BlueOysterCultSecretTreaties

 Et voici donc le troisième et ultime volet de la trilogie 'black and white' de Blue Öyster Cult, la trilogie de leurs débuts. Sorti en 1974, Secret Treaties est considéré par pas mal de fans (quasiment tous, en fait !) comme étant le sommet du groupe. Il est vrai que cet album sorti sous une pochette représentant le BÖC devant un superbe avion de guerre de la seconde guerre mondiale (un Messerschmitt ME-262, avion allemand) est une réussite de heavy metal cinglant. 38 minutes en tout, pour 8 titres, voilà ce qu'offre cet album anthologique. Le groupe, qui n'a toujours pas changé de personnel (et n'en changera pas pendant plusieurs années) offre ici un disque probablement encore plus heavy que les deux précédents, déjà que le précédent, Tyranny And Mutation, était plus lourd et puissant que Blue Öyster Cult... Mais, hélas, Secret Treaties offre ce que les deux précédents albums n'offraient pas, à savoir une mauvaise chanson ; une seule mauvaise chanson, et de plus, la plus courte des 8 ; oui, mais tout de même, cette unique mauvaise chanson empêche, selon moi, Secret Treaties de s'imposer comme le meilleur du groupe. C'est tout simplement le deuxième meilleur album du groupe derrière Tyranny And Mutation, et ça, c'est déjà pas mal du tout ! Quant à l'unique mauvaise chanson de l'album, on va en parler tout de suite pour en être débarrassé, c'est celle qui ouvre la face B, Cagey Cretins. Une chanson interprétée par le batteur, Albert Bouchard, et dont seul le riff est, ma foi, digne d'intérêt. Sinon, entre les choeurs insupportables (Oooh, Cagey, what you got ?) et les paroles un peu connes, le morceau est vraiment insipide.

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Albert Bouchard (batteur à la base) dans une des photos du livret CD

Heureusement, le reste de l'album assure totalement, faisant clairement de ces Traités Secrets un des classiques du groupe et du heavy metal. L'album s'ouvre d'ailleurs sur une série de morceaux imparables (toute la face A), le genre de morceaux qui vous percent les tympans et vous font en redemander. On a, d'abord, Career Of Evil, morceau écrit pour le groupe par Patti Smith, morceau légendaire qui passera en radio et occasionnera quelques scandale, via une ligne de texte assez osée, I'd like to do it to your daughter on a dirt road ('j'aimerais faire ça à ta fille dans un bas-fossé'), ligne de texte assez bien torchée (ça le fait mieux que I'd like to fuck your daughter, ça fait plus littéraire, plus original) et interprétée avec amusement par Eric Bloom. I chose to steal what you chose to show, and you know I will not apologize, you're mine for the taking, I'll making a career of evil... Immense chanson, avec un solo de guitare exceptionnel ; chanson hélas trop courte (4 minutes), suivie par le conte aquatique et étrange Subhuman, chanson vraiment étrange que j'adore (mais j'ai mis le temps), qui raconte apparemment l'histoire d'un homme balancé pour y mourir, et par de vieux amis, dans l'eau, et se faisant de nouveaux amis parmi la faune subaquatique. Etrange et sensationnel. On a ensuite Dominance And Submission, interprété par Albert Bouchard, chanson sur la nostalgie, l'adolescence, les premiers émois sexuels ; le final du morceau (le groupe répétant Dominance pendant que Bouchard, lui, répête, de plus en plus hystériqument, Submission) est une montée en puissance incroyable. Le morceau ne parle pas de relation SM, malgré le titre. Ou alors, j'ai mal lu les paroles, ah ah ah ! Et enfin, en fin de la première face, un morceau qui fait partie intégrante de cette saloperie de putain de sale réputation de néo-nazis que le BÖC s'est traîné comme une casserole au cul pendant des années : ME-262. Une chanson sur la Seconde Guerre Mondiale, les affrontements anglo-allemands dans les airs, vue du côté des nazis. La chanson cite Hitler, Goering, dès les premières lignes de texte, et le refrain n'est ni plus ni moins que Must these Englishmen live that I might die ? ME-262 est une chanson démentielle (en live, lors du final, tous les cinq membres du groupe, même le bassiste, le batteur et le claviériste - par ailleurs guitariste aussi - empocheront une guitare pour livrer, simultanément, quelques accords) qui achève avec fureur et efficacité la face A.

