UP

Il était grand temps que j'en reparle, de ce disque... Buckley92 avait, il y à quelques années, rajouté sa pierre à l'édifice, une excellente chronique que vous retrouverez plus bas sur l'article, mais moi, fallait vraiment que je la refasse, la mienne, elle sentait trop la pièce du fond fermée à clé et pas aérée depuis l'armistice de 14/18. Joy Division, groupe culte dont la musique ferait fureur en fond sonore dans une chapelle ardente (traduction : vraiment pas joyeux, hein), c'est clairement quelque chose. Culte, oui, totalement, il n'est pas rare de voir des gens arborer des T-shirts à l'effigie d'un des deux albums du groupe, souvent du premier (celui-ci), putain, même David Hallyday s'y est mis, à plusieurs reprises, arborant un T-shirt Unknown Pleasures à la TV, même chez Drucker-au-canapé-rouge... Comme s'il avait récemment découvert ce groupe et voulait le dire à tout le monde... Voir Davidnouchet porter une fringue pareille, c'est comme si Alice Cooper portait un T-shirt à l'effigie de Charles Trenet. Erreur de casting. Mais vous savez quoi ? Oui, en effet, on s'en fout ! Joy Division, formé à Manchester-la-pas-belle (faut y aller pour le voir de ses yeux, cette ville est horrible...), s'appelait à la base Warsaw, allusion au Warszawa de Bowie, et se renommera rapidement Joy Division, du nom des quartiers des "prostituées" (de pauvres femmes internées, forcées de se prostituer, disons plutôt) dans les camps de concentration nazis. Ca donne le ton. Entre ça, la musique terriblement froide du groupe, et leur graphisme des débuts (leur premier EP reprend le visuel d'une affiche des Jeunesses Hitlériennes...heili, heilo !!), les accusations de sympathies pro-nazies vont forcément pulluler.

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La glaçante sous-pochette : une photo d'une main glauque dépassant d'un seuil de porte entrouvert

Disons-le tout net, non, Joy Division n'avait aucune sympathie pour les nazis, sans doute une morbide et malsains fascination pour eux, mais sans attrait. Le groupe avait suffisamment de problèmes : leur chanteur, Ian Curtis. Le genre de personnalité du monde du rock dont, désormais, je pense, même ta grand-mère vivant sur la côte d'opale connaît la biographie par coeur. Introverti, à la vie privée difficile, atteint d'épilepsie qui entraînait des crises de danse de Saint-Guy sur scène, bave aux lèvres et yeux regardant le rideau de scène derrière lui, et surtout, tellement dépressif qu'il faudrait inventer un autre terme pour décrire son état. Il se suicidera peu de temps avant la sortie du deuxième et donc dernier album, le définitif Closer de 1980. Par pendaison. Dans sa cuisine. En écoutant The Idiot d'Iggy Pop. Forcément, en écoutant More Than A Feeling de Boston, ça l'aurait moins bien fait. Il paraît que la vie difficile de Curtis le frèle (malgré une voix sépulcrale qui laisse penser, avant de voir pour la première fois une photo de lui, qu'il a un look de bûcheron barbu et baraqué) n'attirait pas vraiment l'empathie des trois autres membres du groupe (Stephen Morris à la batterie, Peter Hook à la basse - et au chant principal sur Interzone -, Bernard 'Sumner' Albrecht à la guitare), qui se moquaient de lui dans son dos, lui et son jeu de scène maladif, lui et ses crises d'épilspsie qui le faisait s'écrouler, gigotant comme un saumon sorti du fleuve, sur le sol du studio... Bande de cons. Ils le regretteront par la suite, les futurs New Order, mais le mal était fait, il avait besoin de soutien, il n'en a pas eu. 

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L'album ? Unknown Pleasures, sorti en 1979 sous pochette représentant des ondes radio Pulsar. 39 minutes glaçantes comme une pluie de glaçons, un album tétanisant, dépressif et clinique (production du génial et frappé Martin 'Zero' Hannett, le Phil Spector des années new-wave), au son inimitable et inédit. Un album qui n'est, dans son genre, battu, et à plates coutures, que par le suivant du groupe, qui est définitivement au-delà de la moindre critique, du moindre reproche. Difficile de faire le moindre reproche à ces Plaisirs Inconnus, aussi, en fait. De Disorder à I Remember Nothing, ce premier opus est de la race des seigneurs. Par rapport à Closer, il semble presque joyeux. La basse virevoltante de Disorder, de She's Lost Control... On n'ose en revanche se pencher sur les paroles, de crainte d'être hanté par les démons de Curtis. La musique est cependant tellement incroyable (la guitare de Shadowplay, un des meilleurs si ce n'est le meilleur morceau de l'album) que si l'album était instrumental, on n'aurait pas forcément l'impression qu'il manque quelque chose. Les sensations de froid, de douleur, de dépression, passent très bien, avec ces mélodies en noir & blanc. Evidemment, le chant et les textes de Curtis sont, déjà, fantastiques, incroyables. New Dawn Fades, Insight, Day Of The Lords, c'est à tomber par terre. Unknown Pleasures, disque comptant parmi les plus essentiels et cultes de sa génération, est un chef d'oeuvre. 

