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Seepage from deep, black, brittle experiments which failed and transformations too hard to find. "I was overcome and turned to red". Duster's dust became the sale. Lucifer the Light. A restless motion came to move and then subside. In endless knocking at the door - it's time. Tyranny & Mutation. Tyranny & Mutation.

 Ces quelques lignes obscures sont imprimées dans la pochette intérieure (et dans le livret de la réédition CD) du deuxième album de Blue Öyster Cult, deuxième volet, aussi, de sa trilogie introductive, album sorti en 1973 sous une hypnotique et oppressante pochette designée par celui ayant fait celle du premier album (Gawlik), et sous un titre également assez oppressant, agressif : Tyranny And Mutation. Rien que la pochette donne le ton : un décor hypnotique, rouge, noir et blanc, un sol en damier, une sorte de piédestacle étrange, curieux édifice au centre, et une gigantesque série de cercles noirs et blancs derrière, qu'on imagine en mouvement (au dos, une sorte de champ de périscopes, allusion, sans doute, à la chanson Workshop Of The Telescopes - 'fabrique de téléscopes' - de l'album précédent). Unique album pour lequel le groupe est crédité The Blue Öyster Cult et non pas Blue Öyster Cult, Tyranny And Mutation est encore une fois un disque court (37 minutes, 8 titres), et il prend encore plus son sens en vinyle qu'en CD, car chacune des deux faces porte un titre et un style bien à elle. La face A est appelée The Black, et contient quatre chansons heavy, violentes, musclées, bourrines, ça va vite, fort, brutalement, sans aucun répit, sans même de pause entre les titres. Cette première face est la plus longue des deux avec environ 21/22 minutes. La face B, elle, est appelée The Red, et offre quatre chansons (pour environ 15/16 minutes, c'est nettement plus court) plus recherchées, plus lentes et rock pur, aussi, nettement moins agressives en tout cas. Les deux faces du BÖC, énergie et étrangeté, sont bien là. Tout concourt donc à faire de ce deuxième album, et maillon central de la 'trilogie noire & blanche' (ou trilogie des premiers albums) du groupe, un sommet. Et en effet, cet album est clairement le meilleur du groupe de Long Island ! Groupe qui ne change absolument pas de line-up, à savoir Eric Bloom (chant, guitare), Donald (Buck Dharma) Roeser (guitare), Allen Lanier (guitare, claviers), Joe Bouchard (basse, chant) et Albert Bouchard (batterie).

 

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Photo de pochette intérieure (le visuel de la pochette, en haut, ne s'y trouve pas à la base)

 

Des deux faces/parties de l'album, difficile de dire laquelle est la meilleure. Même si, en fait, la face A est plus appréciable, dans un premier temps, que la B, qui demande plus d'écoutes. On peut d'ailleurs commencer par elle, si vous voulez. Cette face B, la rouge, commence par un Baby Ice Dog co-écrit par Albert Bouchard, Eric Bloom et surtout une jeune poétesse et rock-critic pas encore connue (mais attendez 1975 pour ça...), et qui était, à l'époque, la petite amie d'Allen Lanier et une relation importante du BÖC (elle a trouvé leur nom) : Patti Smith. Baby Ice Dog est une chanson amusante sur une jeune femme insupportable, une vraie teigne, une peste, interprétée par un Eric Bloom qui a apparemment bien apprécié de la chanter (sauf erreur de ma part, les freeze on du final semblent chantés par Albert Bouchard ; en tout cas, ça ressemble à sa voix ; mais il se peut aussi que ça soit Bloom quand même !). Un hurlement de loup sous la lune fait la jonction avec Wings Wetted Down, chanson oppressante et magistrale signée des frangins Bouchard, et chantée par le bassiste, Joe (qui, il en a de la veine, chante deux fois sur l'album). Paroles assez obscures comme souvent avec le BÖC (une des raisons de la fausse et saloparde réputation de néo-fachos que le groupe s'attirera, on les considèrera, comme Magma, comme une secte néo-nazie, ce qui est très con, vu la judéïté de pas mal des membres du BÖC...), qui flirtent avec l'occulte, l'ésotérisme. Flight of black horsemen soar o'er churches, pursued by an army of birds in the rain... Le chant est parfait, nonchalant, sauf dans le refrain où bass-player Joe s'énerve un peu. Solo de guitare assez apocalyptique, ambiance très sombre, crépusculaire, dark fantasy... Ce morceau est un des sommets de l'album, et le sommet de la face rouge (précisons que les étiquettes de face vinyle étaient respectivement noire et rouge, en fonction des faces). On passe à un Teen Archer (chanté par Bloom) assez sympa, répétitif et efficace, mais quand même d'un niveau inférieur à Wings Wetted Down. Certains voient en cette chanson assez répétitive (les couplets sont une bonne preuve) le maillon faible de Tyranny And Mutation ; disons seulement que, sans être moyenne, Teen Archer est, en effet, la moins remarquable des 8 de l'album, mais rien de grave ; et je l'aime vraiment beaucoup ! Je la préfère même aux 5 minutes du final, Mistress Of The Salmon Salt (Quicklime Girl), chanson pourtant phénoménale (mais le refrain m'énerve un peu : And they call her... Quicklime girl...behind her back... avec des Quicklime girl chantonnés par le groupe en choeur) et qui achève l'album sur une note très étrange (paroles, mélodie), du pur BÖC de la grande ère.

