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C'est l'anniversaire de Keith Richard, aujourd'hui. Alors là, pour fêter ça, on est en plein dans le légendaire.

LE disque.

Enfin, un DES disques.

D'abord, c'est un disque des Rolling Stones. Ensuite, de leur grande époque (1967/1974). Enfin, il est double (même si tout tient sur un seul CD et qu'il ne dure que 67 minutes, ce qui, pour un double, est relativement court). Relativement mal accueilli à sa sortie à cause de sa production rugueuse (signée du grand Jimmy Miller, qui s'excusera, au cours d'interviews de l'époque, de ce son un peu rocailleux) et de son côté fourre-tout, cet album est depuis (et depuis un bon moment !) considéré, à raison, comme le sommet absolu de l'entière oeuvre stonienne, le disque que, selon Keith Richards dans sa remarquable autobiographie Life, Mick Jagger a toujours peur de devoir égaler ou surpasser (ou, tout simplement, de revivre, rapport à son enregistrement). Ce disque, cocorico, a été enregistré en France, en un été 1971 assez caniculaire, et rien que pour ça, il est sans doute le préféré de beaucoup de fans français. Mais ne soyons pas si chauvins, si cet album est le préféré des fans de France, ce n'est pas que parce qu'il a été enregistré dans notre pays (dans ce cas, l'album des Stones préféré des Jamaïcains devrait être Goats Head Soup), mais tout simplement parce que c'est le meilleur. Le plus rocambolesque. Le plus stonien, le plus rock, le plus extrême. Celui dans lequel les Cailloux qui Roulent prouvent le mieux leur amour absolu pour la musique ricaine.

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Cet album, vous l'avez compris, c'est Exile On Main St., que les Stones ont donc décidé d'enregistrer en France, afin de quitter un Royaume-Uni qui leur promettait bien des emmerdes juridiques, rapport au fisc, s'ils revenaient durablement. Quant aux USA, l'expérience a été duraille (tragédie du concert d'Altamont en 1969, diverses provocations et emmerdes...), et les Stones avaient envie de changer d'air. Alors que Sticky Fingers sort, le groupe s'envole donc, avec ses suiveurs (le saxophoniste Bobby Keyes, grand pote de Keith avec qui il partage la même date de naissance, année comprise ; le pianiste Nicky Hopkins ; le trompettiste Jim Price ; Jimmy Miller, évidemment ; plus des technicos, ingénieurs, plus, évidemment, des tas de gonzesses, dont Anita Pallenberg (femme de Keith et mère de son fils Marlon, qui devait être là lui aussi), Bianca (récente femme de Jagger), etc... Gram Parsons, pote de Keith, déboulera par la suite, Ian Stewart, pianiste et manager du groupe est lui aussi, évidemment, de la partie...). Pour la France. La Côte d'Azur (ça vaut mieux, pour le climat, que le Pas-de-Calais ou la Bourgogne). Plus précisément, Villefranche/Mer, à quelques kilomètres de Cannes, Nice, Menton, de la principauté de Monaco (ou bien des suiveurs ayant leurs visas passeront du temps au casino, ce qui donnera lieu à Tumbling Dice, Casino Boogie). Keith amarre son yacht dans le port, et a loué une belle et grande villa (ayant appartenu aux nazis durant l'Occupation), Nellcôte, photo ci-dessous. Toute la clique, photographiée de temps à autre par Dominique Tarlé (un photographe français ayant eu l'autorisation de vivre avec les Stones à Nellcôte), qui les immortalise dans une période bohème, va vivre pépère, à grands coups de pétards, de shoots de cames, de pinard, de bonne bouffe, de soleil, dans cette villa, se promenant de temps à autre, surtout la nuit, dans les rues de Villefranche/Mer, et composant, composant, composant...et enregistrant, généralement de nuit mais pas toujours, dans la cave de la villa (ce qui explique le son rugueux : ça n'a pas été fait dans un studio fait pour l'enregistrement).

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Y s'faisaient pas chier...

Tout l'album est un régal qui alterne entre plusieurs genres : rock, blues, gospel, country, boogie... C'est limite si on n'a pas une face par genre : la première est purement rock'n'roll, la deuxième est assez country, la troisième est bluesy, la dernière est plus boogie. L'album est parfait de bout en bout, et offre un grand nombre de classiques. Qui n'a jamais entendu Shine A Light, Sweet Virginia, Tumbling Dice, Rip This Joint, Rocks Off ou Happy ? Le groupe assure de bout en bout, Jagger, le nouveau marié (sa Bianca lui tiendra chaud quelques années, avant qu'il ne rencontre Jerry Hall...), chante comme jamais (ou presque) il n'avait, jusque là, chanté : Rocks Off est une pure bombe rock (riff de fou) qui ouvre les festivités avec puissance, Torn And Frayed est un régal country... Shine A Light, dédiée à Brian Jones (ils ont mis le temps, le blondinet guitariste est mort noyé en 1969 !), est une merveille, Ventilator Blues, dont le titre s'inspire en partie de la chaleur caniculaire que le groupe subissait à Nellcôte, est un blues sensationnel, immédiatement suivi d'un gospel étrange, I Just Want To See His Face, un des morceaux les plus atypiques du groupe. Aussi étrange et fantastique que l'autre gospel de l'album, Loving Cup, qui achevait le premier disque. Je me rend compte, en citant ces morceaux rapidement, à quel point il est difficile de parler d'Exile On Main St., tant ce disque est parfait. Comment ne pas citer le très rapide (et court) Rip This Joint, le remarquable Sweet Black Angel dédié à Angela Davis (une militante activiste du Black Power, qui était alors emprisonnée), ce Soul Survivor achevant l'album sur une note de revenez-y absolu, ou bien encore mon morceau préféré de l'album, Let It Loose (par ailleurs, avec 5,15 minutes, le plus long des 18) ? Ce Turn On The Run ('une salope en fuite') cynique ? Ce All Down The Line renversant ? Ce Sweet Virginia admirable qui aurait pu être des Flying Burritos Brothers, le groupe country de Gram Parsons (qui a inspiré à Keith pas mal de morceaux sur le disque) ?