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Recto et verso du livret CD

La B commence mal avec Cagey Cretins, mais, heureusement, la suite est sans défauts : Harvester Of Eyes est une bombe heavy, au riff tétanisant, au chant (de Bloom) imparable ; ce dernier, dans le final, se met d'ailleurs à chanter cette histoire de récolteur d'yeux avec une voix saccadée, étrange, quasiment impossible à suivre. Le morceau deviendra un des classiques du BÖC en live, on la retrouve d'ailleurs (Subhuman et ME-262 aussi) sur le double live On Your Feet Or On Your Knees de 1975, qui propose le meilleur (enfin, une partie du meilleur) de la trilogie des débuts du groupe. Puis, un bruit de boîte à musique très reposant et enfantin relie le morceau à Flaming Telepaths, chanson immense et un peu pop, au refrain fantastique. La première fois que j'ai écouté cette chanson, j'ai eu l'impression, en entendant les And the joke's on you du refrain (qui sont répétés inlassablement dans le final, jusqu'à la rupture sèche et l'enchaînement avec le morceau suivant), j'ai eu l'impression, donc, de connaître, déjà, Flaming Telepaths. Soit la chanson ressemble fortement à une autre chanson, mais je ne sais pas laquelle ; soit, en effet, je la connaissais déjà, mais sans le savoir ! Une grande chanson, en tout cas, suivie par le final, 6,30 minutes, Astronomy, chanson démentielle, progressive, lyrique, une sorte de Stairway To Heaven pour Blue Öyster Cult. Chanson qui sera reprise, 24 ans plus tard, par Metallica sur Garage Inc. (et superbement bien reprise !), Astronomy est une claque, le sommet de l'album, et quasiment, en fait, le sommet de la trilogie Blue Öyster Cult/Tyranny And Mutation/Secret Treaties, devant 7 Screaming Diz-Busters. Un morceau qui commence doucement, part ensuite dans un rock effréné, avant de s'achever en apothéose (Astronomy...a star...). La dernière minute, au peu s'en faut, est faite d'un vent glacial, qui vient, lentement, achever le disque. A l'écoute de ce morceau, à la lecture des paroles, on peut penser au court texte placé sur la pochette verso, Rossignol's surious, albeit simply titled book, the Origins Of A World War, spoke in terms of secret treaties, drawn up between the Ambassadors from Plutonia and Desdinova the foreign minister. These treaties founded a secret science from the start. Astronomy. The career of evil. Encore un texte étrange, abscons (comme sur la pochette interne de Tyranny And Mutation) et qui en rajoute au côté occulte, ésotérique, clairement pas classique, du groupe. Pour finir avec Secret Treaties, donc, on a ici un album fabuleux, même s'il est, selon moi un chouia (mais vraiment un chouia) moins exceptionnel que le précédent. Il reste du niveau du premier opus de 1972, ce qui en fait un album exceptionnel quand même, et ce qui fait de cette trilogie 1972 - 1974, bien illustrée par le double live (depuis simple CD) cité plus haut, une série d'albums exceptionnels, à posséder et à écouter absolument. Quel dommage que cet album possède Cagey Cretins, faute de quoi, il aurait pu être le meilleur des trois opus...

FACE A
Career Of Evil
Subhuman
Dominance And Submission
ME-262
FACE B
Cagey Cretins
Harvester Of Eyes
Flaming Telepaths
Astronomy