Queen_Innuendo

Critique de ClashDoherty :

 4 février 1991 : sortie d'Innuendo. 24 novembre de la même année : mort de Freddie Mercury, du SIDA. Ce fut une sorte de surprise pour le monde entier, sauf pour le groupe. A voir les clips promotionnels des diverses chansons de l'album sorties en single (il y en à eu 5), à voir la photo de groupe bleutée située dans le livret, on se doute bien que les trois autres membres du groupe (Brian May : guitare ; John Deacon : basse ; Roger Taylor : batterie) savaient que leur chanteur et claviériste était gravement malade et n'en avait hélas plus pour longtemps avant de soon be turning 'cross the corner (paroles de la dernière chanson de l'album). Innuendo est donc le dernier opus de Queen, du moins, du vivant de Mercury, car, en 1992, sortira le double live Wembley '86 (plus une vidéo), et il y aura aussi Made In Heaven, disque de morceaux inédits, en 1994, ainsi qu'un revival honteux du groupe, en live et en studio, avec Paul Rodgers, en 2005/2009. Tous ces albums, sauf le live, il faut les oublier, pour ne se concentrer que sur le dernier vrai album de Queen, Innuendo, donc, lequel est sorti sous une très belle pochette reprenant des dessins d'un caricaturiste français du XIXème siècle, Grandville. A l'intérieur, outre la photo bleutée située plus bas, on a quatre représentations à moitié dessinées, et à moitié en photos, des quatre membres, peinturlurés, déguisés en artistes de cirque, en pirate, ou, pour Mercury, entouré de chats, allusion à la chanson Delilah, sur l'album, qui parle justement de son chat.L'album fut enregistre entre mars 1989 et novembre 1990, une longue période (plus d'un an !), par le groupe et leur coproducteur David Richards, et aligne 12 titres pour 53 minutes. Le tracklisting plus bas propose l'ordre des morceaux sur le vinyle, et sur le CD. L'ordre, en vinyle, est un peu chamboulé, et il est utile de préciser que quelques titres sont légèrement édités (Bijou, surtout, mais aussi I'm Going Slightly Mad et The Hitman), l'album est plus court en vinyle, et doit atteindre, sous ce format, quelque chose comme 50 minutes. Sauf pour l'objet, préférer, donc, le CD, pour une fois !

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Innuendo est un disque mature, triste, mélancolique, sombre, rien à voir avec les déferlements pop des albums que le groupe a sorti (et a bien souvent eu tort de sortir...) dans les années 80. Mais l'album n'est pas seulement sombre (on comprend pourquoi, vu l'état de santé de Freddie, qui est le seul à chanter ici), il est aussi et surtout mille fois meilleur que l'ensemble des albums précédents du groupe depuis 1977 et News Of The World. Oui, vous avez bien lu. 14 ans que le groupe n'avait pas livré un disque aussi réussi. Innuendo n'est pas leur sommet (A Night At The Opera, A Day At The Races et Queen II, Sheer Heart Attack aussi, sont supérieurs), mais il est quand même classé cinquième meilleur album du groupe selon moi, et c'est franchement une bonne place. Cinquième meilleur, mais, en terme de préférence personnelle, je le classerais probablement troisième derrière la paire A Night At The Opera et A Day At The Races, ce qui est encore mieux. L'album n'est pas parfait, on dénombre, ici, trois, même quatre chansons qui me plaisent très moyennement (quand elles ne me plaisent pas du tout), mais quatre chansons sur douze, ça fait quand même les 2/3 d'Innuendo qui assurent. Autant parler tout de suite de ces chansons ratées ou moyennes : The Hitman est bien heavy, musclée, la guitare assure, mais le morceau peine à décoller, et devient, à la longue, un peu usant et gênant (genre 'on peut encore le faire'). All God's People est longuette (ce n'est pourtant pas un morceau très long, 4,20 minutes) et elle aussi un peu usante, avec son chant en chorale et son bon fond. Ride The Wild Wind ne m'a jamais plu, je ne sais pas pourquoi, mais c'est ainsi. Et Delilah est touchante, belle petite chanson de Mercury sur son chat (une chatte), mais son ambiance mièvre, jusqu'au chant de Freddie, et les meeeeeew, meeeeeew, meeeeeeew du groupe, m'insupportent vraiment. Ces quatre chansons qui ne me plaisent pas (trop) occupent environ 17 minutes sur les 53 de l'album. On a donc 36 minutes remarquables (le reste), ce qui fait une durée d'album classique s'il était sorti à la grande époque ! Innuendo pêche donc par excès (c'est l'album studio le plus long du groupe, si on oublie ceux sortis après la mort de Mercury), même si ça aurait pu être pire, un CD pouvant accueillir jusqu'à 79,59 minutes de capacité. Et ça, pas mal d'artistes, dans les années 90, l'ont trop bien compris, hélas (quantité ne veut pas dire qualité, sauf à de rares exceptions comme Disintegration des Cure, 72 minutes parfaites), avant de revenir à la raison dans les années 2000.

