Fantface

 Alors là... alors là, on arrive à un album tellement mythique, tellement réputé, tellement réussi, tellement essentiel que si chaque personne le possédant me donnait un euro, je pourrais m'acheter une belle grosse bagnole de luxe, cash, avec tous les accessoires. Ce disque, énorme succès commercial et critique à sa sortie en 1998, a remporté, en 1999, trois Victoires de la Musique (artiste de l'année, vidéoclip pour La Nuit Je Mens, et album de l'année), plus, en 2005, la Victoire des Victoires de la Musique, décernée au meilleur album de chanson française depuis 1985 (année de création des Victoires), récompense suprème. Ce disque, évidemment, sous sa pochette montrant l'artiste macérant dans un marais plein de végétation, c'est Fantaisie Militaire, et cet artiste, évidemment, c'est Alain Bashung. Ce disque aligne 12 merveilles absolues, et offre 49 minutes de pur bonheur (même si, mais j'y reviendrai plus bas, sa production drum'n'bass m'énerve parfois un peu). Pour la quasi-totalité des fans de Bashung, c'est le sommet, l'Everest de toute sa carrière, et ce, 10 ans avant son ultime album (et 11 avant sa mort). Personnellement, je suis encore plus fan de Play Blessures et Bleu Pétrole que de Fantaisie Militaire, mais il n'empêche, oui, ce disque est un de ses grands triomphes, sans doute son deuxième meilleur, selon moi, derrière Play Blessures (ou alors, son meilleur devant Play Blessures, d'accord, mais je préfère Play Blessures quand même, OK ?). Fantaisie Militaire est le quatrième des cinq albums faits en collaboration avec le parolier Jean Fauque (qui est arrivé en 1989, signant quatre chansons sur les onze de l'album Novice), son pote, mais Bashung a aussi collaboré avec Rodolphe Burger de Kat Onoma (pour une chanson, Samuel Hall), et surtout avec les Valentins (Edith Fambuena et Jean-Louis Pierot), qui jouent sur le disque, tout comme Martyn Barker (batterie), Simon Edwards (bassiste de Talk Talk), Joseph Racaille (arrangements, comme Burger) ou Adrian Utley (guitares).

bashung_98

Fantaisie Militaire est un quasi-sans-fautes pour moi. Tout au plus la production drum'n'bass à la Portishead m'énerve un peu sur Samuel Hall, 2043 et Fantaisie Militaire (je trouve que le son a un petit peu vieilli, pour la rythmique, mais rien de grave ; disons que ça sent bon ses années 90 !). Mais je chipote vraiment, car aucune chanson, je dis bien : aucune, n'est mauvaise, ou moyenne ici. De Malaxe (L'homme de demain sera hors-normes) au court (2 minutes) et envoûtant Angora, en passant par Au Pavillon Des Lauriers et son ambiance orientale, 2043 très futuriste comme son titre (Dionysos en a fait une bonne reprise en 2011 sur le disque Tels, en hommage à Bashung), Mes Prisons qui alterne furie et douceur, ou bien encore, évidemment, La Nuit Je Mens (la meilleure chanson de Bashung, probablement), Ode A La Vie et Fantaisie Militaire (quand Bashung chante le refrain, Soldat sans joie, va, déguerpis : l'amour t'a faussé compagnie, sa voix est à faire frémir)... En fait, il faudrait toutes les citer, les 12 chansons de ce disque vert (allusion à la pochette). Mention plus que spéciale, outre à La Nuit Je Mens et à la chanson-titre, à Aucun Express, qui me fait limite chialer à chaque écoute, et à Samuel Hall qui, malgré ses allures de chanson trip/hop à la Portishead/Massive Attack, est une adaptation remarquable d'un vieil air folk que Johnny Cash, notamment, a chanté, une chanson bluffante sur laquelle Bashung est au sommet. Là encore, sa voix est terrible, il parvient à faire passer toute la hargne (Allez au diable, je m'appelle Samuel Hall...Je vous déteste tous !), la détresse pleine de résignation (Avale, allez !, avale, putain, quand il prononce ces mots...) de ce personnage mal défini, mais apparemment un écrivain en détresse affective, 'malmené' par une épouse qui ne le comprend pas, ne mesure pas son talent.

Fete_Huma_2004_Sept_2004_189_Bashung

 Aucun rejet à faire sur ce disque, donc. Pour amateurs de chanson française (et de rock français, aussi), Fantaisie Militaire est un disque crucial, important, essentiel, indispensable. C'est bien simple, si vous ne l'avez pas encore, qu'attendez-vous ? Il y à de fortes chances, de plus, que le disque ne soit pas vendu trop cher, raison, donc, de plus. Mais je suis sûr que vous possédez déjà ce disque chez vous. Ce fut mon premier Bashung, acheté quelques trois ans après sa sortie, et si je n'ai pas accroché à fond à la première écoute (sauf La Nuit Je Mens, que je connaissais depuis 1998), l'album m'est rapidement devenu indispensable. Même s'il n'est plus mon préféré de l'Alsacien, passé deuxième derrière Play Blessures (1982), et parfois Bleu Pétrole (2008) est à la limite de le faire passer troisième dans mon Top 5 bashungien. Mais jamais, je le sais, Fantaisie Militaire ne quittera mon Top 3 bashungien, ni ne quittera mon Top 20 français (dans lequel il est facilement dans les 10 premiers) ! Un disque essentiel et grandiose. Le sommet de toute une vie, même si Bashung fera encore très fort en 2002 avec l'expérimental L'Imprudence, et en 2008 avec le très classique Bleu Pétrole. Mais en 1998, et jusqu'à 2002, comment ne pas avoir pensé qu'avec ce disque, Bashung avait tout dit, tout offert, signé son chef d'oeuvre ?

Malaxe

La Nuit Je Mens

Fantaisie Militaire

2043

Mes Prisons

Ode A La Vie

Dehors

Samuel Hall

Aucun Express

Au Pavillon Des Lauriers

Sommes-Nous

Angora