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Je vais être on ne peut plus clair : je surkiffe cet album. Voilà. Depuis un sacré bon bout de temps (depuis 10 ans après sa sortie, soit en 1994 car l'album date de 1984 ; j'avais 12 ans, donc, et j'en aurai 30 en 2012 ; vous dire donc si ça fait du temps que j'écoute et adore cet album). Cet album, de 1984 donc (une année globalement calamiteuse pour le rock : la new-wave règne alors en maître, et ce courant musical, qui a certes offert de grands disques, a aussi offert Duran Duran, Soft Cell, Alphaville ou Frankie Goes To Hollywood, notamment en cette année), est un disque de Toto, leur cinquième album, par ailleurs. Cinquième album, et déjà plein de changements dans le groupe (le line-up d'origine a quand même tenu trois albums). Mais le groupe fait coup double, en virant le bassiste David Hungate, remplacé par Mike Porcaro (par ailleurs le frangin du claviériste Steve et du batteur Jeff, tous deux membres d'origine), et surtout en lourdant le chanteur d'origine, Bobby Kimball (pour raisons d'usage de drogue), le remplaçant par un certain Fergie Frederiksen, un chanteur de rock/hard-FM ayant oeuvré, auparavant, dans un petit groupe méconnu du nom de LeRoux. Fergie, voix aiguë à la Sting (et look à la Sting de la même période), ne chantera que sur ce disque du groupe, qui s'appelle Isolation, il partira après la tournée et sera remplacé, sur l'album suivant (le très moyen et inégal Fahrenheit en 1986) par Joseph Williams, fils du fameux compositeur. Williams tiendra encore un album, mais partira ensuite et le groupe tiendra le coup, parfois difficilement, ensuite (depuis, Bobby Kimball est revenu).

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Fergie Frederiksen

1984 est donc une année difficile pour le rock, même s'il y à quand même eu quelques réussites : Powerslave d'Iron Maiden, Born In The U.S.A. de Springsteen, Purple Rain de Prince (pas du rock, oui, je sais...disons, de la pop, hein ?), Ride The Lightning de Metallica, Three Of A Perfect Pair de King Crimson, et ce disque de Toto, Isolation, lequel est certes sorti sous une pochette vraiment foireuse (je le reconnais), mais n'en demeure pas moins un remarquable petit disque de pop/rock mâtinée de hard-FM. Un album qui offre 42 minutes franchement réjouissantes, tour à tour pop et musclées, avec six chansons interprétées par Fergie, deux interprétées par David Paich (claviériste d'origine), une en duo par Paich et Fergie, et une interprétée par le guitariste (d'origine) Steve Lukather. Ce qui m'a permis de citer, par ailleurs, tous les membres de Toto pour ce disque (la photo ci-dessous est une capture d'écran d'une édition vinyle collector picture-disc, l'image de droite est la photo de pochette intérieure). L'album est produit par le groupe, et mixé par Greg Ladanyi. On peut, dans les crédits de remerciements, lire le nom d'un certain David pop the cow Lynch, qui n'est évidemment nul autre que le réalisateur, qui, en cette année 1984, a sorti Dune, film dont la bande-son fut signée, majoritairement (sauf un thème ou deux par Brian Eno), du groupe ! Mais revenons à Isolation (ou plutôt I'so-la'tion, comme la pochette crédite le titre, en phonétique). Comme je l'ai dit en intro d'article, Isolation compte énormément pour moi. J'ai souvent, ici, dit, au sujet des albums qui me tiennent vraiment à coeur (Bitches Brew, Moonflower, Physical Graffiti, Tago Mago, Play Blessures, Vu De L'Extérieur...), qu'ils constitueraient un Top 5, ou Top 10 permanent, mes albums de chevet parmi tous les albums que j'adore. Isolation, lui, serait hors-compétition, car, sincèrement, je ne pourrais pas le foutre dans un tel classement. Le classer en première position serait quand même injuste pour Bitches Brew, qui, sinon, serait assurément en première position (et ne saurait être classé second, pour moi). Le classer ailleurs qu'en première position serait, aussi, impossible pour moi. Je préfère donc le mettre à part, en disant que cet album, Isolation, est un disque crucial pour moi, important, qu'il m'a accompagné durant de longues années et continue de le faire, et que je vénère vraiment le jour où j'ai emprunté ce disque dans la bibliothèque/médiathèque de la ville où j'habitais alors, en 1994 (j'ai acheté le disque peu après), le jour où je l'ai donc découvert. Si je me souviens bien, la première écoute fut si géniale que je l'ai immédiatement remis au premier morceau une fois le dernier (Holyanna, une des chansons interprétées par Paich) achevé !

