TD7

La discographie des Doors est relativement courte : six albums studio avec Morrison, deux sortis par les trois survivants juste après la mort de Morrison, et un ultime album sorti à la fin des années 70 pour commémorer la poésie de leur chanteur. Sans oublier les lives, un sorti du vivant de Morrison et le reste, après sa mort, à partir des années 80. Neuf albums studio, dont trois qui ne sont pas vraiment des albums des Doors pour certains. Parmi les six restants, il y à évidemment des classiques absolus, mais il y à aussi des albums globalement mal-aimés. Indéniablement, Waiting For The Sun, troisième opus du groupe, sorti en 1968, est de ceux-là, qui sont au nombre de deux (parmi les albums avec Jim). C'est un album vraiment à part dans la discographie du groupe, en raison de sa gestation tellement compliquée que c'est à se demander pourquoi on n'a pas placé le groupe sous péridurale. Tel qu'il est (33 minutes, 11 titres, pochette représentant le groupe, dans des friches, au lever du soleil, à contre-jour), cet album n'aurait jamais dû exister et donc sortir. Les Doors envisageaient de sortir un album baptisé The Celebration Of The Lizard, qui aurait contenu, sur une de ses faces (la première, vraisemblablement), une suite de morceaux portant le même nom. Cette suite existe, le groupe la jouera live (Absolutely Live, le double live de 1970, la propose en intégralité), mais on décidera au dernier moment de la virer de l'album, sauf un titre (Not To Touch The Earth), et de la remplacer par des chansons rapidement composées et enregistrées.

TD8

Manque de pot, la pochette était déjà quasiment prête, du moins, l'intérieur, qui propose une illustration d'un lézard d'un côté (avec l'ancien titre de l'album en légende) et les paroles des différentes chansons de la suite de l'autre. Cet intérieur de pochette est bel et bien dans l'album, et a dû interpeller les acquéreurs de l'album en 1968. Bon Dieu, elle m'a interpellé, quand j'ai acheté le CD de l'album, il y à longtemps, alors que j'ignorais encore pas mal de choses sur la biographie du groupe ! On estimera ('on', c'est le producteur attitré du groupe, Paul A. Rothchild, et probablement Elektra Records directement, mais pas le groupe, et en tout cas, pas Jim Morrison, qui sera énervé du sort réservé à son oeuvre) que The Celebration Of The Lizard ne fonctionnait pas trop. Enfin, sauf un titre qui a été sauvé, et qui, au final, s'impose comme étant un des meilleurs de Waiting For The Sun. A noter qu'en 1970, le groupe publiera, sur Morrison Hotel, une chanson portant ce nom : elle a été composée en 1968 à la base, et aurait dû se trouver sur le troisième album, mais on la mettra de côté à l'époque... Je pense qu'elle aurait eu sa place (avec des arrangements différents de ceux de la version enregistrée en 1970 évidemment) sur l'album, car elle est bien meilleure que trois, voire même quatre des chansons de l'album. Car si Waiting For The Sun contient des classiques, il contient aussi, il faut le dire, des trucs vraiment pas glop. C'est le plus faible des albums du groupe avec Jim Morrison, on y trouve leurs trois plus mauvaises chansons : Wintertime Love (une bluette d'un peu moins de 2 minutes, inutile et indigne du groupe), We Could Be So Good Together (une chanson ennuyante, vaine) et Yes, The River Knows (signée Krieger, le guitariste ; pour le reste, si je ne précise pas, c'est que c'est de Morrison), sans grand intérêt là aussi.

TD9

Le reste est globalement remarquable (ou très bon dans le pire des cas : My Wild Love, qui m'a longtemps énervé avec son ambiance chamanique de pacotille ; Love Street, un peu sirupeuse, mais jolie ; le mélancolique Summer's Almost Gone qui résume bien l'ambiance globale de l'album, jusque dans sa pochette), l'album proposant cinq classiques absolus : Hello, I Love You, chanson très courte (moins de 2,20 minutes) mais inoubliable ; Not To Touch The Earth, seule rescapée de la suite de morceaux avortée durant les sessions, et qui, avec son ambiance sombre et pesante, change radicalement après les deux chansons d'amour situées juste avant elle (I am the Lizard King, I can do anything) ; The Unknown Soldier (un des deux titres signés du groupe en collectif), qui achève la face A, un morceau légendaire qui, en live, sera prétexte à une simulation d'exécution de Morrison par la guitare de Krieger (la version studio contient d'ailleurs un simulacre d'exécution en son centre) ; Spanish Caravan (autre morceau signé collectivement), qui ouvre la face B, magnifique avec son ambiance hispanisante (guitare flamenco de Krieger, acoustique puis électrique) ; et, en final, le dévastateur et dévasté Five To One, morceau le plus long de l'album (4,25 minutes seulement, ceci dit), que Morrison a enregistré dans un état de totale ébriété et ça s'entend, un morceau très rock, violent aussi bien dans sa musique (Krieger nous offre un solo sublime, la rythmique batterie/basse - la basse est tenue par un invité, Doug Lubahn - est menaçante) que dans ses paroles (No one here gets out alive), et la voix de Morrison est incroyable, rauque, éraillée, violente, totalement dingue. They got the guns but we got the number/Gonna win, yeah, we're takin' over [...] GET TOGETHER ONE MORE TIME !! Achevant Waiting For The Sun sur une note d'urgence, ce morceau contestataire et violent est purement monumental, un des meilleurs du groupe. Il fait partie des morceaux qui sauvent cet album inégal, pas inintéressant mais dont presque la moitié des morceaux sont tout de même anodins, voire insipides. Ceci dit, on trouve tout de même, encore, ici, cette ambiance étrange, présente déjà sur Strange Days, mais qui ne se retrouvera dès lors plus sur les albums du groupe : une sorte de climat de violence latente, prête à exploser (ce qui arrive sur Five To One, libération finale, le morceau n'aurait pu se trouver à aucune autre place sur le disque qu'en final), de la tension à mort. Rien que ça rend le disque intéressant, bien qu'il s'agisse indéniablement du maillon faible de leur discographie pré-mort de Morrison. 

FACE A

Hello, I Love You

Love Street

Not To Touch The Earth

Summer's Almost Gone

Wintertime Love

The Unknown Soldier

FACE B

Spanish Caravan

My Wild Love

We Could Be So Good Together

Yes, The River Knows

Five To One