REED_Lou_1976_ROCK_AND_ROLL_HEART

Lorsque j'avais abordé cet album en février 2010, ça avait été pour le défonçer totalement (je l'avais classé en 'ratages musicaux', ce genre de choses). De l'eau a coulé sous les ponts, entre temps, et j'ai depuis appris à mieux apprécier Rock'n'Roll Heart. Voici donc une nouvelle chronique qui reflète mieux ce que je pense de l'album actuellement. Rock'n'Roll Heart est un disque totalement à part dans la discographie fourmillante et quelque peu inégale (de grands disques, surtout entre 1972 et 1978, mais aussi des trucs innommables) de l'ex-Velvet Underground. Pour bien en parler, il faut remonter deux ans en arrière. 1974, Lou est au sommet de sa gloire avec Sally Can't Dance (album inégal et trop facile, qu'il n'aime pas, mais qui sera son unique Top 10 en album), et le live Rock'n'Roll Animal, qui illustre sa très destroy tournée 1973/74 servant à promouvoir le mal-aimé (et génial) Berlin. En 1974, il arbore alors une coupe de cheveux jaune, cheveux coupés courts, un look d'Aryen destroy qui ne lui va pas. Mais c'est un détail sans intérêt. 1975, RCA sort Lou Reed Live, suite de Rock'n'Roll Animal (d'autres titres issus du même concert que le précédent live), sans l'accord de Lou qui, lui, sort un double album (dont la pochette, semble-t-il, a causé des confusions chez des acheteurs, qui la confondirent avec celle de Lou Reed Live) de 64 minutes, pour 4 titres, double album entièrement constitué de larsen, intitulé Metal Machine Music. Scandale, bide atroce, le disque, le plus mal-aimé de tous les albums de l'histoire, considéré comme une arnaque (alors que c'est une ode à la liberté artistique ; qui, de nos jours, pourrait faire à nouveau ça ?), met Lou dans la merde. RCA accepte de le garder, à condition qu'il ne remette pas ça. Lou accepte (pas le choix). 1976, il sort Coney Island Baby, pure merveille pop/glam-rock, un de ses triomphes. Mais RCA et Lou, c'est fini. Lou signe chez Arista, compagnie hébergeant Patti Smith, notamment. Et un peu plus tard dans la même année 1976, il sort son septième album studio (Metal Machine Music en est un, quoi qu'on en dise, et je le compte parmi eux) et neuvième album tout court, Rock'n'Roll Heart, à la pochette bleue faite (photo) par Mick Rock. L'album est produit par Lou.

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Cet album est un des disques les plus à part de Lou Reed. On accusera Lou de sombrer dans la facilité alors que le monde était, lui, en train de lentement succomber à la mode punk. On attendait du lourd de la part de Lou, mais voilà qu'il nous sort un disque court (37 minutes, 12 titres ; pas le plus court de Lou - c'est Sally Can't Dance - mais tout de même assez court) et à prédominance pop/lounge/swing/jazz. Et, contrairement à ce que son titre (et son lettrage électrique assez cheap) le laisse présumer, pas trop rock ! Sur les 12 titres, 8 font entre 2 et 3 minutes. Un titre en fait 3, de minutes, deux font entre 4 et 5 minutes, et le plus long fait 5,10 minutes. Le disque défile très vite, et à la premièe écoute, semble on ne peut plus fainéant. Beaucoup de saxophone (de Marty Fogel), de claviers (de Michael Fonfara, un peu Lou, aussi), l'ensemble de Rock'n'Roll Heart est très easy listening et composé de chansons basiques, parlant d'amour, notamment. On oublie le Lou de Berlin, qui parlait de décadence, de sordide, de came. Le Lou débarqué chez Arista est un Lou assez plan-plan. Entendre un album de Reed commençant par cette scie pop/swing, I Believe In Love, ça fait bizarre. Même les chansons les plus froides (Vicious Circle, Temporary Thing - la plus longue - Senselessly Cruel) semblent basiques, mineures (et le sont). Il n'empêche, l'album se savoure, dans un sens, comme une série B musicale, un disque kitsch, ringard, mais, quelque part, agréable ; sans prétention. Oui, en effet, ce n'est vraiment pas un grand cru louridien, et je préfère Sally Can't Dance, mais Rock'n'Roll Heart, quand même, se laisse écouter, de temps en temps. Jamais l'auditeur ne se dira c'est mon préféré de lui, mais ça ne fait pas de mal de l'écouter une fois de temps à autre. Et il y à quand même de très bonnes chansons : Temporary Thing en est le sommet, Follow The Leader est étrange, mais assez efficace (le chant saccadé de Lou me fera toujours marrer, dessus, en revanche), Claim To Fame possède un saxophone irrésistible, You Wear It So Well est trop longue (quasiment 5 minutes) mais mélodique, Rock'n'Roll Heart est une sorte de mini-hymne louridien, caricatural mais sympa, Senselessly Cruel est pas mal du tout... On se demande, en revanche, l'utilité de I Believe In Love, Banging On My Drum, Chooser And The Chosen One (un instrumental à base de cuivres, bizarre de se dire que Lou a écrit ce truc sur lequel il ne participe pas) ou A Sheltered Life.

