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Après le très important succès d’Osez Joséphine (1991), son album du grand retour (car l’album fait précédemment, Novice en 1989, fut un bide commercial passé totalement inaperçu à sa sortie), album de country-rock enregistré entre Memphis et Bruxelles, Alain Bashung est de nouveau en selle.  Les pontes de sa maison de disques, Barclay, lui demandent, histoire d’entériner tout cela, un nouvel album qu’ils espèrent au moins – au moins ! – aussi cartonneur. Il faudra trois ans à Bashung pour enregistrer et sortir ce nouvel album, son huitième opus studio, trois ans parfois difficiles, et qui s’achèveront par un disque très bien accueilli à sa sortie, écrin d’un vrai tube, mais qui ne sera pas aussi cartonneur que le précédent – ni que le suivant, mais ça, personne ne pouvait prévoir le triomphe de Fantaisie Militaire en 1998. Ce huitième opus bashungien, sorti, donc, en 1994, c’est Chatterton. D’emblée, la pochette (photo signée Jean-Baptiste Mondino) est assez remarquable : un fond bleu mal peint (une première couche mal posée, on voit encore pas mal de blanc) avec, devant, assis à califourchon sur une chaise inconfortable, Bashung, un Bashung vêtu d’une chemise d’un rose foncé criard, pantalon noir, peau très blanche, tête baissée et main dans les très noirs cheveux. Un clown triste, désabusé, comme s’il pensait au calvaire que fut l’enregistrement (entièrement fait aux studios ICP de Bruxelles), avec notamment le guitariste Jimmy Wilsey (qui ne joue que sur 3 des 12 titres), un vrai cinglé qui fera des siennes, et que Bashung remplacera rapidement. Plus une grande incertitude de Bashung et de ses musiciens (parmi eux, de grandes pointures méconnues, comme Sonny Landreth – guitare -, qui faisait déjà partie de l’équipe de Osez Joséphine ; Marc Ribot – guitare - ; Stéphane Belmondo – trompette - …). Mais, au bout du compte, Chatterton se fait, lentement, dans la douleur, mais se fait quand même. Surtout que pour remplacer un Wilsey frappé, Bashung convoque une vraie légende de la guitare, Link Wray (Rumble, magistral instrumental rock’n’roll des années 50, c’est lui), qui joue sur 4 titres. Composé dans sa totalité en collaboration (la troisième et pas la dernière) avec son pote Jeau Fauque à l’écriture, produit par Phil Délire, Djoum et Bashung, Chatterton sort, donc, en 1994.

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Dans la biographie d’Alain Bashung signée Marc Besse (Bashung(s), Une Vie), on raconte une anecdote assez amusante, concernant Chatterton. Le jour où Bashung et Fauque ont fait écouter l’album au patron de Barclay (c’était Pascal Nègre à l’époque), ils ont eu le plaisir de voir se décomposer, au fil  de l’écoute, la tronche de Nègre, qui attendait un gros tube pour lancer l’album. Mais ni A Perte De Vue, ni Que N’Ai-Je, les deux premières chansons, n’ont l’étoffe d’un tube radiophonique ou télévisuel (ce sont, cependant, de très bonnes chansons). Ce n’est qu’à la troisième chanson que le déclic se fit, Ma Petite Entreprise, chanson qui ne parle pas seulement d’une PME, mais aussi et surtout de cul. Sous mots couverts. Gros tube, sortie en single, Bashung passe sur tous les plateaux TV en l’interprétant (clip plus bas, très réussi ; la chanson est plus longue de 30 secondes sur l’album) ; par la suite, un film de Pierre Jolivet, qui sera un beau succès, lui empruntera son titre, et bien entendu, on y entendra la chanson. Ma petite entreprise connaît pas la crise… La suite de l’album sera du même tonneau que les deux premières chansons, pas de tube à l’horizon. Oui, J’Passe Pour Une Caravane sortira en single (la preuve, ci-dessous), chanson assez country et très sympathique. Mais on pourra pendant longtemps chercher les titres les plus évidents, ici : pas Danse D’Ici, ni Un Âne Plane, ni le spoken-word final de J’Ai Longtemps Contemplé (remarquable), ni le terrible Elvire, ni Après D’Âpres Hostilités. A la rigueur, L’Apiculteur, repris par Raphaël, l’an dernier, sur Tels Alain Bashung, l’album-hommage collectif (sur ce même album, Gaëtan Roussel, artisan principal du dernier Bashung, reprenait, issu de Chatterton, J’Passe Pour Une Caravane), peut être qualifié de classique bashungien, mais pas au même niveau que La Nuit Je Mens, Résidents De La République ou Vertige De L’Amour quand même. Sur Chatterton, seul Ma Petite Entreprise peut être qualifié, vraiment, de tube et classique absolu bashungien au même titre que les chansons que je viens de citer (et d’autres encore).

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En une cinquantaine de minutes, Chatterton est un bon cru de Bashung, mais pas un immense album. D‘ailleurs, ma première écoute fut très décevante (pas en 1994, bien plus tard). Si on excepte ce fameux tube, rien ou presque ne m’avait plu ici, je trouvais ce mélange de rock, country et variété, avec des accents un peu synthétiques, assez fadasse. De fait, l’album est lisse, trop homogène, pas évident du tout, et il ne soutient pas la comparaison avec Osez Joséphine ou Fantaisie Militaire, les deux albums qui le sandwichent dans la discographie du chanteur. Comme il a été dit dans Rock’n’Folk en 2009, juste après la mort de Bashung, dans un article discographique qui résumait tous les albums de l’artiste, Chatterton, bien accueilli à sa sortie, a été complètement dépassé par l’album suivant, a pris un bon gros coup de vieux depuis (sa production très ‘années 90’ y est pour quelque chose), et l’absence de gros tubes (sauf cette fameuse chanson Ma Petite Entreprise, encore) n’améliore rien. C’est un bon cru, mais généralement, rares sont ceux qui citent ce disque en top priorité dans les albums de Bashung. J’ai cependant appris à aimer cet album, mais jamais je ne le placerai dans un Top 5 bashungien, il serait même dans les derniers, devant Roulette Russe et Romans-Photos, mais, hé oui, derrière Passé Le Rio Grande…, probablement (enfin, ça dépend, des fois, il serait juste devant). Je l’écoute rarement, c’est l’album de Bashung que j’écoute le moins (je ne compte pas Romans-Photos, qui n’existe pas en CD, sauf dans le coffret intégrale de 2009 que je ne possède pas), et si j’ai l’intention de rattraper cette erreur, je ne compte pas non plus me gaver de Chatterton pour me faire changer d’opinion à son sujet : c’est un bon album, pas un grand album. Il contient, vraiment, de superbes chansons, mais elles ne sont pas évidentes. Un néophyte es Bashung appréciera probablement l’album, mais une fois les autres albums découverts, il se rendra, aussi, compte qu’il y à bien mieux chez le regretté Alsacien. Bref, c’est un bon cru, sans casser des briques. A noter que pas mal des chansons fonctionnent mieux en live (quasiment toutes sont sur le double live Confessions Publiques de 1995) !

FACE A

A Perte De Vue

Que N'Ais-Je

Ma Petite Entreprise

Elvire

Un Âne Plane

Après D'Âpres Hostilités

FACE B

J'Avais Un Pense-Bête

J'Passe Pour Une Caravane

Danse D'Ici

A Ostende

L'Apiculteur

J'Ai Longtemps Contemplé