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Ce disque est assez important pour moi, vu que je le possède en trois exemplaires, ce qui est assez rare chez moi (si on met de côté les Pink Floyd, Beatles et Led Zeppelin que j'ai en vinyles, et en ancienne et nouvelle édition CD) : le vinyle, récemment réédité ; l'ancienne édition CD, et la réédition. C'est d'ailleurs par le biais de la réédition CD, au boîtier digipack plastique, que j'ai débuté avec cet album. Il m'est devenu rapidement essentiel pour ce qui est de la pop-rock française. Deuxième album de Fredericks/Goldman/Jones, fameux supergroupe vocal fondé par Jean-Jacques Goldman en 1990 et qui se séparera vers 1994 ou 1995, il s'agit donc de Rouge, sorti en 1993. Le premier album du groupe, éponyme (1990), est une vraie merveille remplie de hits (A Nos Actes Manqués qui fut violé il y à quelques années par M Pokora, Né En 17 A Leidenstadt, C'Est Pas D'L'Amour, Nuit, Un Deux Trois) et renfermant le long et monumental Tu Manques. Succès monstre. On parle de Goldman, donc c'est normal, mais ici, l'Homme en Or essayait quand même la recette du supergroupe, ce qui peut toujours être risqué. On attendait avec impatience le deuxième album (un live sortira entre temps), et il déboulera donc en 1993, dans un packaging à faire bander une arbalète en mousse. Un boîtier en métal, lourd comme une blague de Cyril Hanouna, en réalité deux plaques de métal qui coulissent l'une dans l'autre, et, au centre, dans une charnière, un livret comprenant les paroles et le CD (oui, faut pas oublier qu'effectivement, il y à un CD dans tout ce fatras de sidérurgie musicale). Seule ombre au tableau : à force de manipulation, très difficile de ne pas user, effilocher, même un petit peu, le livret. Et il est conseillé de glisser le disque dans une sous-pochette de plastique. L'album sera réédité par la suite dans un con de boîtier plastique avec le livret agrafé à l'intérieur, plus économique, moins mythique. L'ancienne édition métallisée de Rouge peut valoir cher, si en excellent état. Par la suite d'autres albums de JJG sortiront dans des packagings sympas, surtout les lives (Un Tour Ensemble avec sa visionneuse de diapositives), notamment Chansons Pour Les Pieds, le dernier en date (2001, déjà), avec son boîtier de métal laqué illustré par Zep et son gros livret illustré par le même. Mais on parlait de Rouge, je crois ?

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Le livret (découpé au centre, dans le visage, le rouge étant en fait un aperçu de la page suivante)

Sorti donc en 1993, ce deuxième et dernier album studio de FGJ est une tuerie de pop-rock française, je n'ai pas envie de dire de variété française, car le niveau est ici nettement supérieur à la variétoche lambda. Moins rempli de tubes que le précédent opus, Rouge dure 61 minutes (pour 12 titres), ce qui est généreux sans être trop rempli. Constitué de plus de chansons très variées, passant d'un style à l'autre de morceau en morceau, l'album est, de plus, un régal d'écoute car on ne s'emmerde pas une seule seconde et on y trouvera forcément quelque chose qui vous ira direct au coeur. Vous aimez les morceaux bien rock, bien teigneux, avec des guitares qui sonnent fort, des gros riffs aussi métal que le boîtier de l'album ? Alors Des Vôtres (qui se termine cependant par un remarquable solo de piano jazzy un peu free) est là, il vous attend. Sans oublier Rouge, morceau calme, lyrique, sur les débuts du rêve soviétique, et dont le passage central entremêle Choeurs de l'Armée Rouge et un riff de guitare tuant (qui sera utilisé par la suite pour le générique de Taratata), procurant d'intenses frissons à l'auditeur. Vous préférez la pop pure ? Elle Avait 17 ans, sur l'adolescence et ses rêves, et sur l'autorité parentale souvent castratrice (toutes ces petites phrases assassines que l'on entend souvent, ado, de la part des adultes sont référencées dans la chanson), est un parfait exemple, sans oublier On N'A Pas Changé, au refrain génial (un morceau d'autant plus jouissif qu'il succède au court et étrange morceau d'intro, Serre-Moi, hypnotique, sobre et quasiment mystique), et bien entendu, un des gros tubes de l'album, Juste Après, sur une infirmière ayant aidé à donner naissance à un bébé dans un pays en guerre, dans un campement humanitaire, histoire vraie, la vie au milieu de la mort, l'espoir dans la guerre. Le morceau démarre par un long tunnel de piano, un solo sublime, répétitif certes mais que l'on voudrait entendre pendant des heures. Quand le chant déboule, on est limite frustré. Quel morceau...

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Il Part, chanté en totalité (unique cas dans l'album) par la regrettée Carole Fredericks, est un blues (choriste à la base, elle est la soeur du bluesman Taj Mahal, on sent un amour du blues ici) sobre et calme, un peu dépressif mais vraiment sublime. Ne Lui Dis Pas est une ballade comme Goldman sait si bien en offrir (dans le même genre que Confidentiel, Elle Attend). Fermer Les Yeux, avec des choeurs féminins bulgares dans le final, est une conclusion ahurissante pour l'album, une montée en puissance qui vous procurera des frissons, une conclusion aussi superbe qu'attendue (on ne saurait imaginer un album pareil se terminer sur une ballade acoustique de 2 minutes au piano), aussi prévue qu'inoubliable. Frères, elle, est une chanson poignante sur la guerre, et il est impossible de ne pas penser, en l'écoutant et en lisant les paroles, à la lutte fratricide et millénaire à laquelle se livrent, pour la Palestine, les Juifs et les Arabes. La chanson ne parle pas forcément que de ça, mais elle parle aussi de ça. Deux ans plus tôt, Goldman fera la musique du film L'Union Sacrée, la chanson (interprétée par Carole Fredericks) Brother. Rien que le titre est éloquent. Continuons et finissons le tour d'horizon de l'album, nous avons une autre petite merveille pop, Que Disent Les Chansons Du Monde ?, très efficace, et un morceau assez claptonien, Des Vies, sans doute celui que j'aime le moins ici, sans doute est-ce pour ça que j'en parle en dernier, mais dire que c'est une mauvaise chanson, ou une chanson moyenne, serait faire preuve d'une belle dégueulasserie. Rouge, dans l'ensemble, enregistré avec des musiciens tels que Patrice Tison, Erick Benzi (complice de toujours de JJG) et Guy Delacroix, est un monument de pop à la française, une production ahurissante (le disque a certes 26 ans, mais il sonne toujours aussi bien) et un album parfait, éclectique et passionnant de bout en bout. Avec, en plus, du moins pour son édition CD d'époque, un packaging à la hauteur. Mentionnons que la réédition vinyle, la première édition vinyle de l'album en fait car l'album n'est sorti, en 1993, qu'en CD (et sûrement K7), est en double vinyle de couleur...oui, vous avez deviné la couleur,  c'est bien, mais c'était vraiment pas dur. 

FACE A

Serre-Moi

On N'A Pas Changé

Que Disent Les Chansons Du Monde ?

FACE B

Il Part

Juste Après

Rouge

FACE C

Des Vôtres

Frères

Des Vies

FACE D

Ne Lui Dis Pas

Elle Avait 17 Ans

Fermer Les Yeux