atypiques, complexes qui existent, dans le paysage musical français. L'Imprudence, sorti en 2002, est le onzième (et avant-dernier) album studio d'Alain Bashung, et on en parle comme du dernier volet d'une trilogie noire, sombre, expérimentale, débutée en 1982 par Play Blessures et poursuivie en 1989 par Novice. Deux albums dont le succès commercial, à l'époque de leur sortie, est inversement proportionnel à leur qualité (et ce sont deux albums immenses ; comprendre par là qu'ils ont foiré au hit-parade !). L'Imprudence, album studio le plus long de Bashung (66 minutes, 13 titres, dont un de quasiment 8 minutes et un autre de quasiment 10 minutes), marchera mieux que Play Blessures et Novice, mais ne sera pas non plus un succès monstrueux comme l'ont été Osez Joséphine, Passé Le Rio Grande... ou Fantaisie Militaire. Lequel était, jusqu'à 2002, le dernier album de Bashung, qui a donc mis quatre ans à refaire un disque (Fantaisie Militaire : 1998). Il mettra encore plus de temps avant de refaire un album, vu que Bleu Pétrole, son suivant et ultime, sortira 6 ans après L'Imprudence, en 2008, et Bashung défuntera un an après... Mais revenons à L'Imprudence. C'est le dernier album fait en collaboration avec le parolier Jean Fauque, et il propose aussi une chanson écrite en duo avec Miossec (Faisons Envie). Fauque, ami de Bashung depuis avant leur collaboration, a commencé à écrire pour Bashung en 1989 sur Novice, et depuis, c'était une collaboration aussi efficace et régulière que Stephan Eicher et Philippe Djian, ou la grande époque de Jagger et Richards. Sans doute pour changer d'air, Bashung ne fera pas appel à lui pour Bleu Pétrole, engageant Gaëtan Roussel (et Manset lui signera quelques chansons aussi).

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L'Imprudence a été enregistré avec des musiciens grandioses, et au studio ICP de Bruxelles. On trouve, sur ce disque, Simon Edwards (basse, contrebasse), Martyn Barker (batterie, percussions), Marc Ribot (guitare), Arto Lindsay (guitare), Mino Cinelu (percussions), Steve Nieve (claviers), Arnaud Devos (guitare, percussions, programmations), plus des cordes dirigées par Mark Steylaerts et des programmations de Mobile In Motion (qui cosignent certains morceaux). Avec des morceaux avoisinant, en moyenne, les 5 minutes (le plus court, Jamais D'Autre Que Toi, ne fait que 2 minutes, et est en fait une déclamation d'un poème de Robert Desnos, accompagnée par une mélodie envoûtante et minimaliste), avec ses cordes et ses programmations, ce disque est le plus difficile d'accès de Bashung. Et je n'exagère pas. Sombre comme sa pochette (laquelle est sublime) montrant un Bashung à la beauté gothique et byronesque dans un sous-bois, en noir & blanc, L'Imprudence n'est pas l'album que je conseillerais si vous ne connaissez pasencore le boulot de l'Alsacien. J'ai même envie de dire de finir votre découverte par ce disque. Je l'ai découvert en 2002, ce disque, lors de sa sortie, donc, et j'ai mis, allez, 4 ou 5 ans avant de vraiment commencer à l'aimer. La première écoute fut difficile, la seconde (trois/quatre mois après) aussi, et autant que je me souvienne, la troisième (dans un laps de temps similaire) aussi, puis, j'ai cessé de l'écouter pendant un an ou deux, avant de revenir dessus. Il faut du temps et de la volonté, du courage, pour écouter ce disque long (mais magnifique) et intense, sombre, triste, parfois glauque, sans sourciller. A l'arrivée, clairement, c'est un des sommets de Bashung, un de ses disques les plus exigeants et renversants, un de ses plus originaux et habités.

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 Mais, oui, clairement, il faut prendre son temps, ne pas écouter ce disque trop souvent et dans un laps de temps trop rapproché, car c'est vraiment le prix à payer pour parvenir, au bout du compte, à dompter cet album. Des chansons telles que Tel (justement), le grandiose L'Imprudence (qui reprend les paroles de Tel) de quasiment 10 minutes, Le Dimanche A Tchernobyl, Faites Monter, Noir De Monde, Faisons Envie, Je Me Dore, Dans La Foulée et cet immense Mes Bras de 7,45 minutes, toutes ces chansons, et les autres, sont autant de merveilles, de petits diamants noirs qui n'attendent qu'une chose, être découverts. Ca vous prendra sans doute du temps, et sans doute pas. Si ça se trouve, dès la première écoute, vous allez (ou avez été) être sous le charme de ce disque étrange, enivrant, envoûtant, et si exigeant. A l'avenir, laisse venir... l'imprudence...

Tel

Faites Monter

Je Me Dore

Mes Bras

La Ficelle

Noir De Monde

L'Irréel

Jamais D'Autre Que Toi

Est-Ce Aimer

Le Dimanche A Tchernobyl

Dans La Foulée

Faisons Envie

L'Imprudence