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Picture-disc (édition vinyle collector). Sur la photo de droite, de gauche à droite  Steve Porcaro (claviers), David Paich (claviers, chant), Fergie Frederiksen (chant), Mike Porcaro (basse), Steve Lukather (guitare, chant), Jeff Porcaro (batterie)

Donc, pour moi, ce disque est si important qu'il est au-dessus de ces petits classements à la Haute Fidélité (roman de Nick Hornby - et film de Stephen Frears - dans lequel les personnages principaux, fous de musique pop, rock et soul, passent leur temps à établir des classements, listes sur le sujet). Je ne m'en lasserai jamais, de ce disque, car sinon, ça serait déjà fait depuis un moment (ça fait 17 ans que je l'écoute, je le rappelle). Et maintenant, je pense qu'il est temps d'en parler vraiment, de cet Isolation. Il s'ouvre sur le duo de l'album, Carmen (une des nombreuses chansons du groupe dont le titre est un prénom féminin, avec Lea, Anna, Angela, Holyanna, Pamela, Rosanna, Mushanga, Lorraine...), duo, donc, entre David Paich (auteur/compositeur crédité sur quasiment tous les titres) et Fergie. Paich (citron ; ah ah ah...) chante plus de lignes sur les couplets que Fergie, qui, lui, a plus de texte dans le refrain. Le duo fonctionne si bien qu'on en viendrait presque à regretter qu'il n'y en ait pas d'autres sur l'album (même si Fergie pousse un peu de voix sur le final de Stranger In Town, qui est chantée par Paich, et même si Paich pose des voix dans le bridge de Mr. Friendly, chantée, sinon, par Fergie) ! Lion, de Fergie, avec un riff bien efficace et hard-FM, est une autre chanson foutant la barre assez haute, avec un Fergie en forme qui, bien souvent, gueule, ce qui accentue le côté hard-FM de ce disque. Stranger In Town, de Paich donc, est le tube de l'album, la seule chanson de l'album à se retrouver sur les best-ofs de Toto. Ce qui est dommage pour Fergie, vu que ce n'est pas lui qui chante, et qu'Isolation est quand même en majeure partie son disque ! Stranger In Town est une chanson imparable, un vrai tube (qui marchera plus fort que l'album dans sa globalité). On passe à Angel Don't Cry, Fergie au chant (la face A, si on excepte le duo Carmen, offre deux chansons de Fergie et deux d'autres membres, beau partage), une chanson faisant partie de mes préférées, vraiment bluffante (un court mais efficace solo de guitare de Lukather), riff bien tenace... Du bon ! La face A se finissait sur la ballade de Lukather How Does It Feel, la chanson qu'il interprète donc sur l'album. Radicalement différente du reste de l'album, elle est triste, lente, sobre et vraiment sublime, Lukather est un remarquable chanteur.

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Dos de pochette (CD, mais en vinyle, c'est grosso modo pareil, sauf le lettrage)

Endless ouvre la face B sur des synthés assez sympathiques, mais vieillissant plutôt mal. Chantée par Fergie, c'est une petite montée en puissance, courte (malgré le titre de la chanson, 'sans fin', elle est une des plus courtes de l'album !), bien foutue, pas le sommet d'Isolation, mais je l'ai toujours énormément aimé (ce fut même ma préférée, avec Lion, autrefois). Mais Fergie est encore meilleur sur les chansons suivantes (si on excepte la dernière chanson, toute la face B est chantée par Fergie) : Isolation, la chanson-titre, est remarquable, bien nerveuse, une vraie réussite, comme Mr. Friendly (malgré le bridge faisant intervenir Paich, dont la voix est bidouillée par un vocoder et n'est pas extraordinaire) et, aussi, Change Of Heart, la chanson la plus rock, musclée, hard-FM de l'album malgré un titre qui aurait pu laisser présager une ritournelle mélancolique et sentimentale. Enfin, on a Holyanna, chantée par Paich, belle petite chanson bien pop à base de piano et de cuivres, pas le sommet de l'album (en fait, c'est même la chanson qui me branche le moins, et au départ, je ne l'aimais pas), mais elle est très correcte et achève l'album sur un peu de douceur, des sonorités plus pop et 'totoesques' que la majorité des autres titres de cet Isolation, vous le voyez bien, vraiment excellent. Un disque que je conseille à tous les fans de Toto, de pop/rock et de hard-FM. C'est, selon moi, un des meilleurs albums du groupe, avec Hydra, Tambu, le premier album éponyme et Kingdom Of Desire (lequel est probablement le meilleur). Il est, en tout cas, bien meilleur que le précédent opus (Toto IV, de 1982, plein de tubes mais décevant) et que le suivant (Fahrenheit, 1986). Et, vraiment, je ne peux pas me passer de ce disque ; une sorte de plaisir coupable que j'assume totalement !

FACE A

Carmen

Lion

Stranger In Town

Angel Don't Cry

How Does It Feel

FACE B

Endless

Isolation

Mr. Friendly

Change Of Heart

Holyanna