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David Bowie a toujours été un caméléon. Rien que les pochettes en disent long, entre les cheveux longs et bouclés, les cheveux longs et lisses, les cheveux en grande brosse et rouge, les cheveux péroxydés et plaqués, la chevelure noire et plaquée, etc... Y à que la boule a zéro, la chevelure afro et la coifure punk à crête qu'il n'a pas osées faire ! Les tenues, aussi, c'est pas mal, glam ou distingué, ou totalement pop, ou totalement improbable. Musicalement, aussi et surtout, Bowie est un caméléon (qui était camé, Léon, oui, je sais...). Après un premier 'vrai' album très folk psychédélique (Space Oddity) en 1969, Bowie sort, en 1970 (il est indiqué 1972 sur la pochette CD, dans les crédits, mais c'est parce que l'album est sorti en 1972 dans pas mal de pays comme aux USA ; mais il date bel et bien de 1970), ce disque, The Man Who Sold The World. Ce titre d'album (et de chanson) fera sourciller les fans de Nirvana : en effet, la chanson-titre est bel et bien celle que Kurt Cobain et ses p'tits potes ont repris en acoustique en 1993 sur leur fameux MTV Unplugged In New York. Mais ça, je pense que vous le saviez déjà, rassurez-moi, les mecs... Oui, je me disais aussi. L'album (on reparle de Bowie, hein) est sorti sous plusieurs pochettes. Dans la chronique complémentaire de Leslie Barsonsec plus bas, en illustration, vous avez la pochette américaine de 1972, assez moche, avec un cowboy de comic-book et un phylactère vide, devant une belle baraque qui serait, apparemment, une représentation dessinée de l'institut psychiatrique dans lequel Terry, demi-frère schizophrène de Bowie, était alors interné (il se suicidera dans le milieu des années 80). Autre pochette, ci-dessous, pochette anglaise censurant l'originale située en haut d'article). Cette autre pochette anglaise montre un Bowie en pleine période 'Ziggy Stardust', sur fond noir, et date aussi de 1972. Et il y à la pochette située en haut, la vraie, celle de 1970, celle du CD, représentant Bowie en robe d'homme, avachi sur un divan, avec des cartes à jouer au sol, un peu partout, dans un décor assez smart. Cette pochette sera censurée, le fait de voir un mec en tenue féminine, en posture aussi féminine, choquera quelque peu.

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Pochette anglaise de substitution à la première

L'album est aussi étrange que sa pochette. The Man Who Sold The World, premier album de Bowie avec le guitariste Mick Ronson et le batteur Mick 'Woody' Woodmansey (manque plus que le bassiste Trevor Bolder, et les Spiders From Mars seront au complet mais il faudra attendre 1971 et Hunky Dory), est aussi interprété par Tony Visconti (basse, piano, guitare), qui produit, et par Ralph Mace (moog). Bowie tient, en plus du chant (évidemment), la guitare et le saxophone. L'album, en 41 minutes, offre 9 titres, tous signés Bowie seul, et parmi ces 9 titres, pas moins de 4 sont des classiques de Bowie, même s'il ne les interprètera quasiment plus à partir du milieu des années 70. L'album est typique du Bowie de l'époque, pour les textes ; on y trouve pas mal de thèmes qui reviendront sur l'album suivant, Hunky Dory, et, ensuite, disparaîtront : le surhomme selon Nietzsche, la Golden Dawn (société secrète occulte), l'occulte, la magie. Ces thèmes un peu glissants, un peu douteux, Bowie ne les reniera pas, mais tentera quand même de les oublier à partir de 1972, dès que son succès deviendra important, dès qu'il deviendra une star. Mais en 1970, il n'en est clairement pas une, de star, et cet album, ce qui n'est pas étonnant, ne marchera pas fort. Il est même, ce qui est pire, un peu oublié de nos jours. Et c'est dommage, car sans être un grand opus bowien, The Man Who Sold The World offre de grands moments. Bon, il offre aussi des trucs vraiment pas bons, sans doute même plus de mauvaises chansons que sur les albums suivants, mais dans l'ensemble, le bilan n'est pas négatif. Il est plutôt correct, pas positif à 100%, mais, disons, à 65 ou 70%.

