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Dans la liste de mes albums préférés, celui-ci ne se trouve peut-être pas dans les cinq premiers, mais il se pourrait bien qu'il atteigne un Top 10. En tout cas, dès la première fois, il y à longtemps, que je l'ai écouté, alors que je démarrais ma découverte des albums de Santana, ce disque n'a que rarement quitté mon coeur. Il ne l'a jamais quitté, en fait. Sorti en 1977, Moonflower, un titre que j'adore (et quelle pochette, qui représente une mer de nuages sur les hauteurs de l'Himalaya, du moins, c'est ce que je pense), est un double album, qui l'est toujours en CD, car ses deux disques durent 41 et 46 minutes chacun (il y à même un ou deux bonus-tracks en final du second disque). C'est le dixième album du groupe (en comptant le triple live Lotus de 1975), et c'est un album un peu à part : à la fois live et studio. Et on n'a pas un disque live et un disque studio (tels que sont Wheels Of Fire de Cream et Ummagumma de Pink Floyd, eux aussi double albums hybrides), non. On a en fait un peu des deux sur chaque face, et le tout est tellement bien mixé que certains pensent que Moonflower est entièrement live, ou que certains titres studio sont enregistrés en public ! Je vais revenir plus bas, dans le détail, sur ce qui est et n'est pas en public, sachez cependant que les titres studio représentent dans les 32 minutes sur l'ensemble des 87 minutes de l'album, et que l'on a environ 54 minutes de live. On comprend donc que l'album est dispatché de la sorte plutôt qu'avec un disque studio et un disque live : ça aurait été des plus bancals, et surtout, il y aurait eu des difficultés à tout caser sur le disque live, deux titres faisant 13/14 minutes chacun !

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Une des deux sous-pochettes vinyle

 

Les titres studio ont été enregistrés à San Francisco en 1977 (l'album est sorti en octobre 1977) et sont au nombre de 8. On compte aussi 8 titres live, enregistrés en décembre 1976 au cours d'une tournée européenne de promotion de l'album de 1976, Amigos (ceci dit, trois titres de Festival, sorti en janvier 1977, sont joués aussi, en avant-première), et notamment à l'Hammersmith Odeon de Londres, à l'Olympiahalle de Munich, au Pavillon de Paris et à la Foire aux Vins de Colmar. Le personnel est un petit peu différent entre les titres live et les titres studio. Santana a souvent, souvent, eu droit à des changements de personnel, c'est quasiment différent d'un album à l'autre à partir de 1971. Ici, entourant Carlos Santana (rebaptisé, depuis sa conversion à l'hindouïsme au début des années 70, Devadip Carlos Santana) et sa guitare, on a Greg Walker au chant, Tom Coster aux claviers, Raul Rekow aux percussions, Graham Lear à la batterie, ces musiciens sont audibles tout du long, studio et live. Pour la basse, c'est David Margen en studio et Pablo Tellez en live ; pour les percussions, on a Pete Escovedo en studio et Jose Chepito' Areas (un membre fondateur du groupe) en live. Sur un titre studio, Zulu, le fils de Tom Coster, aussi baptisé Tom, est aux claviers. Il n'avait alors que 11 ans ! Je vais être franc concernant Moonflower, et Santana. Je pense clairement, l'ai toujours pensé et le penserai toujours, que cet album de 1977 est le dernier chef d'oeuvre absolu du groupe. Ce qui sera fait après est parfois intéressant (Inner Secrets, Marathon), mais souvent totalement vain, et c'est quasiment de pire en pire (Shape Shifter, Shaman, All That I Am), malgré un Santana IV plus qu'intéressant en 2016 (mais c'est l'exception qui confirme la règle). 

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L'autre sous-pochette vinyle

Mais ici, c'est génial, du début à la fin, studio et live inclus. On va commencer par parler des titres studio. L'album s'ouvre sur Dawn/Go Within, doublé (sur une seule plage audio en CD, deux sur le vinyle) instrumental de toute beauté baigné par de magnifiques claviers de Tom Coster. Ambiance lounge à donf'. I'll Be Waiting, qui sortira en single, est chanté (Greg Walker chante bien), Santana se paie une belle partie de guitare, le morceau est pop, suave, tendre, capable de plaire au plus grand nombre. Zulu, instrumental assez tribal, achève idéalement la face A. Bahia, très court, est le seul morceau studio (instrumental encore une fois) de la seconde face, et est le moins percutant du lot, en raison de sa durée de même pas 2 minutes. Mais on a une belle atmosphère brésilienne, bien agréable. Les deux dernières faces s'ouvrent toutes deux sur deux titres studio : She's Not There (reprise des Zombies, sorti en single), très réussi et l'instrumental magnifique Flor D'Luna (Moonflower) pour la face C, et l'instrumental El Morocco, un petit peu arabisant, et le lent et contemplatif Transcendance (sans doute mon préféré des morceaux studio de l'album) pour la D. On a affaire, dans l'ensemble, à du Santana d'un niveau amplement supérieur à celui des trois précédents opus studio (Borboletta, Amigos, Festival). Et les titres live ? Du lourd dans l'ensemble. On a d'abord trois morceaux issus du futur Festival (il s'agit d'ailleurs de la triplette introductive de Festival), Carnaval, Let The Children Play (tous deux chantés) et l'instrumental Jugando, lequel est monumental. Meilleur qu'en studio. Puis, attention les yeux, Black Magic Woman/Gypsy Queen, intouchable classique, bien rendu ici. Puis deux extraits (ses meilleurs titres) du fadasse Amigos : Dance Sister Dance (Baila Mi Hermana), sur lequel Coster s'offre un beau solo de claviers, et l'instrumental Europa (Earth's Cry, Heaven's Smile), immense solo de guitare. Enfin, chacune des deux dernières faces se termine sur un déluge de 13/14 minutes : Soul Sacrifice sur la face C, et l'enchaînement Savor/Toussaint L'Overture sur la D. Un régal pour les oreilles aventureuses. Voilà de quoi faire de Moonflower un incontestable joyau. 

FACE A

Dawn/Go Within

Carnaval

Let The Children Play

Jugando

I'll Be Waiting

Zulu

FACE B

Bahia

Black Magic Woman/Gypsy Queen

Dance Sister Dance (Baila Mi Hermana)

Europa (Earth's Cry, Heaven's Smile)

FACE C

She's Not There

Flor D'Luna (Moonflower)

Soul Sacrifice/Head, Hands & Feet (Drum Solo)

FACE D

El Morocco

Transcendance

Savor/Toussaint L'Overture