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Dans la catégorie 'actrices qui chantent', c'est assez souvent redoutable. Sandrine Kiberlain, Claire Keim, Isabelle Adjani (même si Pull Marine est une belle chanson), Catherine Deneuve, Brigitte Bardot (pas une voix pour bien chanter), Arielle Dombasle, Valérie Lemercier, Sophie Marceau, Chiara Mastroianni, Elisa Tovati... Mais Emmanuelle Seigner, elle, c'est différent. En partie parce qu'elle s'entoure d'un groupe (le duo français Ultra Orange, constitué de Gil Lesage et Pierre Emery) ; ensuite, elle chante en anglais, ce qui évite de s'appesantir sur la crétinerie des paroles : elles sont peut-être parfois tartignolles, mais on s'en rend moins compte ; enfin, elle sait bien chanter, sincèrement. Elle (enfin, Ultra Orange et elle) sort ce premier disque en 2007. Par la suite, elle en sortira un autre, seule (Dingue), faisant de ce Ultra Orange & Emmanuelle une oeuvre à part, unique, 40 minutes (11 titres dont un chanté par Emery) enivrantes, et je n'exagère pas du tout. L'album a été enregistré à Majorque (une des îles des Baléares), au studio d'Ultra Orange et aussi à l'hôtel Plaza Athénée de Paris, par Pierre Emery, lequel est donc un des deux membres du duo. Emery tient les guitares, la basse, les claviers et un peu de batterie (il chante aussi sur Won't Lovers Revolt Now). La batterie est tenue aussi par Marc Pisapia, et Gil Lesage, elle, tient des percussions, choeurs et est créditée, aussi, comme larsenneuse.

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D'emblée, ce qui frappe, sur Sing Sing (le premier morceau), c'est le son un peu effacé, surtout pour la batterie. Mais je vous rassure, le reste de l'album est mieux produit. Sinon, l'album percute du début à la fin, entre ballades (One Day, Nobody Knows, Rosemary's Lullaby) et chansons rock (Bunny, Sing Sing, Touch My Shadow, The Good From The Bad). Si Bunny est un peu moyenne, le reste assure à fond. On notera que Rosemary's Lullaby n'est autre que la fameuse ritournelle (en vocalises) de la bande-son du film Rosemary's Baby du mari d'Emmanuelle, Roman Polanski (Krzysztof Komeda, compositeur de la musique du film de 1968, est d'ailleurs crédité), réarrangée en version rock. C'est, avec 5 minutes, le morceau le plus long, et un des meilleurs, de l'album ; un titre vraiment envoûtant. Tour à tour pop (Touch My Shadow, Don't Kiss Me Goodbye) et rock, Ultra Orange & Emmanuelle est un disque franchement sublime ; le timbre de voix, doux, un peu atone, à la Nico, d'Emmanuelle Seigner se marie parfaitement avec les mélodies du duo Lesage/Emery. Certes, ce n'est pas une chanteuse à voix (à la base, ce n'est pas une chanteuse tout court), mais elle assure dans son registre. Sa voix est touchante, douce comme une pluie d'été, même sur les titres les plus énergiques.

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Ultra Orange & Emmanuelle, sous sa pochette rose pâle, est donc une réussite, un disque à écouter absolument. Personnellement, je n'en attendais pas beaucoup, même après avoir lu, dans Rock'n'Folk, au moment de sa sortie en 2007, une double salve (critique et article, signé Patrick Eudeline pour ce dernier) assez enthousiasmante, et même dithyrambique, qui m'avais férocement donné envie de tenter le coup. Je ne l'ai pas regretté ; plusieurs écoutes après la première, et ce disque m'est toujours aussi agréable. Pour moi, un des meilleurs albums rock français de la décennie 2000, tout simplement.

Sing Sing

Simple Words

Rosemary's Lullaby

Bunny

Lines Of My Hand

Touch My Shadow

Don't Kiss Me Goodbye

Won't Lovers Revolt Now

Nobody Knows

The Good From The Bad

One Day