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Antoine, vous connaissez. Pierre Antoine Muraccioli de son vrai nom, chanteur français né à Madagascar (ce qui, sans aucun doute, est une des raisons de son profond attachement pour les îles, les voyages ; le ne vit que de ça depuis des dizaines d'années, et il a bien raison, c'est la vie rêvée, de voyager sur les mers, comme on veut...), ayant eu un gros, gros succès en 1966 avec son premier album, sur lequel se trouve la fameuse chanson Les Elucubrations D'Antoine (Oh yeah !!). Harmonica, cheveux longs (et idées courtes selon Johnny, qui n'appréciera pas du tout que, dans cette chanson, Antoine propose d'enfermer l'idole des jeunes au cirque Medrano) chemises bariolées, voix narquoise, guitare acoustique. Folk contestataire à la Dylan décomplexé. La même année que son remarquable premier album sans vrai titre (l'album s'appelle Les Elucubrations D'Antoine par défaut, rapport à cette chanson), Antoine rencontre un groupe de rhythm'n'blues français constitués de vrais zigotos, les Problèmes. Qui deviendront, un an plus tard, les Charlots. Avec la carrière que l'on sait, musicale d'abord, puis, dès 1970, cinématographique. Mais, en 1966, pas encore de Charlots, juste les Problèmes, qui livrent leur premier album, sur lequel Antoine apparaît de temps en temps, mais, au final, peu. Antoine Rencontre Les Problèmes, tel est le titre de ce disque, qui est plus un disque des deuxièmes que du premier, malgré la pochette montrant Antoine en avant, et les futurs Charlots, pas encore au complet, au fond. On distingue Jean Sarrus (basse), Gérard 'Phil' Filippelli (guitare) à ses côtés, et Gérard Rinaldi tout au fond (chanteur, saxophoniste à la base). Je ne suis pas sûr du tout que celui que l'on voit face au photographe, tête tournée vers Rinaldi, soit Luis Rego (guitare). En fait, non, c'est pas lui, et pour une raison simple expliquée plus bas et dans une des chansons. En tout cas, le batteur, premier vers la gauche, n'est pas Jean-Guy Fechner (qui sera batteur). Le batteur, ici, est Donald Rieubon (Fechner, frangin de leur futur producteur Christian, arrivera juste après).

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Antoine chante sur deux titres : Les Contre-Elucubrations Problématiques et Je Dis Ce Que Je Pense Et Je Vis Comme Je Veux (avec son final assez provoc' pour l'époque, un et merde ! bien cinglant), qui sont en ouverture et en clôture de ce disque, sinon, joué par les Problèmes, Rinaldi au chant. Musicalement parlant, ne vous attendez pas à de la musique franchouille comme les Charlots en feront par la suite (Si Tu N'Veux Pas Payer D'Impôts...Cache Ton Piano, L'Apérobic, ce genre de trucs). Les Problèmes livrent ici un disque de rock/rhythm'n'blues qui n'a pas grand chose à envier (sauf pour le chant et les paroles : les paroles sont souvent un peu tarte, et Rinaldi chante bien, mais ce n'est clairement pas un chanteur-né, il n'a pas la voix pour ça) aux modèles anglo-saxons. La basse de Sarrus est gironde, les guitares sont remarquables, écoutez Je Ne Vois Rien, pour la peine, et vous verrez (ah ah, jeu de mots). Impossible de parler de ce disque sans parler de la remarquable Ballade A Luis Rego, Prisonnier Politique (portugais de nationalité, Rego tentera de fuir son pays en proie à la dictature, et sera brièvement enfermé en prison au Portugal ; il ne joue pas sur le disque, donc). D'autres morceaux sont moins remarquables (S'Il Boude, On S'En Fout, Ce Monde Existe), mais cet album, dans l'ensemble, vaut vraiment le coup, même si sa production à la française (voix mise en avant, musique placée au fond) et son côté un peu trompeur (Antoine n'apparait que sur 2 des 12 chansons, alors que le titre de l'album et sa pochette laissent présumer une collaboration entière, un album complet, entre lui et les Problèmes) peuvent décevoir.

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Mais cet Antoine Rencontre Les Problèmes, à défaut d'être un chef d'oeuvre, est tout de même un disque assez important et vraiment réussi. Rock pur par moments (Je Ne Vois Rien est du pur garage rock qui, si elle avait été chantée en anglais, n'aurait pas dépareillé sur la compilation Nuggets qui regroupe les meilleures chansons anglophones du genre), rhythm'n'blues bien efficace, assez sérieux comparé à ce que le groupe, renommé Charlots, feront dès l'année suivante, cet album est un petit classique du genre, tout simplement. C'est vraiment une réussite, quoi qu'on pense des Charlots (et moi, ben, j'ose le dire, j'adore leurs films, jusqu'à 1980, car après, ça devient vraiment nul à chier et irregardable ; mais leurs films des années 70, pour cons qu'ils sont, me restent vraiment très sympathiques) ! Comme on dit, ils touchaient leurs billes, musicalement parlant !

 FACE A

Contre-Elucubrations Problématiques

Des Lendemains

Pop Jerk

Ce Monde Existe

Dodécaphonie

Je Ne Vois Rien

FACE B

Ballade A Luis Rego, Prisonnier Politique

On S'En Fout

Pas Adieu

S'Il Boude

Si C'Est La Nuit

Je Dis Ce Que Je Pense Et Je Vis Comme Je Veux