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Please allow me to introduce myself, I'm a man of wealth and taste...

Attention, disque majeur et culte. Que j'avais déjà abordé ici autrefois (il y à 12 ans, pas mal, non ?), évidemment, parce que tenir, depuis 2009, un blog du nom de Rock Fever et ne pas avoir, pendant tout ce temps, abordé un album pareil, les gars, c'est juste pas possible, même dans la quatrième dimension. Ca fait un moment que je voulais le réaborder, ce disque, donc maintenant, c'est fait, et ne me demandez pas pourquoi j'ai attendu tout ce temps, parce que je ne le sais pas moi-même. Voici venu donc le temps de reparler de Beggars' Banquet. Et, enfn, l'article propose le visuel d'époque, et pas celui des rééditions CD. Je vais d'ailleurs revenir dessus, vous le pensez bien. Et pas plus tard que maintenant, vu que j'ai le temps. Le groupe (les Rolling Stones, évidemment, mais je ne l'avait pas encore dit dans la chronique, tellement c'est superflu) avit à la base l'intention de sortir le disque sous une pochette représentant, recto comme verso, des chiottes dégueulasses (faut voir le rouleau de PQ à côté...) au murs copieusement tagués de diverses inscriptions et graffitis, parmi lesquels les titres des 10 chansons de l'album, au verso (retrouvez-lez, elles y sont toutes). Decca, la maison de disques, criera au mauvais goût (dans un sens, ils n'ont pas tort), et refusera tout net de sortir le disque avec cette pochette. En fait, elle imposera la pochette blanche, virginale, avec les inscriptions magnifiquement ouvragées façon carton d'invitation dans une soirée de la haute société. Le souci ? L'album est sorti en décembre 1968. Un mois plus tôt environ, sortait le Double Blanc des Beatles, dont la pochette...pas la peine de revenir dessus. On accusera les Stones de vouloir copier, plagier, caricaturer le groupe dont ils étaient, apparemment, les rivaux (rivalité inexistante, en fait). 

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C'est bien involontairement, contre leur gré, qu'ils ont sorti un disque à la pochette (presque) aussi virginale que celle des Beatles. Mais pour la presse et le grand public, évidemment, ça ne compte pas. Quand le disque sortira en CD, la pochette originale, les chiottes, sera utilisée. L'album a été réédité en vinyle en 2018 pour ses 50 ans, sous sa pochette aux chiottes, mais dans un fourreau cartonné reproduisant la pochette blanche (et avec, dans la pochette, un maxi-45-tours de Sympathy For The Devil et un 45-tours souple proposant une interview de Jagger, de l'époque, pour le Japon ; mais en anglais, évidemment). Une chose n'a pas été censurée, c'est la photo de l'intérieur de pochette : dans un décor à la fois ouvragé, chatoyant et totalement en décrépitude (un grand salon d'une belle demeure, mais qui semble abandonné), le groupe pose, autour d'une table sur laquelle se trouve un vrai festin, et est en pleines agapes. Ils sont fringués comme de vrais clodos. La teinte de la photo, la pose, les décors et costumes forment un contraste saisissant. Et l'album ? Dernier opus du groupe sur lequel Brian Jones a vraiment collaboré (il jouera un peu sur le suivant, Let It Bleed en 1969, qui sortira après son renvoi et sa mort), ce "Banquet des Clochards" est considéré comme le premier chef d'oeuvre absolu du groupe. C'est vraiment vite oublier Aftermath de 1966, je trouve. Mais c'est un de leurs meilleurs albums, et accessoirement, le premier d'une série (jusqu'en 1973 inclus) d'albums studios (le live de 1970, ce n'est pas lui, mais le groupe et  Glyn Johns) produits par Jimmy Miller. Les Stones, pour le coup, semblent, surtout après les dérives psychédéliques assez moyennement acueillies de leur précédent opus Their Satanic Majesties' Request (1967) et, avant ça, les petites orfèvreries pop beatleesques de Between The Buttons (même année 1967, quelques mois plus tôt), être revenus aux sources.

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En fait, les sources, les Stones les ont copieusement pillées pour ce disque. Beggars' Banquet sonne comme une sorte de relecture stonienne des racines de la musique américaine. Blues, folk, country, gospel, l'album ne néglige pour ainsi dire aucun genre. On peut même dire qu'avec sa structure quelque peu étonnante et vaguement décousue, Jigsaw Puzzle aurait des petits côtés jazzy, mais j'exagère un peu. Entre la country de Factory Girl (pas le meilleur morceau de l'album, loin de là, mais c'est sympa), le blues torride de Parachute Woman (atterris sur moi ce soir...) et celui, plus traditionnaliste (c'est d'ailleurs une reprise), de Prodigal Son, entre un Salt Of The Earth final (en partie chanté par Keith) se finissant en chant gospel et le très engagé Street Fighting Man sorti peu de temps auparavant en single (la version single était mal mixée, celle de l'album est cent fois meilleure) et dans laquelle le groupe aborde le cas de la rebellion estudiantine et parle de Londres l'endormie... Le refrain de cette chanson est géniale : Mais qu'est-ce que peut bien pouvoir faire un jeune homme excepté chanter dans un groupe de rock'n'roll ? Parce que dans Londres l'endormie, il n'y à pas de place pour un guerrier des rues... Stray Cat Blues parle de sexe avec une jeune femme apparemment vraiment jeune. No Expectations est un blues terminal qui annonce Love In Vain (reprise de Robert Johnson) du prochain album. Et l'album s'ouvre sur ce qui, à la base, était une sorte de folk-song psyché à la  Dylan et virera à l'orgie musicale, Sympathy For The Devil. Ecrite avant l'assassinat de Bobby Kennedy, juste avant, la chanson verra un de ses vers (I know who shot Kennedy, allusion à JFK) modifié pour l'occasion, Jagger disant The Kennedys au lieu de Kennedy. Percussions, solo de guitare infernal, woo-woo dantesques et presque angoissants qui retentissent en arrière-plan, et thème pour le moins spectaculaire du Diable en personne, qui ne se nomme pas parce que, hein, hope you guess my name, et qui, dans un texte s'inspirant en partie d'une lecture de Jagger (Le Maître Et Marguerite), énonce ses exploits : mort du Tsar et de sa famille en 1917, Blitz sur Londres pendant la seconde guerre mondiale, les camps...Ce morceau est absolument tétanisant et immense, et sera toujours un grand moment en live. C'est évidemment le sommet de l'album, lequel, cependant, est absolument remarquable (je ne suis pas fan de Factory Girl, ceci dit, pas fan du tout). 

FACE A

Sympathy For The Devil

No Expectations

Dear Doctor

Parachute Woman

Jigsaw Puzzle

FACE B

 Street Fighting Man

Prodigal Son

Stray Cat Blues

Factory Girl

Salt Of The Earth