Mais le suivant, Closer, est encore meilleur, au moins mille fois meilleur. Bref, si vous ne connaissez pas encore, gare au choc.  

Critiques complémentaire de Buckley92 :

Depuis le temps que je le dit et le redit, vous savez maintenant que Joy Division est mon groupe préféré au monde. Après avoir proposé un article sur leur discographie, j'ai décidé de faire une chronique, complémentaire à celle de Clash, de leur premier album Unknown Pleasures. Autant le dire toute suite cet album est mon album préféré au monde, ou du moins un de mes trois préférés ! Sincérement il est difficile de penser que c'est un groupe vieux d'à peine deux ans à l'époque, et n'ayant pratiquement pas de succès qui a sorti un album aussi intense. Peu de groupe ont sorti un premier album ayant eu une telle influence. Car cet album (et Closer) est l'une des fondations innébranlables de la scène post-punk de la fin des années 70 et du début des années 80. Un album froid, sombre, mais encore très rock par rapport à Closer. C'est Martin Hannett qui produit l'album et qui lui donnera cette atmosphere si particuliere. Sans lui, je ne pense pas que l'album aurait eu le même impact...www

Autant le dire tout de suite rien n'est mauvais dans ce disque, de la première à la dernière seconde. On commence avec une chanson assez énergique, Disorder, qui fonctionne un peu comme une transition entre le petit groupe punk qu'ils étaient avant et le groupe culte du post-punk qu'ils allaient bientôt devenir. La chanson est efficace et en même temps sombre ("I've got the spirit, but lose the feeling"). Une de mes préférées du groupe! Vient ensuite une chanson à l'atmosphère lourde et pesante: Day Of The Lords. Là la voix de Curtis semble surgir du néant, une voix d'outre-tombe vraiment ! Puis on a deux chansons, Canditate et Insight, avec une rhytmique assez lente surtout pour la première. La seconde contient des paroles qui sont parmi les plus belles jamais écrites par Ian Curtis ("Guess your dreams always end, they don't rise up just descend"), et commence par des bruits d'ascenseur. New Dawn Fades est une chanson dans laquelle la musique et la voix semblent asssez aériennes (enfin c'est pas non plus du Pink Floyd), et elle contraste avec la chanson suivante, She's Lost Control, qui elle est presque pop. Là je m'arrête pour en parler un peu de cette chanson car c'est l'une des plus connues du groupe. Ian Curtis l'aurait écrit, non pas pour parler de son épilepsie comme on le dit souvent mais pour parler d'une fille épileptique qu'il avait rencontré sur son lieu de travail, et qui venait de mourir de la maladie tandis que Curtis découvrait que lui aussi était épiléptique. Cette chanson est tellement mythique que c'est d'après elle qu'a été choisi le titre du biopic sur Ian Curtis ("Control"). Passons maintemant à la chanson suivante qui est considéré à raison par Clash comme la meilleur chanson de l'album: Shadowplay. D'abord une assez longue introduction à la basse (30 secondes) puis la guitare arrive, agressive, punk, suivi de la voix habitée de Ian Curtis. Sombre, glaciale, violente sans être aggressive, Shadowplay est l'une des toutes meilleurs chansons du groupe. Du coup il est difficile de passer après elle mais Wilderness réussi très bien à trouver sa place avec sa basse "sautillante". Ensuite on a Interzone qui est la chanson qui ressemble le plus à ce que faisait le groupe avant, et enfin on a le long et glaçant I Remember Nothing. Là je me tais parce que je ne trouve pas de mots pour décrire cette chanson...images

Alors au final, que dire de ce Unknown Pleasures ? Que c'est un disque culte ? crucial ? indispensable ? et bien oui il est tout cela à la fois, le groupe à fait fort pour un premier album et il fera encore mieux avec Closer, qui est clairement leur sommet. Mais ma préférence va à ces plaisirs inconnus qui m'ont ouvert les portes de ce groupe essentiel, avec des musiciens en parfaite osmose et un chanteur/poète d'un talent rare et mort trop tôt et trop jeune. Rien que pour Disorder, Shadowplay, Insight et I Remember Nothing il faut écouter ce disque.

FACE A

Disorder

Day Of The Lords

Candidate

Insight

New Dawn Fades

FACE B

She's Lost Control

Shadowplay

Wilderness

Interzone

I Remember Nothing