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Pour lancer un cycle Meat Loaf sur le blog, quoi de mieux que de commencer par le début ? Enfin, non, ce disque n'est en fait pas le premier album du chanteur, il en a fait un autre en 1971, Stoney & Meatloaf, un disque peu connu, que je ne connais pas d'ailleurs (seulement de nom), et qui ne marchera pas à l'époque. Un disque de rock imprégné de soul et de gospel fait en duo avec la chanteuse Shaun 'Stoney' Murphy, mais absolument pas un disque de hard-rock. C'est ce disque, son deuxième, celui que l'aborde ici ou plutôt que je réaborde car l'ancienne chronique datait de 2012, qui va lancer sa carrière, en 1977. Mais avant, qui est Meat Loaf ? Il s'appelle, de son vrai nom, Marvin Lee Aday, est né en 1947, ce qui fait qu'il commencera à cartonner à l'âge de 30 ans, soit relativement tardivement. Il est Texan, né à Dallas, son père était un ancien flic reconverti en vendeur de remèdes contre la toux, et un alcoolo de première bourre, et sa mère était une institutrice et chanteuse de gospel. Son nom de scène, Meat Loaf ('pain de viande'), viendrait de son père qui l'appelait Meat, et de ses amis qui rajouteront Loaf afin que les initiales du surnom, ML, soient aussi celles de ses deux prénoms, Marvin Lee. Le surnom viendrait sûrement du fait que Meat Loaf était, déjà enfant, sujet à un certain embonpoint. Il pesait dans les 120 kg adolescent... Meat Loaf a démarré sa carrière à la fin des années 60, il participe à la comédie musicale scénique Hair, à la suite de quoi il sort un disque en 1971. Pas de succès. Il va participer, en 1975, tenant le rôle d'Eddie le rockeur, à la comédie musicale The Rocky Horror Show, adaptée en film (The Rocky Horror Picture Show), film qui n'aura aucun succès à l'époque mais est rapidement devenu culte pour plein de monde (dont l'auteur de cet article). A la suite de quoi, il commence à collaborer avec Jim Steinman, un parolier qu'il avait rencontré quelques années plus tôt. 

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Steinman, futur auteur de Total Eclipse Of The Heart pour Bonnie Tyler, va commencer à bosser sur un projet de comédie musicale adaptée de Peter Pan, le roman de Barrie. Ce projet capotera pour finalement devenir un album, le deuxième de Meat Loaf et son premier vrai album, sorti en 1977 : Bat Out Of Hell. Comment qualifier ce disque ? C'est un projet dingue, 47 minutes (et seulement 7 titres !) de hard-rock totalement outrancier, peu de disques sonnaient ainsi en 1977. Enregistré avec une partie du E-Street Band de Bruce Springsteen (Roy Bittan aux claviers, Max Weinberg à la batterie), ainsi qu'avec Edgar Winter (saxophone), Kasim Sulton (basse), Ellen Foley (chant), Steinman (claviers, percussions) lui-même, et un certain Todd Rundgren à la guitare et à certains claviers, l'album est produit par Rundgren, justement, et fait partie des plus grosses ventes d'albums de tous les temps, aux côtés notamment du Back In Black d'AC/DC, Rumours de Fleetwood Mac (sorti la même année que le Meat Loaf, les deux albums vont, en cette année punk, genre musical qu'ils ne sont absolument pas, affoler les charts), les best-ofs des Eagles et le Thriller de Michael Jackson, ce dernier étant le plus vendu, de loin. C'est du rock wagnérien, glam et décadent, totalement dingue, pop, lyrique, bien chargé, orchestral, heavy, burné. Et certains iraient même parler de rock gay, ce qui me dépasse par la gauche, la droite par en-dessous, soit dit en passant. Avec sa production vach'tement hénnauuuurme, ses guitares en fusion, ses morceaux à rallonge (on a ici un morceau de presque 10 minutes et deux autres qui en font plus de 8, ainsi que deux autres qui dépassent les 5 minutes), ses choeurs en pagaille et son tas de barbaque en chemise à jabot suant comme une chaudière de chanteur, c'est peu dire que Bat Out Of Hell, en 1977, c'est quelque chose.

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Chef d'oeuvre absolu, ce disque, qui sera l'objet de deux suites (en 1993 et 2006, je les aborderai en temps voulu dans le cycle), est du genre à ne pas être trop appréciable à la première écoute, car on en prend plein la gueule de tous les côtés et l'impression générale qui surnage est, en gros, mais quel bordel que ce disque. A force, on entre dedans, et une fois dedans, ben, elle est bonne, comme on dit. Avec sa pochette Corben représentant un motard au look de Conan sortir à toute berzingue (filer comme une chauve-souris échappée de l'Enfer, titre de l'album, est une expression argotique qui veut dire 'se barrer à toute vitesse') du sol d'un cimetière, avec un monstre ailé à la Nuit Sur Le Mont Chauve de Fantasia qui lui colle au cul, l'album en impose dès le morceau-titre, inaugural, 9,50 minutes de bonheur qui démarre par un riff tonitruant de guitare en guise de starter, le piano martelé de Bittan et Rundgren qui fait rugir sa guitare avec, en effets sonores, une moto qui démarre. Purement jouissive, cette intro donne le ton. Après, le piano revient, solo, calme, et la voix de Meat Loaf déboule, clamant un texte saisissant et théâtral, l'interprétation de Loaf est théâtrale d'ailleurs, je ne veux pas dire qu'il en fait trop, mais il joue un personnage plutôt qu'il ne chante. Le morceau est une succession d'accélérations, de ralentissements, de fausses fins, de retours insensés, et quand il se finit, sur des choeurs angéliques partant dans le lointain, on en pleurerait presque. La suite de l'album (riche en singles, 3 chansons sur 7, beau ratio) est du même tonneau, difficile de ne pas frissonner en écoutant For Crying Out Loud, total moment de grâce, ou de ne pas rire en écoutant ce pathétique moment de vie adolescente (deux ados se bécotant dans une voiture pendant la retransmission d'un match de base-ball) de Paradise By The Dashboard Light, mini opéra rock jubilatoire. Ou bien le délicat Heaven Can Wait, qui montre que dans tout cet océan de testostérone musicale, on a aussi un petit peu de calme, de tendresse. Ou le cynisme des paroles du refrain de Two Out Of Three Ain't Bad. Bref, tout, dans ce disque, est un grand moment de rock affirmé, dingue de chez dingue, jouissif de A à Z, surproduit à un point que ç'en est génial. La suite ne pouvait être que totalement prévisible : après un tel one-shot, comment faire mieux ? Impossible. La suite, bientôt...  

FACE A

Bat Out Of Hell

You Took The Words Right Off My Mouth (Hot Summer Night)

Heaven Can Wait

All Revved Up With No Place To Go

FACE B

Two Out Of Three Ain't Bad

Paradise By The Dashboard Light

For Crying Out Loud