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L'album est radicalement différent de Space Oddity (qui était folk) et du futur Hunky Dory (prémices du glam, tout en étant folk). The Man Who Sold The World est un disque, quasiment, de hard-rock. Oui, je sais, venant de Bowie, ça peut étonner, mais c'est le cas : guitares en fusion, énergie, peu de temps morts, si on excepte une ou deux chansons, ce disque est nettement plus rock et musclé que le précédent et le suivant. Ce n'est pas du hard-rock à la Led Zeppelin, mais c'est, clairement, un peu heavy, lourd, par moments. Et comme je l'ai dit, il y à du bon grain et de l'ivraie, ici : 65 à 70% de bon, 30 à 35% de mauvais. On va parler tout de suite de ce qui ne va pas sur l'album, autrement dit, des chansons qui représentent les 30 à 35% restants. D'abord, on a She Shook Me Cold, chanson très bluesy et heavy offrant un long solo de guitare, une chanson qui, probablement, est la moins mauvaise des trois chansons que je trouve mauvaises sur l'album, mais qui, franchement, est trop longue (un peu plus de 4 minutes) et, surtout, longuette. Ce solo interminable et quelque peu prétentieux, histoire de dire je joue super bien, moi dites-donc, z'avez vu ?, ce solo, donc, qui achève le morceau, se répand un peu trop. Un peu de concision aurait été bienvenu, et aurait rendu le morceau plus digeste. Surtout que le morceau se trouve après un Saviour Machine tout simplement calamiteux, une merde absolue, insupportable, énervante au possible, rien à sauver. Enfin, il y à Running Gun Blues, qui est assez moyenne (et ouvrait la face B), mais que, cependant, j'aime assez. GROS problème : Running Gun Blues, Saviour Machine et She Shook Me Cold se suivent, ce qui fait un putain de gros ventre mou pour l'album, comme Leslie le dit plus bas dans sa chronique. Et ça représente environ 12 minutes sur les 41 de l'album. Ce qui, sans être catastrophique, représente quand même un peu moins du quart de l'album, ce n'est pas rien.

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Détails (étiquette vinyle et sous-pochette) de l'édition vinyle américaine dont le visuel de pochette est plus bas

 'reusement, le reste de l'album est d'un tout autre niveau. On a d'abord, en commençant par le moins grandiose de ce qui reste, un Black Country Rock assez sympathique, pas grandiose, justement, mais très agréable, chanson qui parle de Marc Bolan, de T-Rex, qui était originaire d'une région d'Angleterre surnommée le Black Country, car région minière. Gimmick de guitare assez énervant, mais cette chanson est pas mal. Comme After All, chanson très, très, très sombre, triste, désespérée (et pour être honnête, nettement meilleure que Black Country Rock !), dont seul le mantra Oh, by Jingo (qui signifie 'oh mon Dieu') m'enerve, assez horripilant. Mis à part ça, cette chanson est d'une noirceur et tristesse insondables, et c'est, aussi, une pure petite merveille qui, apparemment, influencera pas mal le futur courant gothique ! On a aussi The Supermen, chanson sur le thème du Surhomme cher à Nietzsche, sujet assez douteux, car proche de l'eugénisme, du nazisme, de toutes ces conneries aryennes qui feront Führer dans l'Allemagne de l'entre-deux-guerres. Les paroles sont un peu limite, mais musicalement, ce morceau, avec son gong, ses percussions étranges, ces choeurs également étranges (certains choeurs de Flo & Eddie sur le Electric Warrior de T-Rex, 1971, y ressemblent un peu), musicalement, donc, ce morceau, qui achève l'album, est très original et limite plaisant. Interpellant, en tout cas ! The Man Who Sold The World est une pure merveille, une des meilleures chansons de l'album, inutile de revenir dessus, car elle est devenue la seule chanson vraiment connue de l'album, une des deux raisons (l'autre étant un complétisme de fan) données aujourd'hui pour expliquer l'achat de l'album (je veux dire par là que ceux qui achètent ce disque, généralement, le font soit pour ajouter un disque de Bowie de plus dans leur discothèque, soit parce qu'il contient cette chanson). Puis, on a The Width Of A Circle, 8 minutes qui, en live, dureront souvent le double, et qui, elle, deale avec l'occulte, la Golden Dawn, Crowley, les rituels païens, la sorcellerie, le paganisme, les démons, Satan... Immense chanson, qui ouvre l'album. Et, enfin, comment ne pas citer l'hymne à la folie qu'est All The Madmen, jamais jouée live à l'époque ? Son mantra final (Zane, zane, zane, ouvre le chien) est aussi cintré et inexplicable que magnifique. Une chanson sur la folie, allusion à son demi-frangin cité plus haut, lequel sera aussi le 'héros' d'autres chansons de Bowie (Jump They Say, et surtout The Bewlay Brothers).

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Pour conclure, The Man Who Sold The World est donc un bon disque de Bowie, mais pas un grand cru. On a de grandes chansons, d'autres pas mal, mais pas extraordinaires, et une de vraiment calamiteuse. Le bilan est correct, mais Bowie fera nettement mieux par la suite (si on excepte Diamond Dogs de 1974, sa carrière sera un sans-fautes de 1971 à 1980). Meilleur, cependant, que Space Oddity, The Man Who Sold The World est un disque assez important, le vrai Bowie commence à se dessiner, lentement, attendant d'exploser avec Hunky Dory (premier album parfait) et The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars (premier gros succès commercial et critique). Mais, rien que pour la chanson-titre, All The Madmen, After All, The Width Of A Circle et The Supermen (malgré, pour cette dernière, un sujet douteux), ce disque se doit, vraiment, d'être écouté, et plusieurs fois ! J'avoue qu'avant, je l'aimais moins (j'aimais pas du tout The Supermen et Black Country Rock en plus de celles que j'ai décrites comme moyennes ou mauvaises), mais j'ai appris à l'apprécier pour ce qu'il est : un bon petit Bowie !