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Bon, revenons à nos moutons, et donc, à l'album. Innuendo se taille le luxe de démarrer par trois tubes absolument géniaux. D'abord, la chanson-titre, qui, avec 6,30 minutes, est la plus longue de l'album. Une chanson anthologique, une des toutes meilleures de Queen, connue en partie pour son bridge hispanisant faisant intervenir, en invité, le guitariste de Yes et Asia, Steve Howe, qui assure à fond, avec sa guitare acoustique, sur la partie flamenco. Le passage acoustique/électrique ressemble pas mal, dans la forme, au Spanish Caravan des Doors, construite sur le même principe 'hispanisant, mais rock'. Musicalement, Innuendo est une bombe. Au niveau des paroles, certaines lignes sont assez remarquables, If there's a God or any kind of justice under the sky, if there's a point, if there's a reason to live or die, if there's an answer to the questions we feel bound to ask, show yourself, destroy our fears, release your mask. Le chant de Mercury est bluffant, il n'aura que trop rarement aussi bien chanté que sur la quasi-totalité de l'album. I'm Going Slightly Mad, avec son clip déchirant (on voit bien l'état de Mercury, l'ombre de ce qu'il était autrefois), est une chanson étrange et puissante sur la folie, mais aussi et surtout sur sa maladie, à mots couverts (la folie : la maladie). Une chanson à la mélodie entêtante, prenante, crépusculaire et inoubliable. Headlong est, elle, plus rock, et même totalement rock, en fait, c'est une chanson énergique, simple, classique, mais franchement efficace. Tout comme I Can't Live With You, moins puissante, mais quand même très sympathique. En revanche, la chanson suivante est, elle, déchirante, sublime et triste comme un jour sans Led Zeppelin pour fan de hard-rock : Don't Try So Hard, reléguée à la face B sur le vinyle. Là, Mercury est tout simplement habité, les mots me manquent ; que ce soit doucement ou avec énergie (il y à des deux sur la chanson), Mercury est sensationnel. Après cet éclat, on a coup sur coup deux des chansons qui ne me plaisent pas, puis These Are The Days Of Our Lives, chanson qui sortira en single, chanson un peu sirupeuse, certes, mais touchante. Après, on a encore (décidément) deux des chansons qui ne me plaisent pas trop, puis le final, décliné en deux titres, est tout simplement anthologique. D'abord, Bijou, un gros solo de guitare entrecoupé d'un peu de chant (quelques lignes) par Mercury, la version vinyle est outrancièrement éditée, le morceau doit bien avoir deux minutes de moins (et il en dure 3,35...). May assure à fond à la guitare, c'est juste grandiose. Et après ce morceau, on a The Show Must Go On, qui me file toujours des frissons et des picotements oculaires, 20 ans après ma première écoute, alors que j'avais 9 ans et que je ne comprenais pas le sens de la chanson. Quand Mercury chante Outside in the dark I'm aching to feel free ('dehors, dans le noir, je me sens si libre que j'en ai mal') ou I soon be turning 'cross the corner now ('Je vais bientôt franchir le tournant'), allusions à sa mort proche (la chanson est sortie en single après sa mort, le clip est un hommage au chanteur et au groupe), quand il chante ça, franchement, il y à des frissons qui se perdent. Quiconque écoute cette chanson sans rien ressentir n'a pas de coeur.

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Voilà donc ce qu'est Innuendo : un classique, un grand disque, certes pas le sommet absolu de la Reine, mais un des sommets, et un disque testamentaire quasiment miraculeux, aussi (même si The Miracle, de 1989, est correct, aucun album, depuis 1980, n'était bon, le dernier à être bon, Jazz de 1978, était déjà un peu inégal), après tant de merdes musicales aujourd'hui bien inaudibles. Chant du cygne d'un Mercury usé jusqu'à la corde par le SIDA, album touchant, triste, parfois dérangeant (I'm Going Slightly Mad, The Show Must Go On), c'est un album remarquable qui achève avec force une discographie loin d'être parfaite, mais contenant quand même de grandes choses. Le spectacle doit continuer, dit Freddie dans la dernière chanson, ce qui n'empêche pas que les albums faits après sont tout sauf bons, et que si c'était pour faire ça, ça ne valait pas la peine. Mais Innuendo reste ce qu'il est, quasiment inaltérable (les meilleurs moments de l'album passent super bien la rampe des 20 ans d'âge, la production est nickel), et un fan de Queen et de rock se doit de l'avoir chez soi.

FACE A

Innuendo

I'm Going Slightly Mad

Headlong

I Can't Live With You

Ride The Wild Wind

FACE B

All God's People

These Are The Days Of Our Lives

Delilah

Don't Try So Hard

The Hitman

Bijou

The Show Must Go On

Version CD

Innuendo

I'm Going Slightly Mad

Headlong

I Can't Live With You

Don't Try So Hard

Ride The Wild Wind

All God's People

These Are The Days Of Our Lives

Delilah

The Hitman

Bijou

The Show Must Go On