album-junkyard

Bienvenue dans le service psychiatrique de l'hôpital du rock. Oui, vous avez bien lu. Car cet album et ce groupe ne peuvent être qualifiés autrement que de malades mentaux, de vrais psychopathes. Junkyard est le deuxième (et dernier) album d'un groupe australien du nom de The Birthday Party, groupe culte ayant accueilli en son sein du futurs Bad Seeds : le guitariste Mick Harvey, et surtout le chanteur Nick Cave. Ces Australiens totalement ravagés émigrent vers l'Angleterre, afin d'assouvir leurs bas-instincts et trouver un meilleur public. Mais ils déchanteront en découvrant que l'Angleterre, le monde, est en train de sombrer tête lapremière dans la pop new-wave. Ca ne les empêchera pas de faire Junkyard, qui sort en 1982 sous une pochette hilarante dessinée par Ed Roth, qui reprend son personnage de Rat Fink (en train de tirer à la sulfateuse sur un pauvre chat de gouttière). Tout le disque est idéalement représenté par cette pochette, d'ailleurs : un mélange de drôlerie, de trash attitude, de glauque, de gore, de grotesque, de malaise. L'album dure 47 minutes en CD, il offre d'ailleurs, sous ce format, trois titres en plus que la version vinyle : Blast Off ! (qui est placé, étonnamment, en ouverture de disque alors que c'est un bonus-track), Dead Joe (autre version de la chanson présente sur le disque vinyle) et Release The Bats (ces deux derniers titres sont, eux, en fin d'album). Sinon, en vinyle, l'album avoisine les 38 minutes. Le groupe est constitué, donc, de Cave (chant, auteur), Mick Harvey (guitare, claviers, choeurs, batterie), Tracy Pew (basse ; c'est un mec, malgré le prénom), Roland S. Howard (guitare) et Phil Calvert (batterie). L'album est produit par Richard Mazda, Tony Cohen et Nick Launay, et au sujet de sa production, force est de constater qu'elle est rocailleuse, boueuse, trash, et qu'elle correspond bien au style de l'album (tout en en limitant un peu l'effet).

68679127_p

Junkyard est un disque de malades. Le groupe est un groupe de cinglés (il faut entendre Cave brailler, pousser des cris de dingue). Les chansons parlent de mort, de violence, de perversions... Dead Joe (présent, donc, dans deux versions) est une sorte d'adaptation (par Cave et sa compagne Anita Lane) en chanson du roman Crash ! de J.G. Ballard, roman pervers, trash, totalement ravagé sur la sexualité déviante et les accidents de voiture ; She's Hit, 6 minutes, est une sorte de blues-punk ravagé et terrifiant (la mélodie est oppressante, le chant de Cave est vraiment d'outre-tombe et cinglé), aux paroles totalement space (There is woman-pie in here/Mr Evangilist says she's hit/The best cook ya ever had/Ya can't blame the good-woman now, dad), à la progression infernale. Hamlet (Pow, Pow, Pow) et Big-Jesus-Trash-Can sont des tueries totalement ravagées, indescriptibles, tandis qu'avec The Dim Locator et Junkyard, on est dans le glauque le plus absolu. Blast Off ! est un morceau d'une violence redoutable, Release The Bats est un classique, Kiss Me Black, 6" Gold Blade et Several Sins sont plus 'lents' et maîtrisés... Dans l'ensemble, ce disque violent, glauque, pur chef d'oeuvre de post-punk qualifié à sa sortie de fusion art/psyché/blues/punk, ce disque, donc, est de ceux qui laissent une profonde empreinte dans la tête de l'auditeur. Malsain, violent, putride ; la première écoute est difficile, mais on a assez rapidement envie de replonger dedans, et généralement, la deuxième écoute est plus aisée, on sait déjà à quoi s'attendre. Aucun mauvais titre ici, même si Kewpie Doll n'est pas mon préféré du tout. L'alchimie entre le chant (et les paroles) torturé de Cave et la musique barbare est étonnante, mais elle fonctionne. Un peu comme si Jim Morrison (car il y à du Morrison chez Cave) intégrait une horde de barbares musicaux. Etrange, mais efficace, et un vrai tremplin pour Cave, qui fondera, un an plus tard (The Birthday Party se séparera après Junkyard), Nick Cave & The Bad Seeds, son propre groupe, dont le premier album (From Her To Eternity) est similaire à Junkyard, pour le côté trash/underground/gore/rigolo/malsain, tout en même temps.

68678968_p

Disque difficile, surtout que sa production est rugueuse, Junkyard est un classique du rock, un classique méconnu, certes, mais un classique tout de même. Une vraie claque, un album totalement cinglé, flippant par moments, tendu comme un string, interprété par une horde de malades, avec  des textes puissants et, en même temps, parfois à la limite du compréhensible (il y à les paroles dans le livret, vous pourrez juger sur pièce du côté bien malade de la composition). Quand Cave glapit I am the king, en intro du morceau-titre, on a l'impression qu'il dit I am Nick Cave, ça m'a toujours fait sourire pour je ne sais quelle raison. Morceaux imparables et certains, même, légendaires (She's Hit, Junkyard, Hamlet (Pow, Pow, Pow), Release The Bats, Dead Joe, Big-Jesus-Trash-Can), ambiance givrée à la fois gore et loufoque tout en étant pleine de tension, rien à dire Junkyard est un gros, gros chef d'oeuvre de rock post-punk.

FACE A

She's Hit

Dead Joe

The Dim Locator

Hamlet (Pow, Pow, Pow)

Several Sins

FACE B

Big-Jesus-Trash-Can

Kiss Me Black

6" Gold Blade

Kewpie Doll

Junkyard