Rolling-Stones_Sticky-Fingers 

Attention, car là, c'est du lourd. Du lourd. Du lourd !!! Sticky Fingers est un disque culte. Ce disque est le premier des Stones à paraître sur leur propre label Rolling Stones Records, hébergé par leur nouvelle maison de disques, Virgin. Ce disque est leur premier album studio des années 70. C'est aussi avec ce disque que leur fameux logo, voir ci-dessous, apparaît, cette bouche rouge, lippue, avec cette lanue provocatrice. Puisant apparemment son titre d'un film de cul américain ('les doigts collants'), Sticky Fingers offre 46 minutes (10 chansons) mémorables, sous une pochette signée Andy Warhol (ce n'est, en revanche, pas lui qui a crée le logo de la bouche), pochette qui, en vinyle, avait une vraie braguette. Si vous l'ouvriez (doucement, pour ne pas déchirer la pochette), et que vous écartiez délicatement les deux rabats horizontaux au niveau de la ceinture, vous aperceviez ce qui, désormais, est dans le livret interne du CD, un slibard. Pochette un peu sexe, donc, et osée. Le contenu aussi : on parle parfois de cul, mais aussi et surtout de drogues. Ce disque produit par Jimmy Miller, enregistré en partie en 1969, premier album studio du groupe avec Mick Taylor du début à la fin, est un catalogue des défonces. L'album, par le biais de plusieurs classiques absolus (ce disque est limite, comme Let It Bleed, un best-of tant il regorge de classiques stoniens), sera un immense succès, et est toujours, à l'heure actuelle, réputé (très justement) pour être un des diamants les plus bruts, les plus absolus, les plus parfaits du groupe.

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Production imparable pour ce disque qui marque la première vraie apparition de cuivres (notamment du grand pote de Keith Richards, avec qui il partage la date de naissance, Bobby Keyes, saxophoniste). On a aussi pas mal de claviers, soit de Ian Stewart, soit de Nicky Hopkins, soit de Jack Nitzsche, soit de Billy Preston. Rocky Dijon aux congas, Jim Price à la trompette, et le producteur, Jimmy Miller, tient des percussions aussi, de temps en temps. Sticky Fingers possède deux chansons sur lesquelles Keith Richards, chose rare, n'apparaît pas : Sway (c'est Mick Taylor qui fait tout, même si Jagger est crédité à la guitare aussi), qui semble parler de l'héroïne et Moonlight Mile, feu d'artifice final en allusion à la poudreuse, avec des arrangements de cordes signés Paul Buckmaster (et, idem, Taylor et Jagger aux grattes, et surtout le premier). Deux chansons monumentales (le riff de Sway est dévastateur, meilleur que celui de Brown Sugar, chanson mythique qui parle aussi bien de came que de cul et d'une jeune femme noire dont Jagger était apparemment in love with). Mais tout est monumental ici, sauf You Gotta Move, reprise d'un air traditionnel de blues, et qui, franchement, ne vaut pas grand chose (heureusement, c'est très court, 2,30 minutes), c'est clairement le point faible de l'album. Et, donc, on parle souvent de cames diverses ici. Outre les chansons que je viens de citer (sauf la reprise) et qui en parlent, on a aussi Dead Flowers, qui parle d'un homme qui se barre dans sa cave, loin de sa copine qui le fait chier, afin de se payer un petit fix bien pépère tranquille. On a Can't You Hear Me Knocking qui fait des allusions au speed. Wild Horses ('chevaux sauvages'), qui se passe de commentaires, vu que 'horse' était un argot de camé pour 'héroïne'. Et Sister Morphine, là aussi no comment. Chanson écrite par Marianne Faithfull, ce qui n'était pas crédité sur la pochette vinyle (en CD, si). En revanche, rien dans Bitch (qui parle d'une fille un peu salope) et I Got The Blues (un vrai blues écrit par les Glimmer Twins, soit Jagger et Richards, mais qui semble vraiment être une reprise tant elle respire le blues et la soul). Enfin, sept chansons sur dix parlent de défonce, voilà de quoi faire de ce disque le who's who de la piquouse.

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Musicalement aussi, ce disque détonne. Qui n'a pas en tête l'entêtant Sister Morphine, la douceur de Wild Horses, ballade admirable qui se hisse assez haut au Panthéon des plus belles chansons des Rouling Cailloux ? Ou la country déglinguée de Dead Flowers (Take me down, little Susie, take me down/I know you thin you're the queen of the underground/But you can send me dead flowers by the mail/nd I won't forget to put roses on your grave) ? Ou Moonlight Mile, que Charlie Watts (batteur du groupe) estime être le meilleur moment du disque ? Ou Sway et Bitch, férocement rock ? Sans oublier Brown Sugar, ainsi que I Got The Blues, et comment ne pas citer les 7,15 minutes titanesques de Can't You Hear Me Knocking, ce riff tueur (le meilleur riff du groupe, devant d'autres comme Fingerprint File, Dancing With Mr. D. ou Rocks Off), cette montée en puissance, ce final santanesque, ces cuivres inoubliables ? Keith et Mick Taylor croisent le fer avec une efficacité redoutable, il faudra attendre Time Waits For No One en 1974 pour entendre à nouveau un morceau aussi santanesque et 'sensuel', niveau guitare, que Can't You Hear Me Knocking ! Non, vraiment, tout est parfait ici (sauf, dont, You Gotta Move, là, je ne peux pas cautionner ça), faisant de Sticky Fingers un disque exceptionnel, un des grands crus absolus du groupe, un des disques les plus essentiels de leur période essentielle (1967/1978). Quand on pense que même pas un an après ce disque définitif, le groupe, entre temps reclus dans une villa de Villefranche/Mer sur la Côte d'Azur, sortira un double album (leur seul studio) encore plus dévastateur, Exile On Main St. (déjà abordé ici), on se dit que quelle que soit la ou les substances auxquelles le groupe carburait, c'était pile poil ce qu'il leur fallait. Pendant la période Jimmy Miller (1968/1973), les Stones étaient bel et bien le plus grand groupe de rock au monde. Ce disque en est une des preuves.

FACE A

Brown Sugar

Sway

Wild Horses

Can't You Hear Me Knocking

You Gotta Move

FACE B

Bitch

I Got The Blues

Sister Morphine

Dead Flowers

Moonlight Mile