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Les Doors ont bien remonté la pente en 1970 avec un Morrison Hotel totalement rock et bluesy, remarquable de bout en bout, qui a montré un Jim Morrison bien revampé, comme revenu de ses dérives alcoolisées. Enfin, tu parles. Le chanteur était certes en forme sur ce disque qui compte parmi les plus belles réussites de 1970 (et il y en à eu, des réussites, en cette année !), mais il n'arrêtera pas de tututter plus que de raison. Il existe un triple Live At Boston proposant deux shows (du même soir) contemporains de la sortie de Morrison Hotel, et au cours desquels on à la chance, et c'est d'ailleurs tristement revendiqué dans le livret CD par les témoignages des Doors restants, d'entendre un Jimbo totalement bourré. Mais alors, comme un coing. Morceaux flingués, interrompus et repris, voix balbutiante, interventions intempestives, monologues bizarres et allumés entre les morceaux. Dommage qu'il n'y ait pas d'images avec ce concert, dommage que ça n'ait pas été filmé, car j'aurais ador voir la tronche des autres. Comme on dit, il y à des choses qui ne s'achètent pas, et pour tout le reste, il y à Eurocard Mastercard. Bon, trève de plaisanteries, le groupe n'en a donc pas fini avec ses démons. Comme pour sentir qu'enregistrer un album calmera les ardeurs de Jim et l'empêchera peut-être de trop picoler, le groupe entre en studio. Il en sortira avec L.A. Woman dans les bacs. Un disque dont je vais avoir du mal à parler tant il compte pour moi, c'est mon grand préféré du groupe, et celui que j'estime être leur sommet inégalable, 48 minutes (car en plus, il est encore plus généreux que Jean-Marc - non, ne riez pas -, ce disque) de grand rock. 

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Afin d'étoffer leurs sonorités, le groupe fait appel à deux musiciens de studio : le bassiste Jerry Scheff et le guitariste rythmique Marc Benno. Deux piliers des studios, l'un des deux (Benno ? Scheff ?) a joué avec Elvis, respect. Ce n'est pas la première fois que le groupe fait venir un bassiste (sur les précédents albums, c'était Doug Lubahn, Ray Neapolitan ou Harvey Brooks) en complément, le groupe n'ayant pas de bassiste officiel ; mais c'est la première fois qu'ils ont un deuxième guitariste. Du coup, le son devient plus touffu, Robbie Krieger va se permettre quelques aventures guitaristiques, il n'a plus à jouer les parties rythmiques. Manzarek, dont les claviers servaient de basse synthétique (c'est à dire que l'absence de vraie basse faisait que les claviers servaient dans la rythmique) va pouvoir se reposer un peu aussi. Mieux : avec cet agencement à six membres, le groupe peut vraiment enregistrer dans les conditions du live. Le problème va venir du producteur Paul A. Rothchild : il n'aime pas du tout les nouvelles chansons, dit au groupe qu'il va droit dans le mur. Le groupe le vire (Rothchild va à l'époque produire le disque posthume de Janis Joplin, Pearl) et demande à l'ingénieur du son Bruce Botnick de produire, avec eux, le disque. Sorti sous une pochette bordeaux aux bords arrondis et à la pochette en vitrophanie (le centre est découpé, la photo du groupe est sur une petite plaque de plastique, le fond jaune est la sous-pochette, qui propose de l'autre côté une gravure étrange d'une femme crucifiée sur un pylône...), L.A. Woman va casser la baraque.

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Personne ne peut se douter, sauf peut-être le principal intéressé, que ça sera le dernier album avec Jimbo. Morrison se barre pour la France à peine les sessions finies (quand l'album sort, il est déjà là-bas), craignant pour sa sécurité aux USA. Et puis, il sentait qu'après les morts de Hendrix et Janis, il serait, lui, le troisième sur la liste. Un peu de repos, c'est pas du luxe, putain. Mais ce repos sera de courte durée, et remplacé par un autre genre de repos, éternel. Crise cardiaque, overdose ? C'est en tout cas dans son bain, rue Beautreillis, à Paris, que Jim meurt (y sonne). Il sera enterré au Père-Lachaise, un enterrement sobre, auquel aucun Doors n'assistera. L'album continue de cartonner suite à l'annonce (faite avec un certain temps de retard) de sa mort, et reste un sacré grand moment de rock imprégné de blues : The Changeling est immense, la voix de Morrison, totalement rauque désormais, y est terrifiante dans ses hurlements ; Love Her Madly et Hyacinth House sont de pures splendeurs ; L'America, écrit pour Zabriskie Point d'Antonioni qui la refusera, est excellente ; The W.A.S.P. (Texas Radio & The Big Beat) est l'ultime déclamation poétique beat de Jim, il la faisait déjà sur scène en 1968. Crawling King Snake, reprise d'un vieux blues, est efficace (mais un peu trop proche du Back Door Man du premier album, aussi une reprise), tout comme Been Down So Long que le groupe jouait en avant-première en concerts en 1970 (Live In Boston). Cars Hiss By My Window est un blues terminal, sinistre et intense. Et il y à les deux fins de face, deux morceaux de plus de 7 minutes. L.A. Woman, ode à la ville et à une certaine femme non citée, est hallucinante. Et Riders On The Storm, final, est probablement la plus belle chanson des Doors, enfin, une des plus belles. Celle-là, je ne veux même pas essayer de la décrire, c'est au-delà des mots. Au final, cet album achève idéalement, et malgré lui, la discographie des Doors. Achève ? En fait, non. Ca va surprendre pas mal de monde à l'époque, mais les Doors restants vont avoir en eux de sérieuses envies de continuer l'aventure, histoire de prouver que le groupe n'était pas que Jim Morrison. La suite demain...

FACE A

The Changeling

Love Her Madly

Been Down So Long

Cars Hiss By My Window

L.A. Woman

FACE B

L'America

Hyacinth House

Crawling King Snake

The W.A.S.P. (Texas Radio & The Big Beat)

Riders On The Storm