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Afin d'inaugurer cette nouvelle catégorie, cette nouvelle série d'articles, qui concerneront des pochettes de légende (on ne parlera pas du contenu des albums ici, juste le visuel), quoi de mieux que de commencer par les Beatles ? Et pas n'importe quel album. Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band. Ce disque sorti en 1967 est le huitième du groupe. C'est un de leurs plus mythiques avec Abbey Road et le Double Blanc. Au moment de sortir ce disque, les Beatles sont déjà monstrueux, immenses, le succès leur étant tombé sur le coin de la gueule depuis la première année, 1962. Le groupe a sorti, en 1966, un album grandiose, Revolver, rempli de classiques, et très psychédélique. Ca fait, aussi, depuis 1965 qu'ils ont décidé de ne plus monter sur scène, prétextant que leurs chansons les plus récentes deviennent impossibles à rejouer live (trop d'instruments, d'innovations, de pistes utilisées...). Ne montant plus sur scène, les Beatles deviennent des requins de studio. Un jour, en avion, McCartney surprend une conversation anodine entre des membres de l'entourage du groupe, et entend mal les mots salt and pepper, les entendant en fait sergeant Pepper. C'est cette petite mésentente d'un mot qui est en quelque sorte le catalyseur pour leur futur album. Le groupe a rapidement l'idée de faire un disque d'un faux groupe jouant pour un faux public, un disque qui serait l'oeuvre d'une fanfare dirigée par un certain Sergent Pepper. L'idée des costumes, moustaches (des vraies, que le groupe tiendra durant l'année 1967 ; Ringo et Harrison ne raseront jamais les leurs), arrive ensuite.

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Le concept est suffisamment fort pour que la pochette s'en ressente. Il fallait absolument marquer les esprits, visuellemement parlant. De ce fait, la pochette de l'album est indéniablement la plus belle, la plus réussie, la plus culte, de l'univers des Beatles. Elle a demandé beaucoup de travail, et, chose alors unique dans l'univers musical, elle contient, imprimées au dos de pochette sur fond rouge (voir plus bas), les paroles des 13 chansons ! On trouve aussi, glissé dans la pochette, du moins, pour les éditions 1967, des cut-outs, des découpages à faire, représentant une fausse moustache, des badges, décorations militaires, afin de vous transformer en membres de la Fanfare des Coeurs Solitaires du Sergent Pepper. La pochette, sinon, s'ouvre, et on y voit une photo, sur fond jaune, des quatre responsables de l'album, les Beatles, souriants, moustachus, en tenue de membres de la Fanfare. Que ce soit le verso de pochette ou l'intérieur de la gatefold, rien de vraiment extraordinaire, pas de quoi faire sauter la braguette sans la toucher. Mais le recto de pochette, la vache... Là, ça a pris du temps. On y voit les Beatles en tenue, arborant des instruments à vent, des cuivres, un tambour avec le titre de l'album posé devant eux, au pied d'un parterre de fleurs représentant le mot BEATLES. A leurs côtés, et derrière eux, pas moins de 70 célébrités diverses, plus une vingtaine d'artefacts (un buste du Sgt. Pepper, une poupée, une statue de Blanche-Neige de Disney, etc). Les célébrités sont des plaques de carton, on a même les Beatles en cire, probablement issus du musée Mme Tussaud's. Les célébrités sont vraiment variées (Lennon voulait inclure Jésus, Gandhi et Hitler, mais ils furent virés à la dernière minute ; une photo du livret CD, en noir & blanc, prise pendant la session photo, permet de voir le carton de Hitler, mis de côté derrière le spotlight, ainsi que celui de Gandhi, N°68), et l'une d'elle, Leo Gorcey (un acteur britannique), a été retirée car l'acteur demandait de l'argent en contrepartie.

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Sinon, entre des gurus (idée d'Harrison), le dessinateur Aubrey Beardsley, le mage/sataniste Aleister Crowley, les acteurs Laurel & Hardy, Marilyn Monroe, Mae West, Shirley Temple, Johnny Weissmuller, Marlon Brando, Diana Dors, Marlene Dietrich et Tyrone Power, plus Bob Dylan, Aldous Huxley (romancier), Dylan Thomas (poète), Albert Einstein, Sonny Liston (boxeur), David Livingstone (explorateur), Oscar Wilde, George Bernard Shaw (romancier), Lewis Carroll, Fred Astaire, Edgar Allan Poe, Lenny Bruce (comique), H.G. Wells, Karl Marx ou Tony Curtis, les Beatles sont remarquablement bien entourés ici, une foule de célébrités assez ahurissante, même si pas mal de noms sont inconnus des non-britanniques. La pochette de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band est aussi connue pour être, avec celle d'Abbey Road, qui propose le plus d'indices en allusion à la fameuse légende urbaine de la 'mort' de Paul McCartney. Car, en 1965, une rumeur enfle : Macca aurait eu un accident de voiture, il serait décédé, on l'aurait remplacé par un sosie. Une légende urbaine complètement débile, mais qui m'a toujours fasciné. Les indices sont tellement bien foutus que si on n'était pas au courant que Macca est bel et bien toujours en vie (et, donc, l'était aussi en 1967, fatalement !), on serait pris de doute : La main au-dessus de la tête de Macca, celle du comique Issy Bonn, symbolise la mort (chez les celtes, il me semble). L'écusson qu'il porte, avec marqué OPD, signifie Ontario Police District, mais signifierait aussi Officially Pronounced Dead ('officiellement mort'). La poupée à droite, tient une voiture dans sa main, le modèle du prétendu accident. Il y aurait du sang sur son t-shirt (difficile à voir). La guitare en fleurs jaunes sous le mot BEATLES pourrait se lire Paul ?, et les fleurs, le parterre et la troupe de célébrités pourraient symboliser des funérailles. On a des personnalités, dans la foule de la pochette ayant subi un accident de circulation, parfois mortel, parfois non : Bob Dylan, par exemple. L'instrument que porte Macca est noir de deuil. Et au dos, Harrison pointe du doigt une ligne de la chanson She's Leaving Home, qui dirait à quelle heure et quel jour aurait eu lieu l'accident, Wednesday morning at 5 o'clock. Sans oublier A Day In The Life qui parlerait aussi de ça au début (He blew his mind out in a car)...

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Toutes ces 'preuves' amusantes et ridicules en rajoutent, quelque part, au charme de cette pochette mythique et vraiment sublime, probablement la plus belle du groupe et une des plus belles de l'histoire du rock. Entamer cette nouvelle catégorie par elle semblait, donc, assez évident et logique. Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, album immense et essentiel, culte, a donc la chance d'être parfait aussi, visuellement parlant. Il y à, après tout, pas mal d'albums, en général, qui sont sublimes, mais hélas desservis par des pochettes ratées. Aussi, on a quelques albums foirés, mais aux magnifiques pochettes. Comme quoi, même si ça n'entre pas en ligne de compte pour cet album, il ne faut pas juger un livre par sa couverture, et un disque par sa pochette.