ELP1

Le génie dans le groupe ? C'est moi, indéniablement. - Keith Emerson

Le génie dans le groupe ? C'est moi, indéniablement. - Greg Lake

Le génie dans le groupe ? C'est moi, indéniablement. - Carl Palmer

Pas d'idiot du village, ici ; chacun prend son tour. - Formule bien connue

Prenons les choses dans l'ordre (car j'ai remarqué que, souvent, sur les photos collectives de ce groupe, les trois zigomars ne posent pas dans l'ordre de leur intitulé, ce qui est à peu près aussi con que d'inverser, sur une affiche de cinéma montrant en gros plan les visages des deux acteurs principaux, leurs noms au-dessus de leurs têtes, et ça, ça arrive assez régulièrement, d'ailleurs). Emerson, Lake & Palmer, c'est quoi ? Un groupe de rock progressif britannique qui fait partie des légendes du genre, un genre bien clivant, on adore ou on déteste le rock progressif, souvent, pas vraiment de milieu. Ben, pour ELP (oui, ça fait plus court), c'est encore plus clivant : même chez les fans de rock progressif, il y à clairement des pro- et des anti-ELP, plus que pour d'autres groupes tels que Yes, Jethro Tull ou les plus 'modernes' Marillion. ELP, c'est un truc tellement outré qu'il en devient, souvent, horripilant. Je dois dire, j'aime énormément (malgré que ce soit parfois lourd) ce que le groupe a fait entre leur premier album (éponyme, en 1970) jusqu'au triple live de 1974 (dont le titre est tellement long que si je le tape ici en totalité, le premier paragraphe sera quasiment terminé), lequel, pourtant, en tant que live, est plein de défauts : sa qualité sonore laisse à désirer (même s'il y à pire), la durée est éreintante (certains morceaux sont si longs qu'ils ne tiennent pas sur une face entière ; en CD, il n'y à que 9 titres en tout, répartis sur deux disques, vu que les morceaux découpés en plusieurs faces ont été réunis sur une seule plage audio), la prétention des trois zigomuches aussi. Car s'il y à bien un truc à dire au sujet d'ELP, c'est qu'ils sont, bordel de zut, des prétentieux ultimes, des mecs qui ne se prennent (ne se prenaient, en fait ; sur les trois membres du groupe, seul Palmer est encore de ce monde, persuadé que ce ne sont pas les meilleurs qui s'en vont les premiers) pas pour de la merde et qui pensaient sans doute que la leur, de merde, répartie sur deux ou quatre faces de noire laque vinylique, se vendrait mieux que des inédits studio retrouvés des Beatles jammant avec les Stones et les Who (rêvez pas ; j'invente cette histoire d'inédits studio).

ELP2

Emerson, Lake & Palmer (tiercé miraculeusement dans l'ordre sur la photo ci-dessus)...

D'abord, on a Keith Emerson. Claviériste issu des Chouette (The Nice, en VO sans sous-titrages), possédant un ego grand comme la cathédrale de Strasbourg, un sourire qui semble annoncer de mauvaises nouvelles et un regard du genre à vous imposer de croire qu'il peut jouer la "40ème" de Mozart de la main droite sur un piano, la "Sonate au Clair de Lune" de Debussy de la main gauche sur un autre piano, tout en regardant un film finlandais dans la langue et sans sous-titrages et en composant (écrivant les notes de musique sur une portée avec un stylo coincé entre les dents, sans rien perdre du film de Kaurismaki qu'il continue de zieuter d'un oeil appréciateur) un concerto pour piano en trois mouvements, deux pelés et un tondu, concerto qui sort évidemment de sa très fertile imagination. Ce mec avait apparemment l'habitude, des fois, en concerts, de poignarder ses touches d'ivoire (parce qu'il avait fait une fausse note ? Parce que trois spectateurs n'avaient pas gueulé Keith, je t'aime, t'es un dieu avec les autres ?).

Ensuite, on a Greg Lake. Bassiste et chanteur issu du Roi Cramoisi (King Crimson, en version originale), possédant un ego grand comme la cathédrale de Reims, un sourire à bouffer de la merde sur des tartines aussi grandes que celles de Villeret dans Papy Fait De La Résistance et un regard à vous imposer de croire qu'il peut jouer de la basse de la main gauche, de la guitare de la main droite, délivrant un solo de chaque instrument tout en chantant une de ses sempiternelles conneries et en imaginant (en même temps qu'il chante et joue de ses instruments) au moins deux nouvelles chansons qu'il compose, intérieurement, paroles et musique, grâce sa très fertile imagination. Ce mec a un jour dit que si le grand public aimait la version ELP des "Tableaux D'Une Exposition" de Moussorgski (un compositeur qui, c'était d'ailleurs son prénom, était bien plus Modeste qu'eux trois réunis), via leur album Pictures At An Exhibition, hé bien c'était aussi bien, voire même mieux, que d'aimer la version originale de Moussorgski. Le con.

Enfin, on a Carl Palmer, batteur issu du Poulet Atomique (quand on dit que certains noms de groupes sont cons, c'est vraiment le cas des Atomic Rooster), possédant un ego grand comme Notre-Dame-de-Paris (une personnalité flamboyante, donc, ho ho ho, merci d'avoir ri, je me sens moins seul), un sourire qui ne survient qu'en cas de diarrhée aigüe d'un des deux autres membres du groupe et un regard du genre à vous imposer qu'il peut...jouer de la batterie. C'est tout. Faut pas déconner non plus. 