 

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Le fameux logo du groupe, Kronos

 

La face A, ou face noire, elle, est d'un autre acabit. Déjà, elle s'ouvre sur un morceau dont le titre est une représentation parfaite de la construction technocratique de l'album, The Red & The Black. Et le plus incroyable, c'est que cette chanson est tout simplement une reprise, sans aucun changement de paroles, d'une des chansons du premier album, I'm On The Lamb But I Ain't No Sheep. Fallait le faire ! Aucun changement de paroles, la chanson parle donc toujours d'un homme qui fuit la police américaine et désire se rendre au Canada, ou bien d'un homme qui fuit le Canada et sa Police Montée vêtue de rouge et noir, pour gagner les USA. Frontenac Château baby, I cross the frontier at ten, got a whip in my hand, baby, and a girl or a husky at leather's end... Musicalement, on en prend plein la gueule dès les premières secondes, la chanson (et l'album) s'ouvrant sur un riff tueur, ou plutôt, des giclées de guitares simultanées que l'on se prend comme une décharge électrique dans les dents. Ambiance de feu, la chanson est sans répit, It's alright, it's alright, it's alright... On passe à la chanson suivante, qui est reliée à The Red & The Black par des sons de synthétiseurs futuristes avant de laisser sèchement la place à un riff bluesy, boogie, et une ambiance très lente et oppressante. O.D.'d On Life Itself (en gros, 'la vie overdosée') est une chanson imparable, mythique, féroce, aux paroles tellement cryptiques qu'elle (la chanson) pourrait aussi bien parler de la fin des temps que de la drogue, tout simplement. La chanson, comme The Red & The Black, est chantée par Bloom. Pareil, aucune pause avant de passer à Hot Rails To Hell, chantée par Joe Bouchard, chanson allant à mille à l'heure et s'ouvrant sur un riff infernal. Le chant de Bouchard est énergique, remarquable, et le refrain (12-7-7 express to Heaven, speedin' along like dynamite...) est le genre de trucs que l'on garde en tête pendant une journée entière ; les 5 minutes 10 de la chanson passent comme un train à grande vitesse, on en redemande. Et c'est là que le génie du BÖC surgit vraiment, car la chanson suivante, la plus longue de l'album (7 minutes), 7 Screaming Diz-Busters, surgit. Et là, c'est vraiment immense et totalement indescriptible, en fait, du monumental riff d'intro à la conclusion proto-disco (le groupe répêtant Lucifer the light, Lucifer the light sur une mélodie assez entêtante), en passant par les multiples soli (claviers, basse, guitare, batterie) centraux... Une chanson culte qui s'impose comme la meilleure de l'album, devant Wings Wetted Down, Mistress Of The Salmon Salt (Quicklime Girl) et O.D.'d On Life Itself.

 

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Tyranny And Mutation est un disque froid, intense, cruel, même : sa violence ne laisse aucun répit sur la face A, et la face B est assez étrange, et certainement pas évidente et pop. Le groupe, considéré comme les Black Sabbath américains (malgré qu'ils ne soient pas aussi clairement 'satanistes' que Black Sabbath, mais plus dans l'ésotérisme), n'est clairement pas un groupe pour fillettes. Une bande de motards cloutés à la musique totalement explosive, mais aussi un groupe de métalleux intellectuels fréquentant Patti Smith, William Burroughs, Michael Moorcock et d'autres écrivains et poètes, un groupe dont les flirts avec l'occulte et les sujets un peu glissants (sur l'album suivant, ME-262 sera sans équivoque) leur causera quelques soucis. Cet album technocratique, apocalyptique, est une réussite absolue. Un an plus tard, le groupe livrera le dernier opus de la trilogie, Secret Treaties, un disque, mais j'y reviendrai demain ou après-demain, moins grandiose, mais tout de même fantastique, du niveau du premier album. Tyranny And Mutation, lui, maillon central de la trilogie, brille de mille feux et semble vraiment le pivot de la trilogie, le plus important, le plus sensationnel des albums du groupe. Oui, leur chef d'oeuvre absolu !

 

FACE A (THE BLACK)
The Red & The Black
O.D.'d On Life Itself
Hot Rails To Hell
7 Screaming Diz-Busters
FACE B (THE RED)
Baby Ice Dog
Wings Wetted Down
Teen Archer
Mistress Of The Salmon Salt (Quicklime Girl)