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Et en parlant de Keef, comment ne pas citer Happy, qui fut écrite et enregistrée en quelques heures, par Keith, Jimmy Miller et Bobby Keyes, sans Jagger ni les autres, Jimmy Miller à la batterie ? Une chanson admirable, ce Happy, sur laquelle Keith chante, certes, faux, mais avec une sincérité, une force de conviction, et une telle joie qu'on ne peut qu'être heureux, avec lui, en l'écoutant. I need a love to keep me happy... Une des meilleures chansons de l'album, une des plus connues, mythiques, et elle fut faite en deux temps/trois mouvements, en quatre heures à peu près (selon Keith, à midi, elle n'existait pas ; à 16 heures, elle était dans la boîte). Elle ouvre à merveille le second disque, et Keith prendra toujours un grand plaisir à la chanter live, souvent. C'est, de toutes les chansons qu'il a chantées au sein du groupe (et il y en à : Coming Down Again, Connection, You Got The Silver, Too Rude, Little T&A, Before They Make Me Run, Infamy, This Place Is Empty, Thru And Thru, Slipping Away, et je ne les ai pas toutes citées) , probablement sa préférée. On pige pourquoi. On se dit, en écoutant ce titre (ou d'autes morceaux, comme Turd On The Run, All Down The Line, Rip This Joint), que l'enregistrement a du être une partie de plaisir, que le groupe a du s'éclater au soleil, entre deux lignes, entre deux kils de rouge, entre deux parties de baise, entre deux séances d'enregistrement. Ben, pas du tout, apparemment. Ce fut rocambolesque, rock'n'roll, plein de petits tracas (Jagger n'appréciait pas trop que Gram Parsons vienne foutre son nez dans le groupe et assister Keith, notamment ; Parsons, d'ailleurs, ne restera que quelques jours). Mais le résultat final ne permet pas trop de s'en rendre compte (le film de Robert Frank Cocksucker Blues - du nom d'une chanson écartée de l'album -, que le groupe a fait interdire pendant longtemps, permet de mieux se rendre compte du bordel absolu, monumental, que fut l'exil volontaire du groupe le plus dangereux du monde à Villefranche/Mer). La ville conservera une petite connotation camesque dans l'univers rock'n'roll, Renaud la citera même, en 1981, dans sa chanson La Blanche, qui parle de drogue dure, en allusion évidente aux Stones.

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Album mythique, 67 minutes (18 chansons, dont, au fait, quelque reprises : Shake Your Hips de Slim Harpo, Stop Breaking Down qui se base sur un morceau de blues traditionnel), sorti sous une pochette représentant un collage de photos et illustrations diverses (eu verso, on a pas mal de photos du groupe, et à l'intérieur, des photos du groupe en train de jouer encerclent les crédits écrits manuellement), Exile On Main St. est un chef d'oeuvre absolu. Le dernier sommet des Stones, probablement, même si, par la suite, ils sortiront encore, de temps en temps, mais de plus en plus rarement, d'exceptionnels disques. Le suivant, enregistré à la Jamaïque (où Keith et Anita vivront quelques mois), Goats Head Soup, est excellent, mais les gens seront tellement traumatisés par Exile On Main St. qu'ils estimeront l'album moyen. Par la suite, si It's Only Rock'n'Roll et Black And Blue seront inégaux (surtout le dernier), Some Girls sera un triomphe, et Tattoo You, bien que constitué de chutes de studio, aussi. Et il faudra attendre, ensuite, 2005 pour un disque aussi réussi que Some Girls, A Bigger Bang (le dernier à ce jour), même si j'aime énormément Steel Wheels de 1989, très bon (niveau de Goats Head Soup). Mais, clairement, même ces grands disques que je viens de citer n'arrivent pas à la cheville de ce qui reste à ce jour le Grand Chef d'Oeuvre Stonien, Exile On Main St., 67 minutes au Paradis. Avec ce disque, leur unique double album studio, les Galets tutoient le Très-Haut et lui paient une bouffe. Un des plus grands double-albums au monde avec Songs In The Key Of Life, le Double Blanc et Physical Graffiti. Et il date d'avant deux de ces albums, même si ce n'est qu'un détail. PUISSANT.

FACE A

Rocks Off

Rip This Joint

Shake Your Hips

Casino Boogie

Tumbling Dice

FACE B

Sweet Virginia

Torn And Frayed

Sweet Black Angel

Loving Cup

FACE C

Happy

Turd On The Run

Ventilator Blues

I Just Want To See His Face

Let It Loose

FACE D

All Down The Line

Stop Breaking Down

Shine A Light

Soul Survivor