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 Jacques Brel était vraiment un grand (il est toujours un grand, ce n'est pas sa mort qui a enlevé son immense talent). On ne compte plus les classiques au répertoire du Belge : Les Bourgeois, Ne Me Quitte Pas, Vesoul, Les Bonbons, Les Marquises, Orly, Bruxelles, Rosa, Le Plat Pays, Ces Gens-Là, Jef, Mathilde, Madeleine, La Valse A Mille Temps, La Quête, Fernand ou bien encore Au Suivant, et tant pis si j'en oublie (comme le chantait Christophe en 1976), sont autant de chansons inoubliables, imparables, qui feront toujous chavirer à chaque écoute. Ces chansons se trouvent sur autant de grands disques, Ces Gens-Là, Les Marquises, J'Arrive, Les Bourgeois... Il y à cependant un disque que pas mal de gens oublient quand on parle de Brel, un disque sorti en 1967 et qui ne contient quasiment aucun classique, ce qui ne l'empêche pas d'être immense. Ce disque est un des rares albums de Brel à posséder un titre : Jacques Brel 67. Pas un titre ronflant d'originalité, mais il a le mérite d'exister officiellement sur la pochette (les autres albums sont généralement appelés en fonction de la première chanson de l'album, ou, dans le cas des Marquises, qui s'appelle officiellement Brel, de la plus connue), contrairement aux autres (même sur la tranche, et je parle des vinyles, il n'y avait marqué que le nom de Brel, rien d'autre, pour les autres albums). Ce disque date donc de 1967, et propose 10 chansons pour environ 37 minutes. En CD, un titre bonus de 2,15 minutes, Les Moutons, a été rajouté en fin de disque, totalisant ainsi 39 minutes, quasiment 40. Je vais parler tout de suite de ce bonus-track enregistré à la même époque : il est construit selon une ritournelle de comptine, assez répétitive (Désolé bergère, j'aime pas les moutons), et si la chanson est amusante (Brel bêle littéralement à la fin), elle est aussi assez mineure, et je ne l'écoute que rarement (et il est bien qu'elle ne soit pas officiellement partie intégrante de l'album, car, des 11 présentes sur le CD, c'est de très loin la moins réussie).

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Mais le reste (je veux dire, l'ensemble de l'album de base)... le reste, donc, est clairement du niveau des meilleures chansons des meilleurs albums (qui sont, je le rappelle, Ces Gens-Là, Les Marquises, J'Arrive, Les Bourgeois) du Grand Jacques ! Jacques Brel 67 est probablement même le cinquième meilleur opus du chanteur derrière ces quatre-là que je viens de citer, et il devient lentement mais sûrement un de mes préférés, un de ceux que je réécoute avec le plus de plaisir, comme J'Arrive (son suivant, 1968). Et pourtant, il n'y à pas beaucoup de classiques, sur ce disque. On a La Chanson Des Vieux Amants, chanson merveilleuse et très connue, mais qui est plus connue dans sa version chantée par Juliette Gréco ; mais la chanson est signée Brel et Gérard Jouannest. On a aussi Le Gaz, chanson hilarante et assez osée, qui parle d'une jeune femme vivant dans un assez petit appartement, et recevant la visite d'hommes qui se disent venir pour le gaz (traduction, des amants). Et on a aussi une nouvelle version de son classique Les Bonbons, qui s'appelle logiquement Les Bonbons 67, et qui en est la suite (Je viens rechercher mes bonbons). On notera d'ailleurs un final assez amusant, dans lequel le narrateur fait la connaissance du jeune frère de celle chez qui il vient rechercher ses bonbons (Germaine, la même qu'à la fin de la chanson initiale), et à qui, apparemment, il offre les bonbons, en tombe-t-il amoureux ? Ces trois chansons sont probablement les plus connues de l'album. Elles sont franchement remarquables, mais ce ne sont pas les seules.

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Toutes, en fait, sont remarquables, à commencer par la première (et de loin la plus longue, 5,35 minutes !), Mon Enfance, chanson mémorable, inoubliable qui, d'emblée, met la barre très haute pour le reste de l'album. Si Le Cheval, qui suit (chanson assez tordante), mérite plusieurs écoutes pour être pleinement appréciée (elle semble d'abord un peu mineure), Mon Père Disait et Fils De..., sans oublier Les Coeurs Tendres (chanson du film de Serge Korber Un Idiot A Paris), sont de belles réussites, touchantes, remarquablement bien écrites. Et on a, aussi et surtout, sur Jacques Brel 67, deux chansons franchement hilarantes, qui comptent parmi mes préférées du Brel comique (avec Le Caporal Casse-Pompon, Les F... et Le Tango Funèbre) : La...La...La... et A Jeun. La première est une chanson assez étrange, difficile de l'apprécier à la première écoute pour tout dire, interprétée de manière bizarre, et en même temps très drôle (quand Brel, dans le refrain, entonne des La...la...la... cérémonieux, d'une voix un peu bizarre, grésillante, c'est vraiment drôle), chanson dans laquelle, entre autres, Brel parle des problèmes que son pays connaissait déjà, la scission entre Wallons (francophones) et Flamands (franco...phobes) Vive les Belgiens, merde pour les Flamingants, Laaaaa laaaa laaaaaaaaa, laaaaaa laaaa laaaaaaaaaaaa... Une chanson assez lente, et vraiment irrésistible, une fois passée le cap d'une paire d'écoutes. A Jeun, elle, est très jazzy, à l'ancienne, et est une sorte d'histoire drôle (mais pas pour celui qui la vit, oh que non) chantée. En gros, un homme vient de perdre sa femme, qu'il enterre, bourré, bourré car il a appris, à la mort de celle-ci, qu'elle était l'amante de son ami André. Lequel est...mais il vaut mieux que vous écoutiez la chanson (je n'ai pas trouvé de clip, hélas), pour comprendre les raisons, très bonnes, qu'a le narrateur de se murger, même s'il se déclare sans cesse parfaitement à jeun. La voix de Brel, vers la fin, dans le dernier couplet, est irrésistible, il pleure (son personnage pleure, craque) en chantant ce dernier couplet, ce qui rend le personnage plus pathétique, et ses mésaventures encore plus drôles. Une chanson qui mérite d'être plus connue encore.

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Jacques Brel 67 est donc une réussite absolue de plus pour Brel, mais un disque, aussi et surtout, peu connu, ce qui est vraiment dommage. Il est vrai qu'aucune chanson, ici, sauf La Chanson Des Vieux Amants (et Le Gaz, si on veut), ne peut être qualifiée de classique des classiques comme les chansons que j'ai citées tout en haut d'article, mais dans l'ensemble, ces 10 titres valent vraiment l'écoute, sont a découvrir ou redécouvrir. Album méconnu et réussi, ce cru brelien de 1967, alors que le chanteur avait annoncé son retrait de la scène et le début d'une nouvelle carrière (acteur) qui sera plus que prometteuse, ce disque, donc, est un indispensable de plus pour tout fan de Brel et de chanson française qui se respecte. Juste sensationnel !

FACE A

Mon Enfance

Le Cheval

Mon Père Disait

La...La...La...

Les Coeurs Tendres

FACE B

Fils De...

Les Bonbons (version 67)

La Chanson Des Vieux Amants

A Jeun

Le Gaz

Les Moutons