UP

Unknown Pleasures, sorti en 1979, est le premier album de Joy Division, groupe de cold-wave anglais. Originellement appelé Warsaw en hommage au Warszawa de Bowie (album Low de 1977, créateur de la cold-wave), le groupe se renommera rapidement Joy Division, allusion au quartier des prostituées dans les camps de concentration. Amis de la gaieté et de la joie de vivre, veuillez emprunter le trottoir d'en face. Car avec Joy Division, tout est synonyme de noirceur, de dépression, de violence psychologique. Rien que la pochette assez bizarrement topographique donne le ton, monochrome (celle du second et dernier album studio du groupe, Closer, 1980, sera aussi monochrome et dépressive). Austère. Les titres des chansons, aussi, traduits ici en français : Je ne me souviens de rien, Interzone (allusion au Festin Nu de Burroughs), Elle perd son contrôle, Désordre, Sauvagerie, Une nouvelle aube s'efface, Jeu d'ombres... Whoah, youpi, bienvenue au joyeux pays de Candy.

JD

Unknown Pleasures est un disque terminal, surpassé, dans son ambiance, par Closer, et uniquement par Closer. Oui, et par Pornography des Cure, aussi. Mais sur ce premier album, la bande de Ian Curtis (chant, épilepsie) et Bernard Albrecht (guitare) - citons aussi Peter Hook, bassiste, et Stephen Morris, batteur - offre 39 minutes aussi glaciales que l'Enfer. L'Enfer, selon Ian Curtis, hein. Aucun répit, et si la musique n'est pas spécialement violente (quelques riffs bien sanglants, mais dans l'ensemble...), elle est dépressive, déchirante. La basse fait tout, et ce, dès Disorder, morceau immense dans lequel Curtis parle de son attente d'un guide qui lui prendrait la main pour le conduire...on ne sait où. Et on n'a pas très envie de savoir où, car on n'a pas très envie de le suivre. En 1980, dans sa cuisine, Curtis, finalement, trouvera son guide. Ambiance. Day Of The Lords est une des plus grandes chansons de l'album et du groupe, l'ambiance est pesante dès l'intro, et le refrain est immense. Candidate, Insight, augmentent la sensation d'oppression, et New Dawn Fades achève magnifiquement cette première face.

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She's Lost Control, presque pop, presque tubesque (le groupe fera un tube avec Transmission, la même année, présent sur aucun album studio officiel du groupe), ouvrait la seconde face sur une note assez décalée, presque gaie (enfin, les paroles...). Puis le choc ultime de Shadowplay surgit, la meilleure chanson de Unknown Pleasures (devant Disorder, Day Of The Lords). Presque 4 minutes infernales, intro lente et pesante, qui se fait désirer, puis riff de la mort, bien tranchant, et la voix gla-ciale de Curtis. La chanson parlerait du lent délabrement de Manchester, en proie à l'industrialisation. Deux soli de guitare de Bernard Albrecht (par la suite, Bernard Sumner) font écho, et sont purement sensationnels. La suite de l'album consiste en Wilderness, glacial ; Interzone, encore plus glacial et burroughsien ; et les 6 minutes terminales du grandiose et froid I Remember Nothing. Bruit de verre qui se brise, ambiance sépulcrale, voix bien glaciale de Ian Curtis, l'album se finit dans un frisson (pour l'auditeur).

IC

Unknown Pleasures est un disque crucial, vital, tout comme le sera Closer (plus froid et triste, presque apaisé dans l'acceptation du destin funeste de Curtis). Sur cet album, Curtis ne sait pas encore qu'il se pendra dans sa cuisine en 1980, soit moins d'un an plus tard. Sur ce disque, il se bat encore contre ce destin qui le brise (épilepsie, moral à zéro, fragilité physique, l'homme n'était pas une armoire à glace, mais au contraire, très fluet). Rempli de chef d'oeuvres (Shadowplay, Day Of The Lords, New Dawn Fades...il faudrait toutes les citer, ces 10 chansons !), voici un disque aussi glacial que le vent sibérien, aussi déprimant qu'un film de Tarkovski (ce n'est pas péjoratif, j'adore Tarkovski), aussi froid que possible, et totalement magistral. Même si Closer sera supérieur. Parce que plus poussé dans ses retranchements. 

