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 Attention, je vais maintenant vous parler d'un disque franchement important. Il date de 1972 et est le premier album d'un groupe de hard-rock américain considéré comme les Black Sabbath d'outre-Atlantique : Blue Öyster Cult. Ils n'étaient pas aussi sataniques que le Sabbat Noir, mais le Culte de l'Huître Bleue (oui, leur nom signifie ça... et fut trouvé par Patti Smith, petite amie d'un des membres du groupe, et par leurs producteurs Sandy Pearlman et Murray Krugman) était quand même un groupe de durs à cuirs à qui il ne fallait probablement pas chercher des noises. A la base, le groupe s'appelait Soft White Underbelly, et des membres de Blue Öyster Cult, il n'y avait, à l'époque, que le batteur, Albert Bouchard, et le guitariste Donald Roeser. Eric Bloom (chant, guitare) est arrivé pour remplacer leur chanteur, et le groupe a changé de nom, devenant Stalk-Forrest Group. Déjà, Sandy Pearlman était leur manager. Allen Lanier (claviers, guitare) est arrivé, puis Joe Bouchard (basse, frangin d'Albert), et le groupe est alors devenu Blue Öyster Cult, sur une proposition de Patti Smith pour le nom du groupe. Le premier album de Blue Öyster Cult, qui est éponyme (Blue Öyster Cult, donc), est enregistré en octobre 1971 à la Warehouse de New York, et sort en janvier 1972, année extrêmement importante s'il en est (Transformer, Machine Head, Harvest, The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars, Somehing/Anything ?, Roxy Music, Caravanserai, Made In Japan, Foxtrot, Naturally, Exile On Main St.All The Young Dudes ou The Slider sortent cette même année). Lester Bangs, rock-critic très influent officiant alors dans Creem, clame haut et fort le statut d'album essentiel de ce premier opus du BÖC. Un groupe de motards, de Bikers (pas mal d'entre eux en sont, et le groupe a toujours été très apprécié des Hell's Angels et autres confréries de motards chevelus, barbus et teigneux), un groupe de bad boys dont seul Roeser a conservé le surnom que Pearlman leur avait donnés lorsqu'ils étaient encore Stalk-Forrest Group. Albert Bouchard était Prince Omega, Allen Lanier était La Verne... Tous, sauf Roeser, refuseront de continuer d'arborer ces surnoms bizarres compliquant inutilement les choses. Mais Donald Roeser, lui, conservera le sien : Buck Dharma. C'est pour cela qu'il est toujours crédité à Donald (Buck Dharma) Roeser.

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De gauche à droite : Lanier, Bloom, Albert et Joe Bouchard, Roeser

Groupe de teigneux habillés de cuir (sauf Roeser, souvent bien fringué, voir la photo ci-dessus, Roeser est avec les lunettes noires et le costard blanc), le BÖC se taillera, à cause de pas mal de choses, une putain de réputation de néo-nazis, réputation qui finira heureusement par se tailler elle aussi (la preuve la plus ultime donnée par les fans : comment des Juifs, car quasiment tous les membres du groupe, plus leurs managers, sont de cette confession, peuvent-ils être néo-nazis/fachos ?). A cause de leur imagerie, de leur logo (le symbole de Kronos, point d'interrogation inversé se finissant en croix), du tréma sur le O de Öyster, des sujets assez étranges de certaines chansons (Transmaniacon MC parle du festival rock d'Altamont, 1969, au cours duquel, pendant le concert des Rolling Stones, un spectateur black, Meredith Johnson, se fera tuer à coups de couteau par des Hell's Angels défoncés que les Stones avaient recrutés comme agents de sécurité ; mais la chanson, qui parle de couteaux rouillés, de douleur, d'acier - We're pain, steel, a plot of knives - montre l'ensemble vu du côté des Hell's Angels, qui se définissent comme le Motor-Club des Maniaques Associés, en gros. Immense chanson de barbares. Il y à Then Came The Last Days Of May, sublime chanson chantée par Roeser, qui fait penser à du Dire Straits avant l'heure (le son de guitare), et qui parle d'une bande de jeunes en virée automobile, se faisant massacrer par un mystérieux type les croisant sur la route... Ou Screams, chantée par Joe Bouchard, assez crépusculaire, sans parler du monstrueux Cities On Flames With Rock'n'Roll interprété, lui, par Albert Bouchard, chanson monumentale et heavy sous forte influence Black Sabbath (le riff est celui de leur chanson The Wizard de 1969). D'autres chansons parlent de science-fiction (Redeemed, Workshop Of The Telescopes), d'un homme qui fuit la police américaine pour se rendre au Canada (I'm On The Lamb But I Ain't No Sheep, un boogie tenace), de sadomasochisme (She's As Beautiful As A Foot, dont seul le titre est ridicule, la chanson, elle, avec son climat un peu oriental, est fantastique), de drogues et de la vie du groupe (Before The Kiss, A Redcap), de la notoriété à venir (Stairway To The Stars, dont le titre est une allusion cynique à vous-savez-quoi de vous-savez-qui)...

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Couverture du livret CD (à gauche, le verso de pochette, et à droite, le recto)

Ce premier opus, très heavy, mais  aussi très boogie (écoutez l'intro de I'm On The Lamb, But I Ain't No Sheep, c'est, dans le genre, divin, fantastique), est une réussite exemplaire de la part du Blue Öyster Cult. Malgré une durée assez rikiki (dans les 36 minutes ; on a des bonus-tracks sympas sur le CD, mais je n'écoute que rarement les bonus-tracks en général, sauf quand ils sont immenses, et ce n'est pas le cas ici, bien qu'ils ne soient pas honteux) et malgré, aussi, des chansons aux titres assez moyens (She's As Beautiful As A Foot, I'm On The Lamb But I Ain't No Sheep, les deux exemples de l'album), Blue Öyster Cult, sous sa galactique et froide pochette designée par un certain Gawlik (qui fera aussi la pochette de l'album suivant), est une claque, une réussite absolue, remarquablement produite. Chansons cyniques, violentes (Transmaniacon MC), glauques (Screams, Then Came The Last Days Of May), ésotériques (le sabir à la Harlan Ellison de Workshop Of The Telescopes, le délire moorcockien de Redeemed ; à noter que Moorcock, auteur de SF/Fantasy, écrira par la suite pour le groupe), imprégnées de SM (She's As Beautiful As A Foot) et d'oppression (Cities On Flames With Rock'n'Roll, Before The Kiss, A Redcap)... Interprétation, de plus, sensationnelle, que ce soit vocalement (Bloom, Albert et Joe Bouchard, Roeser, chantent super bien) que musicalement (des parties de guitares immenses). Ce premier volet d'une sorte de trilogie appelée 'trilogie noire et blanche', et constituée tout simplement des trois premiers opus du groupe, ce premier volet, donc, n'est pas le sommet absolu (c'est le suivant), mais une réussite majeure (comme le troisième et dernier volet de 1974), pour vous dire le niveau de l'album suivant, qui sortira un an plus tard et apportera tyrannie et mutation...ça sera d'ailleurs son nom ! La suite, bientôt !

FACE A
Transmaniacon MC
I'm On The Lamb But I Ain't No Sheep
Then Came The Last Days Of May
Stairway To The Stars
Before The Kiss, A Redcap
FACE B
Screams
She's As Beautiful As A Foot
Cities On Flames With Rock'n'Roll
Workshop Of The Telescopes
Redeemed