ELP3

Ces trois criminels de guerre de la crise énergétique des années 70 (dixit Lester Bangs, qui les appellera ainsi après avoir assisté à leurs très énergivores concerts de 1974) ont, après leur triple live de 1974 (de la tournée de Brain Salad Surgery, album sorti l'année précédente sous pochette Giger et qui est probablement leur sommet, très objectivement parlant), décidé de prouver à tout le monde qu'ils étaient, putaing con, la plus belle et intéressante invention humaine depuis le verre d'eau. A peu près aussi prétentieux et suffisants qu'une légion de clones de Trump, ils ont, en 1977, sorti un double album, leur premier double album studio. La pochette est d'une sobriété exemplaire, le titre et le contenu sont à des années-lumière de la moindre sobriété : Works - Volume 1. Soit Les Oeuvres - Volume 1. Pareil titre a du foutre les jetons à tout le monde, surtout aux anti-ELP, car ça implique, forcément, tragiquement, un Works - Volume 2 par la suite (et en effet, plus tardivement en cette même année 1977, ELP sort ce deuxième volume, un disque simple à la pochette identique, mais en blanc, que j'avais abordé ici en 2011 peu de temps après avoir abordé l'album de 1977, mais je ne réaborderai pas le second opus), ainsi qu'un coffret regroupant, sous le générique titre Works, les deux opus. Long de 86 minutes, toujours double donc (on y trouve 14 titres en tout), Works - Volume 1 propose, comme Ummagumma du Floyd dans un sens, mais en version surmultipliée (pour le Floyd, c'était uniquement un des deux disques), un mini album de chaque membre. La dernière face est collective, les trois autres sont, respectivement, d'E, L et P. La face collective, la dernière, offre deux longs morceaux de 9,40 et 13,20 minutes : la reprise de la Fanfare For The Common Man d'Aaron Copeland (un classique, ici massacré) et un morceau original long comme un confinement sans TV et internet, Pirates. Dire que c'est chiant est être encore loin de la vérité : c'est en fait interminable. Dans 'interminable', il y à 'minable', et ça tombe d'ailleurs très bien parce que ça l'est aussi. Mais j'ai bouffé quoi, moi, pour être aussi drôle aujourd'hui ?

ELP4

Les autres faces sont donc individuelles. C'est d'une prétention absolue et on est contents que le groupe soit un trio et non pas un big band comme Chicago ou Blood, Sweat & Tears. Sincèrement, je me serais suicidé plutôt que d'écouter ça. La face A, c'est la face Emerson, qui nous offre (en trois plages audio sur le vinyle, tout est réuni, en CD, sur une seule plage audio) 18 minutes de Piano Concerto N°1, pas une reprise, mais un concerto pour piano, de la musique classique avec orchestre de cordes et titres des parties en italien. Aucun instrument rock. C'est de la musique classique pure et dure, et si vous aimez le classique, au moins, il y à 18 minutes, ici, sur les 86 de l'album, que vous pouvez écouter. Mais dire que l'on n'achète pas un album de rock progressif pour se retrouver avec presque 20 minutes de musique classique est un éuphémisme. La face B, c'est la face de Lake, qui offre 5 chansons (totalisant 22 minutes) de sa composition (co-écrites avec Pete Sinfield), notamment C'Est La Vie (chantée en anglais malgré le titre français, qui revient cependant souvent dans les paroles) que notre Jauni national reprendra la même année, sur son album C'Est La Vie, sous le titre Tant Pis...C'Est La Vie. Je ne sais pas qui avait dit à Johnny que c'était une bonne idée, vu que ce n'en était pas une. Aussi bien cette chanson (je reparle de l'original de Lake, hein) que les autres de sa face B de con, comme Closer To Believing ou Lend Your Love To Me Tonight, sont aussi insipides que du carton. A noter que sur C'Est La Vie, l'accordéon, insupportable comme tu peux pas l'imaginer, et présent ici pour faire bien franchouillard, c'est vraiment le pompon, il ne manque plus qu'O'Malley et Duchesse et on se croirait dans Les Aristochats. Aucune de ces chansons n'est progressives, c'est de la très mauvaise pop... même pas...de la très mauvaise chanson, tout simplement. Et la face C, la face de Palmer, instrumentale, longue d'environ 22 ou 23 minutes, offre 6 titres, dont des expérimentations jazzy (New Orleans), une adaptation de Bach (Two-Part Invention In D Minor), une de Prokofiev (The Enemy God Dances With The Black Spirits) et une nouvelle version d'un vieux morceau du groupe, Tank. Joe Walsh joue de la guitare et fait des vocalises grotesques sur L.A. Nights. Je ne veux même pas dire ce que je pense de la face C, j'ai réécouté le disque avant-hier pour le réaborder ici, j'en suis encore fou de rage. Tout ce que je peux dire, c'est que Works - Volume 2 sera pire, bien que deux fois plus court. Et que je suis content de ne pas réaborder le second volume, qui est tellement nul qu'à côté, ce double album est un triomphe absolu.

FACE A (Emerson)

Piano Concerto N°1 (en trois mouvements)

FACE B (Lake)

Lend Your Love To Me Tonight

C'Est La Vie

Hallowed Be Thy Name

Nobody Loves You Like I Do

Closer To Believing

FACE C (Palmer)

The Enemy God Dances With The Black Spirits

L.A. Nights

New Orleans

Two Part Invention In D Minor

Food For Your Soul

Tank

FACE D (Emerson, Lake & Palmer)

Fanfare For The Common Man

Pirates