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Si Caché Derrière (1992) est mon préféré absolu de Laurent Voulzy, il n'est plus, depuis la fin de 2011, son sommet. Cet exploit a été atteint par Lys & Love, septième album studio (et neuvième tout court ; je ne compte pas les compilations) de ce génie mélodiste. Un album, qui plus est, plus recherché que de coutume. Il faut dire que les deux précédents opus de Vouvoulz', La Septième Vague (2006) et Recollection 77 (2008), avaient eu de quoi en décevoir quelques uns : disque de reprises de chansons estivales et douces pour le premier, album conceptuel autour de son fameux tube Rockollection qui fêtait ses 30 ans pour l'autre, ces deux  albums sont très bons, mais, il est vrai, ne figurent pas parmi les sommets du chanteur. Lys & Love est en quelque sorte son premier vrai opus studio depuis Avril, une merveille (son troisième meilleur opus studio), qui datait quand même de 2001. Soit il y à 10 ans à l'époque. Et avant ça, Avril était tout bonnement son premier album studio depuis 1992 et Caché Derrière, soit 9 ans ! Et avant ça, Caché Derrière était son premier depuis Bopper En Larmes en 1983, soit, là aussi, 9 ans ! Mais quel est le con qui a affirmé que Voulzy travaillait lentement ? Cette remarque était évidemment ironique. Voulzy admet bien qu'il bosse lentement, et son comparse Alain Souchon (qui n'a pas beaucoup bossé sur ce disque) le reconnaît aussi, mais c'est parce qu'il cherche sans cesse des mélodies, des truc neufs. Et puis, c'est pas un nerveux-nerveux, aussi. Tout comme la Souche, même si Souchon bosse un tantinet plus que lui (plus d'albums).

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Allez, Lys & Love. Disque majeur, je le certifie, un voyage temporel et sensoriel de 67 minutes (c'est long, oui, mais chaque seconde est à sa place, rien n'est en trop ni trop long) vers le Moyen-Âge et l'Angleterre. L'Angleterre où vit Voulzy depuis quelques années, sa femme est britannique (Mirella, auteur(e) de la photo de pochette, sublime, de l'album). Voulzy a eu d'abord l'idée de faire un disque électro, et, selon ses propres dires (recueillis dans un sublime concert diffusé récemment par France 2, concert à l'église St-Eustache de Paris, émaillé de bribes d'interviews), c'est Souchon qui lui a proposé de mettre des poèmes en guise de paroles. Voulzy a eu alors l'idée de mettre des poèmes du Moyen-Âge, et, par extension, de faire un disque sur cette période, un disque baroque, a moitié mystique. Qui s'est avéré être, à la fin, un disque pop autant que baroque, celtique et électro. Un disque conceptuel, aussi. La première chanson, Le Tableau, sert de catalyseur, de déclencheur. Voulzy, en 2010, est face à un tableau représentant une belle jeune femme du Moyen-Âge, allongée, endormie, dans l'herbe, sous un arbre, non loin d'un château, une épée non loin d'elle. Nappes de synthés omniprésentes, Voulzy qui, littéralement, chuchote son texte, harmonies discrètes... Le charme opère, et le morceau nous embarque dans Jeanne, c'est le nom de cette belle endormie. Aaah, Jeanne, chanson de l'année aux dernières Victoires de la Musique. C'est clair, si vous n'aimez pas cette chanson très baroque (orchestre de cordes, harpe, chant empesé), vous n'aimerez vraisemblablement pas Lys & Love, une ou deux chansons exceptées. Jeanne n'est pas ma préférée de l'album, mais quelle merveille ! Voulzy se transforme en troubadour, l'ambiance de l'album est parfois proche de celle de ces grandes fêtes médiévales. Glastonbury, en anglais, et sans les paroles dans le livret, suit. Une chanson atmosphérique au titre qui fait furieusement penser au Roi Arthur, à l'Angleterre médiévale, chevaliers, armures... Excellent.

