Hugues-Aufray-Chante-Dylan

Quand on parle de Hugues Aufray, généralement, c'est pour parler de Santiano, Stewball, Adieu Monsieur Le Professeur, Hasta Luego ou Céline. De belles chansons, des classiques, des standards. Tout au plus on peut gueuler en se disant que si Aufray n'avait jamais fait Céline, on nous aurait épargné Céline Dion (vous connaissez l'anecdote : c'est en entendant à la radio cette chanson que la mère de Céline Dio, qui était enceinte d'elle et ne voulait pas spécialement la garder car elle avait déjà pas mal d'enfants, a décidé de la garder et de l'appeler ainsi) ; ou que Stewball, utilisée à outrance dans une pub récente du PMU (les jockeys en équipe de foot), en est devenue lassante. Mais on sait aussi qu'Hugues Aufray est un folkeux, un vrai, lequel est, et c'est génial et force le respect vu son âge (qu'il ne fait pas, sincèrement, quand on le voit), toujours en activité. Aufray est aussi et surtout un ami de Bob Dylan, qu'il fut le premier à apprécier et défendre, chez nous, en reprenant, en français, ses chansons. Ca a sans doute édulcoré le message, la force de ces chansons, de les adapter en français, mais ça a aussi permis aux gens de mieux connaître Dylan, de mieux le comprendre, aussi (le débit de paroles de Dylan, plus le fait qu'il chante en anglais, faisait, on le comprend, que les Français et francophones ne pigaient pas grand chose, à moins de connaître la langue ; mais pourquoi est-ce que je dis ça, moi ? Ca semble évident, non ?). Aufray, aussi, quand Dylan venait en France pour des concerts, l'hébergeait parfois chez lui, à Paris, et il paraît qu'encore aujourd'hui, les deux gars se font des bouffes, de temps à autre. Ils ont chanté ensemble en 1984, sur scène, pour une ou deux chansons, Aufray a fait quelques premières parties de concerts dylaniens en France... En un mot, ils sont complémentaires. Et ce disque sorti en 1965 en est une belle preuve (et pas la seule, car, il y à un an ou deux, Aufray à refait un disque similaire, New-Yorker).

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Ce disque, c'est Aufray Chante Dylan, et nul besoin, donc, de dire de quoi il s'agit, tout est dans le titre. 11 chansons issues des albums The Freewheelin' Bob Dylan (3 chansons), The Times They Are A-Changin' (5 chansons, album le plus représenté ici) et Another Side Of Bob Dylan (3 chansons) (respectivement, 1963, 1964 et 1964). Rien, en revanche, n'est issu du premier album de 1962 (Bob Dylan), lequel, pour être honnête, ne vaut pas grand chose (aucun classique, aucun standard). Adaptations en français de quelques unes des meilleures chansons de la période folk acoustique du Barde (lequel, en 1965, passe à l'électrique via Bringing It All Back Home et Highway 61 Revisited, au grand dam de ses premiers fans qui le traiteront de "Judas"), ce disque est court (moins de 36 minutes), mais remarquable. Ces chansons sont sublimement interprétées (la voix d'Aufray a toujours été impeccable, il faut le dire), et tout au plus peut-on regretter les paroles parfois un peu fades par rapport aux tournures de phrases dylaniennes. Le message reste le même, des chansons contestataires, mais c'est parfois (mais pas toujours) un peu terne. Mais c'est sans doute le français qui veut ça, et aussi une volonté de ne pas paraître trop violemment engagé. Un compromis, en quelque sorte. Les chansons, vous les reconnaissez en lisant leurs titres. Dans l'ordre d'apparition sur le disque, Girl From The North Country, All I Really Want To Do, It Ain't Me Babe, Oxford Town, Corrina, Corrina, Motor-Psycho Nitemare, The Times They Are A-Changin', Ballad Of Hollis Brown, The Lonesome Death Of Hattie Carroll, With God On Our Side et When The Ship Comes In.

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Il manque des classiques ici, mais on n'allait pas faire un double album non plus, ce n'était pas encore la période des double albums (rappelons que les premiers double albums datent de 1966, un de ceux-là est justement un Dylan). Mais il est vrai que ça aurait été bien d'avoir des adaptations en français de A Hard Rain's A Gonna Fall, Don't Think Twice, It's Allright, Blowin' In The Wind (qui avait été reprise en français par...Richard Anthony, brrrr) ou le méconnu mais immense Chimes Of Freedom. Enfin, on a déjà 11 chansons, ce qui n'est pas mal.

FACE A

La Fille Du Nord

Ce Que Je Veux Surtout

Ce N'Etait Pas Moi

Oxford Town

Corrina Corrina

Cauchemar Psychomoteur

FACE B

Les Temps Changent

La Ballade De Hollis Brown

La Mort Solitaire De Hattie Caroll

Dieu Est A Nos Côtés

Le Jour Où Le Bateau Viendra