ED1

M'avez-vous déjà vu quelque part ?/Rafraîchissez-moi donc la mémoire... 

Je n'en peux plus tellement je suis content : j'ai enfin trouvé une édition vinyle de ce disque ! Pas un pressage d'époque (1991) car si lalbum est sorti sous ce format à l'époque, il n'est pas évident de trouver un pressage original, mais le disque a été réédité l'an dernier, dans une sublime édition remastérisée, avec une sous-pochette ornée de belles photos noir & blanc des sessions, et bien entendu, les paroles sur un feuillet. Le tout, pour 15 balles. Tout ceci méritait bien que je reparle de cet album mythique, mon préféré d'Etienne Daho, son meilleur aussi (du moins, très certainement), sorti en 1991 donc sous une pochette bien iconique représentant le Rennais en gros plan, avec des timbres sur la joue, timbres ornés de son nom et du titre de l'album : Paris Ailleurs. Ce disque, c'est 38 minutes (et 11 titres dont 5 finiront en singles) de grande pop française. C'est le premier album des années 90 pour Daho, qui l'a imaginé à Lisbonne et enregistré à New York (comme indiqué sur le hype sticker du vinyle), et le premier album de Daho, car il y en aura d'autres, qu'il a conçu avec Edith Fambuena, membre des Valentins (tout comme un autre des musiciens sur l'album, Jean-Louis Piérot) et désormais productrice/arrangeuse, ayant notamment bossé avec Miossec (1964), Bashung (Fantaisie Militaire), Higelin, Françoise Hardy, La Grande Sophie, Brigitte Fontaine, Julien Doré, Adamo (elle bouffe à tous les râteliers)...et Daho. Paris Ailleurs est l'album qui a vraiment boosté Daho très loin dans les étoiles. Non pas que ses précédents albums n'étaient pas bons, car, franchement, dans l'ensemble, ils sont même un peu plus que ça. Bon, OK, Mythomane, son premier opus, ne vaut pas grand chose, de la pop synthéthique française comme on en faisait à l'époque, production d'époque aussi, sous pochette Pierre & Gilles ou affiliés. La Notte, La Notte, son deuxième album, pas non plus génial, est tout de même bien plus recommandé, avec le tube Week-End A Rome. Mais c'est avec son troisième opus, Pop Satori en 1986, qu'il va exploser : Duel Au Soleil, Tombé Pour La France, Epaule Tattoo, et cette remarquable, sublime et au final méconnue chanson, Quelqu'un Qui M'Ressemble. En 1988, Pour Nos Vie Martiennes, sous sa belle pochette signée Guy Pellaert et avec au programme Bleu Comme Toi et Des Heures Hindoues, enfonce le clou, en moins électro/synthétique, plus pop. 

ED2

A ce moment précis, 1988/89, Etienne Daho est confirmé comme une star de la pop française. On attend son prochain album avec impatience, en espérant qu'il saura enfoncer le clou. Espoirs confirmés : Paris Ailleurs n'enfonce pas le clou, il le défonce, carrément. Moins synthétique qu'avant (et d'ailleurs, à partir de ce disque, la musique de Daho sera plus organique que synthétique, si on met de côté un Eden un peu électro et plutôt moyen en 1996, un Réévolution excellent en 2003, et le dernier en date, Blitz sorti l'an dernier, sensationnel), Paris Ailleurs est en revanche un album assez imprégné de soul/funk. C'est pas du Funkadelic, hein, mais on a des choeurs assez soul, des cuivres sur certains titres, des basses funkoïdes... Ce disque, quelque part, c'est le Young Americans de Daho. Avec toujours cette touche daholienne, glam et précieuse. Gros succès à sa sortie (il finira disque de platine), il a été boosté par cinq singles à succès : Saudade (moins latino que son titre ne le laisse présumer, mais avec un piano irrésistible), Comme Un Igloo (très soul), Un Homme A La Mer (un des classiques absolus de Daho, une chanson qui, telle quelle, aurait pu se trouver sur Pour Nos Vies Martiennes), Des Attractions Désastre (immense ouverture de l'album, sorte de mise en abîme, avec une guitare géniale, un très bon clip montrant Daho et Fambuena, dos à dos, interprétant ce morceau) et le délicat, hypnotique et quasi morriconien Les Voyages Immobiles. Dans un ordre différent de celui que je donne, il s'agit tout simplement des cinq premiers titres de l'album, de l'intégralité (Interlude A La Désirade, qui dure un peu moins de 2 minutes et est plus un interlude qu'une vraie chanson, même si c'est fort joli, excepté) de la face A. Une face A tubesque et remarquable. 

ED3

Mais la face B est remarquable aussi, et s'ouvre sur un Toi + Moi très soul, avec des cuivres irrésistibles. Rue Des Petits Hôtels (dans les paroles de laquelle on entend le titre de l'album, même s'il y à aussi et surtout un morceau-titre plus loin sur l'album), avec son climat délicat et suave, est une sublime petite chanson au couplets un peu faciles (les sempiternels oh-wooooh daholiens) mais au refrain magnifique. Suit une reprise, La Berlue, une chanson de Françoise Hardy qui date, si je ne me trompe pas, de 1972 à la base. Je ne me souviens plus trop de la version originale, mais cette reprise, très bien foutue (mais tout de même le morceau qui me branche le moins ici, s'il fallait que j'en cite un - ça reste relatif), possède effectivement un indéniable parfum hardyien, un peu comme si Daho ne l'avait pas réarrangée, modernisée, avait juste posé sa voix à la place de celle de Françoise Hardy, sans rien toucher au reste. On arrive ensuite au final de l'album, deux chansons immenses et quasiment indissociables. Double Zéro Et L'Infini, qui n'est pas sorti en single mais aurait pu, car elle a tout d'un tube, une chanson assez onirique, riche en claviers, en choeurs distants, au refrain magistral, à l'ambiance parfaite, toi, zéro, dans Paris bascule à l'infini... 4 minutes et 25 secondes de beauté (c'est le morceau le plus long de l'album) qui se poursuivent (il n'y à en effet quasiment pas de pause entre les deux titres) avec Paris Ailleurs, final génial, une sorte de boucle sonore électro/pop-rock, choeurs féminins entêtants (Paaaaaa-ris), guitare géniale égrénant quelques notes parfaites, basse monolithique, un Daho qui se fait un peu attendre mais qui, une fois lancé, balance une sorte de slam étrange (Quoi ? Tu m'railles ? Alors bye !), achevant l'ensemble avec une folle rapidité, faisant finir le morceau, et l'album, dans une sorte de transe qui donne férocement envie de se remettre tout le disque. C'est la conclusion parfaite (d'autant plus que Daho finit par prononcer le mot Fin dans une ultime note qui s'effondre) d'un album qui l'est tout autant. Daho fera par la suite d'autres excellents opus (Corps & Armes, Réévolution, Les Chansons De L'Innocence Retrouvée, Blitz), mais Paris Ailleurs reste son meilleur. Court, direct, parfois épuré, parfois recherché, la synthése daholienne ultime.

FACE A

Des Attractions Désastre

Saudade

Comme Un Igloo

Les Voyages Immobiles

Un Homme A La Mer

Interlude A La Désirade

FACE B

Toi + Moi

Rue Des Petits Hôtels

La Berlue

Double Zéro Et L'Infini

Paris Ailleurs