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Ce disque est important, même si, à sa sortie, on ne le considèrera pas forcément comme tel (ce n'est que plus tard qu'on se rendra compte de son importance, de sa valeur, de son niveau, aussi). Ce disque, c'est Some Girls, et c'est une des plus éclatantes réussites des Rolling Stones. Le groupe l'a enregistré en France, à Paris (studios Pathé-Marconi) en 1977 (en octobre/décembre), année punk par excellence, ainsi qu'un peu en 1978 (janvier/mars) et le sortira en cette même année 1978, en juin, quelques semaines après un single (présent sur l'album) au gros succès, Miss You. Produit par les Glimmer Twins (soit Jagger et Richards), Some Girls est le premier album studio enregistré dans sa totalité avec le nouveau venu du groupe, Ron Wood. En effet, si Woody joue sur l'album précédent (Black And Blue, enregistré en 1975, sorti en 1976), il ne jouait pas sur tous les titres : le groupe, alors, envisageait d'engager soit Harvey Mandel, soit Wayne Perkins (ils se sont décidés pour Ron Wood), qui jouent, aussi, brièvement sur certains des morceaux de l'album. Mais pour Some Girls, c'est le groupe au complet, Jagger, Richards, Wood, Bill Wyman et Charlie Watts. Black And Blue, l'album précédent, était court (40 minutes, 8 titres, le premier album du groupe, depuis 1969 et Let It Bleed, à être aussi court, vu que les albums de la période 1971/1974 faisaient entre 46 et 48 minutes, sans compter les 67 minutes du double Exile On Main St.). Some Girls, dans un sens, est encore plus court : même durée de 40 minutes, pour 10 titres. Et à partir de ce disque, et pendant une dizaine d'années, les albums des Stones seront tous aussi courts (Tattoo You excepté), ce qui sera un avantage face à ces albums ratés que le groupe a fait en 1980, 1983 et 1986, mais est un gros inconvénient pour le disque qui nous préoccupe maintenant.

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Comme je l'ai dit, à la sortie de Some Girls, on n'a pas forcément crié sur tous les toits que ce disque était monumental. Tout au plus s'est-on rendu compte qu'il était supérieur aux deux précédents (It's Only Rock'n'Roll et Black And Blue), lesquels, sans être mauvais, ni même médiocres, étaient tout de même légèrement inégaux. Pas Some Girls. Enregistré en pleine année punk, sorti en pleine année disco et post-punk, Some Girls aligne une série de merveilles, dont le premier tube disco du groupe (car il y en aura au moins un autre : Dance Pt. 1), Miss You. Chanson mémorable, une des meilleures de l'album, et une des plus étonnantes, Miss You sera un des hits de l'album avec la belle ballade imprégnée de soul Beast Of Burden. Mais il y à hits et classiques ; les classiques ne sortent pas forcément en singles, mais sont souvent joués en live (sur les 10 titres de l'album, au moins 6 furent joués live jusqu'à 2007, et je suppose que pour les 4 autres, ils ont été joués au moins une fois, probablement pendant la tournée promotionnelle de l'album ; les 6 titres dont je sais qu'il y à eu des versions live sont Miss You, Shattered, Respectable, When The Whip Comes Down, Beast Of Burden et Before They Make Me Run, cette dernière est interprétée par Keith Richards et parle de ses emmerdes judiciaires en 1977 à Toronto, où il fut accusé de trafic de drogue). Ces 6 chansons sont immenses (Shattered très punk, Respectable assure, When The Whip Comes Down très virevoltante, Before They Make Me Run est une pépite faisant partie des meilleures chansons interprétées par le pirate), mais il ne faudrait pas oublier le reste : la reprise du hit Motown Just My Imagination (Running Away With Me) assure, Some Girls est une chanson très efficace (que je n'aimais pas trop au départ), Lies est sympathique (pas extraordinaire, mais pas mauvaise du tout), Far Away Eyes est une pastiche country comme le groupe savait et saura toujours en faire (You Gotta Move, Back Of My Hand, Country Honk, Dear Doctor...).

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Verso de pochette, parodie de catalogue

Ce n'est qu'après sa sortie, bien après (on va dire, 10 ans plus tard) que cet album sorti sous une pochette en die-cut (découpages sur la pochette - comme la pochette du Physical Graffiti de Led Zeppelin -, avec possibilité, en inversant le sens de la sous-pochette sur laquelle les visages sont imprimés des deux côtés, de changer les intérieurs, maquillés ou pas ; certaines célébrités comme Brigitte Bardot ou Raquel Welch n'apprécieront pas de se trouver sur la pochette, qui sera parfois censurée dans certains pays), que cet album, donc, sera considéré comme un très grand cru stonien. Il faudra, pour cela, que le groupe sorte Emotional Rescue en 1980 (album raté), Undercover en 1983 (album raté, mais sans doute un peu moins que celui de 1980), et Dirty Work le bien-nommé en 1986 (album très raté), pour que l'on se rende compte que le dernier chef d'oeuvre des Stones était bien Some Girls et pas Exile On Main St. (1972). Par la suite, si le groupe parviendra à faire, en 2005, un A Bigger Bang quasiment au niveau de Some Girls (ce qui fut longuement proclamé dans les critiques des journaux en 2005 à son sujet), Some Girls reste, Tattoo You (album de chutes de studio sorti en 1981, qui est immense) excepté, le dernier chef d'oeuvre des Cailloux. Un disque sur lequel il n'y à rien à jeter, ce qui n'était pas le cas des trois albums précédents (même s'il n'y à quasiment rien à jeter sur Goats Head Soup de 1973 selon moi, Can You Hear The Music et c'est tout) et de tous les suivants, A Bigger Bang et Steel Wheels (de 1989, que j'adore) compris, et Tattoo You excepté encore une fois. Mais Tattoo You ne compte pas trop, vu que c'est, comme je l'ai déjà dit en l'abordant dernièrement, un disque de chutes de studio. Bref, Some Girls, qui est d'ailleurs ressorti il y à quelques semaines en une version collector (2 disques - un de bonus qui est remarquable - ou coffret ultra collector avec vinyle, etc), est un album indispensable !

FACE A

Miss You

When The Whip Comes Down

Just My Imagination (Running Away With Me)

Some Girls

Lies

FACE B

Far Away Eyes

Respectable

Before They Make Me Run

Beast Of Burden

Shattered