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Pour la quasi totalité des Stones (en fait, pour tous !), cet album est bidon, mineur, raté, il ne compte pas. Le groupe l'a quasiment renié, ne jouant que très rarement des titres en live (deux seulement, 2000 Light Years From Home et She's A Rainbow, et très rarement, furent joués live), ne le citant jamais, sauf pour rappeler que c'est à cette période que leur producteur Andrew Loog Oldham a claqué la porte. Ou pour dire que la pochette était en 3D en vinyle. Même s'il a depuis été considérablement réhabilité par les fans et certains rock-critics, cet album de 1967 reste pour beaucoup un Stones mineur, inégal, à réserver aux fans absolus, un disque à part (et, par de là même, unique) et nettement moins intéressant que ce que les Stones feront dès l'année suivante (Beggars' Banquet). Mais, pourtant, ce disque, produit par le groupe en personne suite à la défection de Loog, mérite vraiment qu'on s'y attarde, mérite, aussi, du respect et de l'intérêt. Il s'appelle Their Satanic Majesties' Request, et, donc, il date de 1967, de fin 1967, précisément. 1967 est une année importante pour le rock : c'est la sortie de beaucoup de trésors de rock psychédélique, Forever Changes, The Doors, Strange Days, Disraeli Gears, The Piper At The Gates Of Dawn, Are You Experienced ?, Axis : Bold As Love, After Bathing At Baxter's, Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, Magical Mystery Tour, Mr. Fantasy, année de sortie, aussi, du premier album du Velvet Underground, du John Wesley Harding de Dylan, du Sell Out des Who, et les Stones eux-mêmes sortent Between The Buttons. Et il y à d'autres albums, évidemment. Avec tous ces albums, difficile de s'y retrouver, et les Stones eux-mêmes, en 1967, alors que la grande partie de ces disques viennent de sortir, sentent qu'il faut y passer, au rock psychédélique. C'est la raison du départ de Loog : lui, au contraire, trouve cette idée très conne. Mais le groupe, entre deux escales parisiennes ou marocaines (Brian Jones et sa copine de l'époque, Anita Pallenberg, ainsi que Keith Richards - qui flirte déjà avec elle et finira par partager sa vie durant de longues années - se rendent souvent à Tanger ou Marrakesh), enregistre ce disque, assez difficilement (les séances dureront de février...à octobre !), péniblement, commençant progressivement à douter du résultat final. Qui sort en début décembre.

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Avec sa pochette en 3D (plus en CD) qui pastiche les pochettes des deux albums des Beatles sortis en 1967 (Magical Mystery Tour pour le cadre vaporeux, nuageux autour de la photo, et Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band pour le groupe déguisé au milieu d'un fatras psychédélique - on aperçoit légèrement une photo de Lennon dans ce bric-à-brac, sous Bill Wyman, qui est le dernier à droite), Their Satanic Majesties' Request est un pur disque de rock psychédélique. Enregistré avec des arrangements de cordes signés John Paul Jones (futur bassiste et claviériste de Led Zeppelin), avec l'aide, aux choeurs sur le premier titre, de Lennon et McCartney, et avec Nicky Hopkins au piano, ce disque ne ressemble à rien de ce que les Stones faisaient (et feront par la suite). Pour ce qui est de réussir un disque de rock psychédélique, les Stones ont accompli leur mission, l'album sent bon le patchouli, l'encens, le pétard, l'acid-trip, whoah les belles couleurs, fume c'est du belge. Mais ceux qui attendent un disque méchant, cynique, brut, bref, stonien, en seront pour leurs frais. De Sing This All Together à On With The Show, en passant par le mégaculte She's A Rainbow qui sera utilisé comme musique de publicités pour Apple et Manpower, tout le disque est à part. Est-ce un bon disque ? Oui, clairement, même si je ne suis pas fan du tout de On With The Show, et même si Sing This All Together (See What Happens), jam psychédélique longue de plus de 8 minutes, est nettement trop longue, boursouflée, inégale, un peu chiante, même. Les deux fins de face sont les défauts de l'album qui, sinon, assure vraiment en offrant des chansons certes étranges, mais très belles : She's A Rainbow, avec ce piano dantesque d'Hopkins et les arrangements de Jonesy, est touchante, parfaite (elle sortira en single). 2000 Man est une ballade folk futuriste (les paroles) franchement exceptionnelle, Citadel (ce riff est monstrueux, c'est le morceau le plus stonien de l'album) déchire, The Lantern est un régal gothique sombre comme la nuit, une histoire à la Poe, 2000 Light Years From Home est un autre régal, spatiard, et probablement le sommet de l'album et une des chansons les plus grandioses du groupe, tout simplement... On a aussi In Another Land, fantaisie étrange et très belle (avc un final hilarant à base de ronflements) chantée par Bill Wyman (seule chanson du groupe qu'il chante en totalité, Jagger et Richards poseront des voix par la suite, ayant apprécié la chanson qui fut enregistrée sans eux mais avec Steve Marriott des Small Faces), Sing This All Together première du nom qui, sans être exceptionnelle, est sympa, et le tout aussi sympa mais pas grandiose Gomper, qui sent bon les champignons ingurgités pour sa composition et son enregistrement.

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Mal reçu à sa sortie, depuis un peu réhabilité mais quand même considéré comme un Stones mineur et inégal, Their Satanic Majesties' Request est un OMNI (Objet Musical Non Identifié) stonien absolu, un régal malgré deux morceaux (et surtout celui de plus de 8 minutes) qui parasitent l'ensemble. Le groupe, qui devait évidemment consommer pas mal d'acides pour en arriver à une musique aussi spatiarde (ils ont, de plus, énormément joué en studio, l'enregistrement fut laborieux, long, comme je l'ai dit, et les sessions furent commercialisées, en bootlegs, sous la forme d'un coffret 8 CDs, pour vous dire les heures de musique qui furent couchées sur bandes !). Le résultat les a déçus, le contexte d'enregistrement était difficile, pénible, ils ont perdu leur producteur entre temps (et gagneront Jimmy Miller dès l'année suivante, une des meilleures choses qui leur arrivera), Brian Jones commence sérieusement à devenir ingérable, des soucis divers commencent à leur tomber sur la gueule (procès pour obscénité, etc)... Témoin d'une période trouble et révolue, ce disque un peu oublié et à redécouvrir est un de mes albums préférés du groupe, et sans être leur sommet, c'est tout de même une belle réussite. Si vous aimez le rock psychédélique, si vous aimez le groupe, alors, vous vous devez, absolument, de posséder ce disque chez vous (à noter qu'il existe en CD officiel édité chez ABKCO, mais pendant longtemps, il ne sera pas officiellement édité en CD, preuve supplémentaire du dédain du groupe pour ce disque...) !

FACE A

Sing This All Together

Citadel

In Another Land

2000 Man

Sing This All Together (See What Happens)

FACE B

She's A Rainbow

The Lantern

Gomper

2000 Light Years From Home

On With The Show