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Chronique signée Leslie Barsonsec :

Bon ben voici ma première chronique des Stones, et certainement pas la dernière ! Comme par amour du risque (Jonathan et Jennifer...), j'ai décidé de débuter par un live mineur de la discographie pléthorique des Rolling Silex. Mais la fibre patriotique (mon cul...) fait vibrer ce live dans mes tripes, il a été en grande partie enregistré à Paris, cocorico ! Seul problème de taille : les Stones étaient loin d'être au sommet de leur forme scénique en cette année 1976...

La partie US de 1975 avait été épique et parsemée de coups d'éclat comme en temoignent les bootlegs enregistrés à L.A et au Madison Square Garden. Ron Wood  s'était fondu dans le décor avec sa jovialité naturelle, et sans essayer à tout prix de faire du Mick Taylor. Mais musicalement le groupe se tenait malgré les abus effroyables de substances auxquels se livraient le trio Wood-Jagger et, last but not least, Richards. Selon les témoignages de suiveurs de la tournée, c'était "héro-ville" jumelée avec "Cocaine-City" et "Rebel Yell Town"...

Les amplis servaient autant à l'alimentation des instruments que comme plateau pour les différentes lignes de poudre... Wyman et Watts se tenaient gentiment à l'écart du bordel ambulant (herbe pour le premier, alcool pour le second). Lorsque la partie européenne fut annoncée pour le printemps 76, à la suite de l'album Black And Blue, les attentes étaient immenses. Les fous du rock ayant toujours en mémoire les fabuleux concerts de l'automne 1973...

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Mais dés le début de la tournée à Francfort en avril, il y'a comme une couille dans le potage. Dès le premier concert, Richards réussit la doublette "je me suis cassé la gueule et j'arrive pas à me relever"-"je me suis endormi sur scène pendant Fool To Cry, le pied bloqué sur la pédale de volume" (véridique...). La cata se poursuit à Londres, Leicester (où l'on chope Richards avec de la coke planquée dans la ceinture...)...

Une fois le circus arrivé à Paname, les mecs ont resserré les boulons : de l'avis général, les Stones livrent ici leurs meilleures performances de l'année. Mais une fois encore le destin s'en mèle : juste avant de monter sur scène le 6 juin pour le 3e concert parisien, Keith apprend le décés de son jeune fils Tara à Genève... Comme pour exorciser la douleur, Richards va livrer un des concerts les plus émouvants de sa carrière. Passons vite fait sur la pochette made in Warhol et sur le contexte de la sortie de l'album (décés de Keith Harwood, ingé-son ; procès de Toronto pour possesion et recel d'héro...) pour enfin parler musique...

Ce qui est souvent considéré comme la meilleure performance stonienne de 76 fait quand même pâle figure... D'ailleurs des morceaux d'Earls Court (If You Can't Rock Me/Get Off Of My Cloud), Toronto (Fingerprint File, It's Only Rock'n'Roll) et L.A (Sympathy For The Devil, version extraordinaire) sont ajoutées.

Que dire... Honky Tonk Women, Star Star (Starfucker), Happy s'en sortent haut la main, tendus comme des poings. Contrairement à un Jumpin' Jack Flash parasité par Preston aux claviers et dignement mal chanté par le Jag', un Tumbling Dice soporifique, un You Gotta Move nul à chier, et un You Can't Always Get What You Want qui repousse les limites du foutage de gueule... Alors vous allez dire "Pourquoi il l'a pas mis dans les coups de gueule ?"

Parce que au milieu de ce fatras, il y'a un petit miracle : 4 morceaux enregistrés au El Mocambo de Toronto en février 77, où les Stones prennent leur panard sur des standards de Muddy Waters (Mannish Boy), Bo Diddley (Crackin' Up), Howlin' Wolf (Little Red Rooster) et Chuck Berry (Around And Around très réussi)... Rarement les Stones se sont autant rapprochés des gamins de Dartford qui électrisaient le Crawdaddy en 1963.  Et rien que pour ça, ce live légérement vautré ne mérite pas d'être livré à la vindicte populaire.

Chronique complémentaire signée ClashDoherty : 

Après une telle chronique, celle de Leslie, que dire ? Oui, Love You Live est un disque chabraque. De sa pochette aux versions des morceaux présents sur cette double galette (toujours en CD). Les Stones ont sorti un grand nombre d'albums live, ça doit être, avec Bob Dylan, Iron Maiden et Zappa, un des groupes/artistes qui en ont sorti le plus. Et ce, dès leur débuts (Got Live If You Want It ! de 1966, à la prise de son catastrophique, on entend plus les nanas en délire dans le public que le groupe à proprement parler...). Puis, en 1970, Get Yer Ya-Ya's Out ! (indéniablement leur meilleur live, et un des plus grands lives au monde, c'est juste dommage qu'il ne dure que 47 minutes), à la pochette aussi ratée et ridicule que le contenu est bandulatoire. Puis ce Love You Live (1977), puis, ensuite, en 1981, Still Life : American Concert (leur pire, trop court - 40 minutes - trop fainéant, lisse, propre sur lui, sans éclat..., et issu d'une période assez difficile pour le groupe), puis Flashpoint en 1991, que j'adore (mon premier album du groupe) et qui est assez efficace, puis Stripped (acoustique) en 1995 (qui est, ma foi, assez bon), puis No Security (1998, correct, mais issu de la tournée d'un mauvais album), puis, en 2004, Live Licks, qui ne vaut pas grand chose, et, en 2008, Shine A Light (version album du rockumentaire/film de concert fait par Scorsese, très bon). Plus Rock'n'Roll Circus, si on veut le rajouter. Soit,  9, voire même 10 albums live. Tous ou presque (pas le premier, évidemment, ni Still Life) ont Jumpin' Jack Flash dessus, on peut se faire un album perso avec toutes les versions de la chanson, pour les ultra-fans !