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L'album, c'est aussi sa pochette, ringarde, kitsch et moche à souhait, mais faisant partie intégrante de l'ensemble. J'ai parlé du lettrage électrique pour le titre, assez moche, mais la photo, en tant que telle, est un petit poème. Il y à un je-ne-sais-quoi, avec cette pochette, qui renseigne tout de suite l'auditeur sur le niveau de l'album, avant même de l'écouter (et même sans savoir à l'avance la réputation merdeuse de l'album). Regardez cette pochette : teintes bleu et noir, un Lou au regard vaguement méchant (du style mauvais garçon qui se la pète), au sourire en coin, tête un peu penchée, coupe de cheveux pas possible... Les stries horizontales, fines, visibles sur la couleur bleue, me laissent penser que cette photo est issue d'une capture d'écran TV/vidéo (la teinte bleue aussi, probablement : ce n'est pas rare que l'image fasse un peu bleu sur les anciens postes TV, selon la luminosité). Ca, plus le lettrage, plus le titre  assez ronflant de l'album, en rajoutent au côté ringard/série B de Rock'n'Roll Heart. Le plus étrange, c'est de se dire que Lou Reed a passé du temps en studio, avec ses musiciens (Fonfara, Fogel, Michael Suchorsky...), les mêmes musiciens ayant bossé sur Coney Island Baby et qui seront le groupe de Lou pour la fin des années 70 (Street Hassle...), tout ça pour accoucher de ce disque basique, fainéant, qui sera l'objet de railleries à sa sortie, passera quasiment inaperçu, et dont Lou lui-même en parlera par la suite comme étant de la musique stupide. Cet album est en effet stupide, quasiment indigne du niveau de Lou, et son album suivant (Street Hassle, immense) sera un gros sursaut d'orgueil. Mais la période Arista, qui durera jusqu'à 1980, est clairement une des pires de sa carrière, et elle n'offrira, justement, que Street Hassle comme bon album. Rock'n'Roll Heart, avec cependant quelques bonnes chansons, mais avec un saxophone et des claviers vraiment cheap, est un Lou Reed très mineur, ce qui ne m'empêche pas de bien l'aimer, vraiment, sincèrement (d'ailleurs, je ne le classe plus dans les ratages musicaux). Mais, jamais, au grand jamais, ce disque ne fera partie des mes chouchous louridiens. Il n'en a tout simplement pas la carrure. Bref, ce disque est, quelque part, à réhabiliter un peu, mais pas trop non plus quand même.

FACE A

I Believe In Love

Banging On My Drum

Follow The Leader

You Wear It So Well

Ladies Pay

Rock'n'Roll Heart

FACE B

Chooser And The Chosen One

Senselessly Cruel

Claim To Fame

Vicious Circle

A Sheltered Life

Temporary Thing