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En Regardant Vers Le Pays De France, avec Nolwenn Leroy aux choeurs, est une autre merveille, une des plus grandioses chansons de l'album. Tout le génie mélodiste de Voulzy est là. Ambiance celtique et baroque absolue, mélodie inoubliable, chant posé comme d'habitude, choeurs sublimes... A écouter en regardant la superbe pochette d'album. Blackdown, en anglais, avec, dans les choeurs, Quentin (fils de Voulzy) notamment, est une petite sucrerie acoustique, There is a treasure un Blackdown... A noter que Blackdown est le nom d'une belle forêt britannique. Là encore, on se croirait en plein Moyen-Âge, oyez, oyez bonnes gens. Mais le Voulzy pop n'est pas loin : C'Etait Déjà Toi, avec ses nappes de synthés, arrive, un classique de plus, du niveau de Paradoxal Système, Une Héroïne, Bopper En Larmes, clairement. On replonge en plein baroque, mystique même, avec Ma Seule Amour, et ses choeurs d'église, et sa participation vocale, non créditée pour des raisons de maquette de livret partie trop tôt à l'imprimerie (et de duo fait à la dernière minute, aussi), participation vocale, donc, de Roger Daltrey, chanteur des mythiques Who. Chantant peu, Daltrey s'occupe des quelques lignes (un refrain) en anglais, Stay away from the door, it's locked forever... Sublime. Our Song, avec son chant féminin à la Portishead (et signé Dawn Landes), et avec son refrain très médiéval (V'là l'bon vent, v'là l'joli vent...), est une petite merveille de plus, assez pop et électro plus que baroque, un repasse à une autre facette de Voulzy. Pas ma préférée, comme Jeanne, mais que dire, sinon que c'est beau ? Après, l'album s'emballe : Le Ciel Et La Terre, avec son unique ligne de texte (Le ciel m'attire, la Terre me tiraille) répétée, est le morceau électro de l'album, une sorte de transe synthétique de toute beauté. La Nuit...Un Ange Passe est une petite bluette acoustique sublime (La Nuit), suivie d'un peu de silence (... Un Ange Passe). Et après, on passe au sommet de l'album, La 9ème Croisade, morceau tétanisant et long de 14 minutes. Chanté d'abord en arabe (notamment par Voulzy, hé oui, mais en grande partie par Driss El Maloumi) dans sa première partie (un poème arabe en guise de paroles, les paroles son en alphabet arabe dans le livret), le morceau, très progressif, passe à l'anglais, et se finit sur un solo de guitare sublime, on sort de là en transe. J'Aime L'Amour (titre de chanson idiot), qui s'enchaîne et achève Lys & Love, en est une sorte de conclusion pop, remarquable, mais n'importe quel titre paraît un peu fade après La 9ème Croisade. Cependant, ce morceau ne pouvait pas finir le disque, il fallait une conclusion, une vraie (la fin de La 9ème Croisade appelant un autre morceau, je ne sais pas comment décrire ça, mais en final, ça n'aurait pas collé).

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Au final, Lys & Love est un chef d'oeuvre. Que dire d'autre ? Laurent Voulzy signe ici un disque majeur, indépassable dans son genre, un régal de pop, d'ambiances baroques et médiévales, et d'électro. Disque exigeant qui, généralement, ne révèle pas tout à sa première écoute (persévérez si le déclic ne s'est pas fait !), disque dense et passionnant, fait par un passionné et pour des passionnés, Lys & Love est clairement un des monuments de la chanson française de ces 20 dernières années. Et ce, même si Voulzy ne chante pas qu'en français ici. Tout simplement quin-tes-sen-tiel.

Le Tableau

Jeanne

Glastonbury

En Regardant Vers Le Pays De France

Blackdown

C'Etait Déjà Toi

Ma Seule Amour

Our Song

Le Ciel Et La Terre

La Nuit...Un Ange Passe

La 9ème Croisade

J'Aime L'Amour