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Love You Live n'est pas le moins connu (c'est indéniablement Still Life) ni le moins bon (même réponse) de tous ces lives, mais, comme Leslie l'a dit, il est bancal, légèrement vautré. Oui, les Galets n'étaient pas dans le meilleur de leur forme, surtout Keith, dont les soucis de came confinent au martyr pour la grande cause pablo-escobarienne. Non seulement il est drug-addict (héroïne), mais il est arrêté, à Toronto, en 1977, pour possession de came, et risque une lourde peine de zonzon. Il doit sans cesse déménager, rapport à des interdictions de séjour, et il ne peut pas résider dans son pays, rapport au fisc. Pire, un de ses enfants, Tara, son plus jeune fils (eu avec Anita Pallenberg, avec qui il est toujours en 1977, mais les relations ne sont pas au beau fixe, elle aussi suce de la came), meurt subitement (il est bébé, 10 semaines), en 1976, et Keith l'apprend juste avant de monter sur scène, à Paris, on imagine ce qu'il ressentait. Déjà que quelques années plus tôt, un de ses meilleurs potes, Gram Parsons, avait succombé à une OD, ça fait un coup dur de plus pour Keith. Non, dans le groupe et son entourage, tout n'allait pas bien. Ron Wood avait un petit peu de mal à s'intégrer, les Glimmer Twins (Jagger et Richards) commencent à se tirer un petit peu la bourre, même si ça n'est encore rien par rapport à ce que ça sera quelques années plus tard... Ah ! oui, autre évênement, l'ingénieur du son Keith Harwood (Physical Graffiti de Led Zep, notamment, et les Stones) décède aussi, dans la foulée, histoire d'en rajouter, comme Leslie l'a dit plus haut...

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Sorti, qui plus est, sous une pochette remarquable dans le registre oh merde, j'ai foiré mon coup (je me demande encore pourquoi la main que mord Jagger est bicolore...et les couleurs pissent un peu partout, en plus...), ce live offre 83 minutes de rock enregistré en partie à Paris (aux Abattoirs, 5 et 6 juin 1976 - ce dernier soir est celui où Keith apprend, juste avant, le décès de Tara, ce mauvais souvenir de Keith est donc immortalisé pour l'éternité, pour lui, par le biais des morceaux enregistrés le jour du drame...), et un peu ailleurs (Earls Court à Londres, El Mocambo Tavern et Maple Leaf Gardens à Toronto (les deux), Inglewood Forum de Los Angeles. Mais, sur les 18 titres, 9, soit la moitié, sont captés à Pantruche. Ce qui en fait le live le plus franchouille du groupe, et la raison principale, pour Leslie, de ne pas trop mal juger Love You Live. Malgré qu'en effet, il y à du lourd, niveau ratage, ici : oui, You Gotta Move (que je n'aime déjà pas dans sa version studio de 1971) est abominable, tout comme You Can't Always Get What You Want, Jumpin' Jack Flash (en effet, Billy Preston - claviers - use et abuse ici) et Tumbling Dice. Pourtant, ces trois derniers titres sont des légendes stoniennes que le groupe, souvent, bien souvent, soigne bien sur scène !

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Dos de pochette

Heureusement, on a aussi du lourd, niveau réussites et originalité. D'abord, on a ici des morceaux rarissimes en live (albums et tout simplement en concerts, enregistrés ou pas) : Fingerprint File (un des morceaux les plus monstrueux et sous-estimés du groupe), Hot Stuff (unique morceau issu de l'album studio le plus récent du groupe à l'époque, ce Black And Blue mal-aimé et à réhabiliter), Star Star (Starfucker) (monstrueux rock sexuel à la Chuck Berry) ou bien encore If You Can't Rock Me. Et tous ces morceaux (plus Happy, It's Only Rock'n'Roll (But I Like It), Honky Tonk Women et Brown Sugar) assurent vraiment, le groupe est en forme, dévastateur, que demander de plus ? Et comme Leslie l'a dit, la face C est un régal et un miracle. Entièrement captée au El Mocambo Club de Toronto, elle offre quatre reprises de blues (de Muddy Waters, Howlin' Wolf) et de rock'n'roll (Bo Diddley, Chuck Berry), des chansons imparables, grandioses (Mannish Boy ! Little Red Rooster !), sublimement reprises par un groupe qui, durant une vingtaine de minutes, revisite ses classiques, refait ses gammes, face à un public probablement plus restreint qu'à Inglewood ou aux Abattoirs (et encore, les Abattoirs ne sont pas une salle immense). Oui, rien que pour cette face C, et rien que pour ces morceaux rares en live et que j'ai cités plus haut, Love You Live se doit d'être possédé et écouté. Ahem. Voilà-voilà.

FACE A

Intro : Excerpt From "Fanfare For The Common Man"

Honky Tonk Women

If You Can't Rock Me/Get Off My Cloud

Happy

Hot Stuff

Star Star (Starfucker)

FACE B

Tumbling Dice

Fingerprint File

You Gotta Move

You Can't Always Get What You Want

FACE C

Mannish Boy

Crackin' Up

Little Red Rooster

Around And Around

FACE D

It's Only Rock'n'Roll (But I Like It)

Brown Sugar

Jumpin' Jack Flash

Sympathy For The Devil