Critiques complémentaire de Buckley92 :

Depuis le temps que je le dit et le redit, vous savez maintenant que Joy Division est mon groupe préféré au monde. Après avoir proposé un article sur leur discographie, j'ai décidé de faire une chronique, colmplémentaire à celle de Clash, de leur premier album Unknown Pleasures. Autant le dire toute suite cet album est mon album préféré au monde, ou du moins un de mes trois préférés! Sincérement il est difficile de penser que c'est un groupe vieux d'à peine deux ans à l'époque, et n'ayant pratiquement pas de succès qui a sorti un album aussi intense. Peu de groupe ont sorti un premier album ayant eu une telle influence. Car cet album (et Closer) est l'une des fondations innébranlables de la scène post-punk de la fin des années 70 et du début des années 80. Un album froid, sombre, mais encore très rock par rapport à Closer. C'est Martin Hannett qui produit l'album et qui lui donnera cette atmosphere si particuliere. Sans lui, je ne pense pas que l'album aurait eu le même impact...www

Autant le dire tout de suite rien n'est mauvais dans ce disque, de la première à la dernière seconde. On commence avec une chanson assez énergique, Disorder, qui fonctionne un peu comme une transition entre le petit groupe punk qu'ils étaient avant et le groupe culte du post-punk qu'ils allaient bientôt devenir. La chanson est efficace et en même temps sombre ("I've got the spirit, but lose the feeling"). Une de mes préférées du groupe! Vient ensuite une chanson à l'atmosphère lourde et pesante: Day Of The Lords. Là la voix de Curtis semble surgir du néant, une voix d'outre-tombe vraiment! Puis on a deux chansons, Canditate et Insight, avec une rhytmique assez lente surtout pour la première. La seconde contient des paroles qui sont parmi les plus belles jamais écrites par Ian Curtis ("Guess you're dreams always end, they don't rise up just descend"), et commence par des bruits d'ascenseur. New Dawn Fades est une chanson dans laquelle la musique et la voix semblent asssez aériennes (enfin c'est pas non plus du Pink Floyd), et elle contraste avec la chanson suivante, She's Lost Control, qui elle est presque pop. Là je m'arrête pour en parler un peu de cette chanson car c'est l'une des plus connues du groupe. Ian Curtis l'aurait écrit, non pas pour parler de son épilepsie comme on le dit souvent mais pour parler d'une fille épileptique qu'il avait rencontré sur son lieu de travail, et qui venait de mourir de la maladie tandis que Curtis découvrait que lui aussi était épiléptique. Cette chanson est tellement mythique que c'est d'après elle qu'a été choisi le titre du biopic sur Ian Curtis ("Control"). Passons maintemant à la chanson suivante qui est considéré à raison par Clash comme la meilleur chanson de l'album: Shadowplay. D'abord une assez longue introduction à la basse (30 secondes) puis la guitare arrive, agressive, punk, suivi de la voix habitée de Ian Curtis. Sombre, glaciale, violente sans être aggressive, Shadowplay est l'une des toutes meilleurs chansons du groupe. Du coup il est difficile de passer après elle mais Wilderness réussi très bien à trouver sa place avec sa basse "sautillante". Ensuite on a Interzone qui est la chanson qui ressemble le plus à ce que faisait le groupe avant, et enfin on a le long et glaçant I Remember Nothing. Là je me tais parce que je ne trouve pas de mots pour décrire cette chanson...images

Alors au final, que dire de ce Unknown Pleasures ? Que c'est un disque culte? crucial? indispensable? et bien oui il est tout cela à la fois, le groupe à fait fort pour un premier album et il fera encore mieux avec Closer, qui est clairement leur sommet. Mais ma préférence va à ces plaisirs inconnus qui m'ont ouvert les portes de ce groupe essentiel, avec des musiciens en parfaite osmose et un chanteur/poète d'un talent rare et mort trop tôt et trop jeune. Rien que pour Disorder, Shadowplay, Insight et I Remember Nothing il faut écouter ce disque.

FACE A

Disorder

Day Of The Lords

Candidate

Insight

New Dawn Fades

FACE B

She's Lost Control

Shadowplay

Wilderness

Interzone

I Remember Nothing