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Ce disque est ultra important pour moi : ce fut non seulement mon premier Black Sabbath, mais aussi un de mes tout premiers albums de heavy metal, avant Motörhead, avant Iron Maiden, avant Metallica, avant Guns'n'Roses (que j'ai un peu de mal à ranger dans le heavy metal ; pour moi, c'est du hard-rock, tout simplement ; mais passons), avant Patrick Bruel...mais non, là, j'déconne. Bruel, c'est pas du heavy metal, c'est du skate-punk. Bon. Ce disque est important pour moi rien que pour ça (en plus, je l'adore, et je l'ai toujours adoré, dès la première écoute), mais il est aussi très important tout court. C'est le cinquième album de Black Sabbath, il date de 1973, offre 8 titres pour 42 minutes (même formatage que Paranoid, au passage), et il s'appelle Sabbath Bloody Sabbath. Beaucoup de fans estiment que ce disque est le sommet du groupe, du moins pour sa première période, qui s'achèvera difficilement en 1978 : l'ère Ozzy Osbourne. Ce disque a été enregistré en septembre 1973 pour sortir début décembre de la même année donc (aux USA, il sortirale 1er janvier 1974) et il est le premier album du groupe à être officiellement produit par le groupe lui-même (c'était aussi le cas de Vol. 4 en fait, mais leur manager de l'époque, Patrick Meehan, était aussi crédité, sans doute pour la frime car au final, il n'aurait pas fait grand chose niveau production). L'album a été enregistré au studio Morgan de Londres et a été très remarqué à sa sortie. 

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En grande partie grâce (ou à cause de) à sa pochette dessinée par Drew Struzan (qui, en 1975, fera la pochette du Welcome To My Nightmare d'Alice Cooper), et j'avoue personnellement avoir acheté cet album, à l'époque, pour son titre tapageur et sa pochette qui ne l'est pas moins. On glosera sur les S des deux Sabbath du titre, designés comme le lettrage SS, incontestablement en connaissance de cause et pour provoquer le chaland qui passe (après la réputation de sataniste, qui perdurera en partie avec cette pochette, bienvenue à la réputation de nazillons, qui ne tiendra heureusement pas plus de trente et une secondes). On en oubliera de parler de l'indéniable allusion à la dualité humaine que représente cette pochette plus subtile qu'il n'y paraît, représentant un homme sur le point de mourir, allongé dans son lit. Au recto, couleurs infernales et pour cause : il est entouré de diablotins, de démons, la tête de lit est un crâne orné d'un 666 et de deux gigantesques bras sur le point de le choper, il va aller en Enfer, en fait il y est déjà. Au verso, couleurs bleutées, apaisantes, l'homme est paisiblement (enfin, il meurt quand même, hein) allongé, entouré des siens éplorés, il va au Paradis, de beaux lions endormis sont couchés au pied du lit, la tête de lit représente un Apollon. C'est plus efficace, subtil et  réussi qu'Ozzy les bras levés en signe de la paix, recto comme verso, sur la pochette de Vol. 4, ou que ce samouraï flicard d'opérette surgissant de derrière un arbre sur celle de Paranoid ! C'est, en fait, la plus belle pochette d'album du groupe, tout simplement. Et musicalement, que vaut-il, ce Sabbath Bloody Sabbath ? Franchement, c'est une tuerie absolue (en dépit d'un titre un peu faiblard par rapport au reste : Who Are You, très synthétique, rempli de claviers faisant bzuii, bzuuii), qui permet au groupe d'innover quelque peu : on trouve pas mal de claviers ici, joués par les membres du groupe sauf sur Sabbra Cadabra, morceau immense et très progressif sur lequel Rick Wakeman, claviériste de Yes (qu'il venait alors de quitter, il les retrouvera en 1977), est invité. 

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Il y à pas mal de claviers, l'ambiance est parfois assez progressive, mais l'album n'en demeure pas moins très très bourrin. Ca démarre en fanfare avec Sabbath Bloody Sabbath, un riff tueur et très lourd (première fois que j'ai entendu ça, j'ai halluciné), la voix si particulière d'Ozzy qui va nous balancer quelques vérités bien senties (Living just for dying/Dying just for you), une ambiance infernale... A National Acrobat, qui suit, enfonce le clou, c'est juste génial, avec cette guitare serpentine, cette basse mortelle... Et puis, déboule Fluff. Instrumental, le morceau est une petite pièce à base de guitare sèche et de harpe, calme comme une petite brise après Xynthia, un moment de douceur, de volupté...sauf pour la première écoute, on se dit que ça va forcément péter à un moment ou à un autre, c'est Black Sabbath après tout. Mais non, ça reste du même ordre tout du long des 4 minutes que ça dure, un moment de calme au milieu de la tempête. On aime ou on déteste. On peut juger ce morceau (dont le titre serait une allusion masquée à la cocaïne, dans laquelle le groupe nageait impitoyablement à l'époque) totalement inutile, un gâchis de sillons, ou bien estimer qu'il fait partie intégrante de l'album, ce qui est mon cas. Je ne le zappe jamais, c'est même un de mes moments préférés sur l'album. Il cède le pas à Sabbra Cadabra, morceau en deux temps, juste génial, puis on retourne le disque pour avoir Killing Yourself To Live (ce titre... tout le grunge est là ! Alice In Chains, Soundgarden, Mudhoney s'inspireront fortement du son sabbathien), le moyen mais pas honteux Who Are You (j'adore le solo de claviers central, curieusement, mais la partie vocale, bidouillée au vocoder il me semble, laisse à désirer, sans parler des paroles), l'excellent Looking For Today et ses délicats arrangements de claviers, et le sublimissime final, Spiral Architect, avec ses violonistes fantômes (dixit la pochette, en anglais évidemment : Phantom Fiddlers) et son ambiance progressive et lyrique, probablement le meilleur morceau de l'album. Un album, on le voit, quasiment parfait, et rigoureusement indispensable à tout fan de hard-rock, et de rock. Un album super bien produit, aussi, bien qu'il soit produit par le groupe et non pas par un producteur aguerri ! Je dis ça en pensant fortement aux albums autoproduits d'AC/DC, dont certains, au niveau sonore, laissent à désirer...

FACE A

Sabbath Bloody Sabbath

A National Acrobat

Fluff

Sabbra Cadabra

FACE B

Killing Yourself To Live

Who Are You

Looking For Today

Spiral Architect