Et comme c'est Noël avant l'heure, moi, Leslie Barsonsec, j'ai décidé d'en rajouter une couche ! On vous gâte mes chéris, hein ? (enfin, c'est pas sûr...)

Yeah Baby ! Dead on it ! Contrairement à Clash, je ne trouve pas que cet album soit si dispersé que ça. J'y trouve deux orientations bien distinctes : d'un côté des compos aux remugles psychés plus ou moins bien digérés, et de l'autre l'affirmation d'une identité HARD-ROCK ! Quoi ? Cette taffiole l'a joué soudard de première le temps d'un album ?

Je veux mon neveu ! Avec l'arrivée déterminante de Mick Ronson, Bowie serait comme une Formule 1 qui aurait changé son mulet  pour un moteur Ferarri dopé à l'EPO 3e génération ! Ce Mick a planté son taf de jardinier dans sa bonne ville de Hull pour rejoindre un chanteur encore stagnant à l'étage "espoir à confirmer". Il avait fait ses armes au sein de formations typiquement british blues à la Cream. D'où cette obsession chez lui pour le mirifique Jeff Beck dont l'influence suinte à travers les albums de Bowie jusqu'à "Pin Ups".

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Pochette U.S. d'époque

Ronson va transformer le folkeux incertain en rock-star de l'ère atomique, apportant sa science inégalable de l'arrangement de cordes soyeux et du putain de solo de gratte cradoque et élégant. Il est si dévoué qu'il loge dans la maison des Bowie sur un matelas posé à même le sol : un véritable soldat de première...

En attendant l'arrivée de Trevor Bolder, Tony Visconti tient la basse avant de partir bâtir le "T-Rex sound" avec Bolan. Et ce disque resonne comme une déclaration de guerre : les seventies sont les années de plomb ? Ben on va se mettre au diapason... La lourdeur inédite de ce disque (à l'échelle bowienne s'entend...) est renforcée par la consommation gargantuesque de haschich par Bowie (il passera vite à des abus de drogues plus "rapides"...)

La nervosité contenue et viscérale des guitares de Ronson s'exprime dès le premier morceau de l'album, "The Width Of A Circle". Futur tour de force scénique, il s'agit d'un chef-d'oeuvre qui mèle pèle-mèle hard-rock, homosexualité (références au cuir...), dans huit minutes de délire chabraque. Très très fort...

"All The Madmen" inaugure quant à lui les chansons sur la maldie mentale chez Bowie. On a parfois l'impression d'entendre son demi-frère Terry à sa place. Ce morceau glace les sangs, malgré un final assez neuneu dèja cité par Clash et un synthé légérement "envahissant". Ironiquement, Bowie ne jouera ce coup de maître sur scène que sur le désastreux "Glass Spider Tour" de 1987... Parlez d'un gâchis !

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"Black Country Rock" laisse transparaitre l'avenir de Bowie au détour d'un refrain pailletté et mélancolique. Mais franchement, ça pisse pas plus loin que ça... Beaucoup plus intéressante est la chanson suivante, "After All", désesperée et nihiliste. La bande-son parfaite pour se suicider ! La douleur contenue dans le timbre de Bowie est très touchante, et malheureusement ce morceau très intéressant est également on ne peut plus méconnu...

On arrive alors dans le ventre mou de l'album avec des tentatives hard relativement hagardes. "Running Gun Blues" est anecdotique, "Saviour Machine" est tout bonnement ridicule et inutile, à peine digne d'une face B d'Atomic Rooster... Beaucoup plus sympa est "She Shook Me Cold", la plus réussie de ces tentatives hard. Elle est lourde comme il faut, la voix est parfaite, pour pinailler ça manque un peu de mélodie... Mais faut savoir ce qu'on veut !

Je ne reviens pas sur le morceau-titre que même les béotiens de Bowie connaissent...même s'ils n'ont jamais ouï l'original, pour mieux m'attarder sur le final éblouissant de cet album à part. "The Supermen" est un de mes morceaux favoris du Bowie première période. Bien que le message nietzschéen fasse sourire aujourd'hui, le reste est de première bourre. Roulements de batterie, guitares parfaites, voix éraillée et déclamatoire... Un pur bijou angoissant et malgré tout furieusement mélodique !

Bref, un album bien de son époque qui mérite beaucoup mieux que l'anonymat dans lequel Ziggy l'a plongé ! Et ce, malgré d'évidentes faiblesses.

FACE A

The Width Of A Circle

All The Madmen

Black Country Rock

After All

FACE B

Running Gun Blues

Saviour Machine

She Shook Me Cold

The Man Who Sold The World

The Supermen