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  Il est temps pour moi de reparler ici d'un album que j'avais déjà abordé ici il y à de cela deux ans environ (le grand nombre de commentaires en bas d'article en est la preuve ; je les laisse, même s'ils font allusion à l'ancienne chronique, désormais virée et remplacée par celle-ci). Cet album date de 1973 et s'appelle Aladdin Sane. C'est un des albums majeurs de David Bowie, et il a été enregistré pendant la tournée américaine de Bowie. Tournée promotionnelle de son The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars de 1972, mythique album que j'ai abordé ici (en nouvelle chronique) il y à peu. Cet album (on reparle d'Aladdin Sane), Bowie l'a décrit, dès le départ, comme une sorte de carnet de route de Ziggy découvrant les USA. Le personnel autour de Bowie n'a pas changé, ce sont ses Spiders From Mars (Mick Ronson : guitare, claviers, choeurs ; Trevor Bolder : basse ; Mick 'Woody' Woodmansey : batterie), avec, cependant, un nouvel arrivant, le pianiste Mike Garson. On a aussi Ken Fordham (saxophone, flûte) et trois choristes, G.A. MacCormack, Juanita 'Honey' Franklin et Linda Lewis. Bowie tient la guitare, le saxophone et l'harmonica. L'album a été enregistré en partie à Nashville, et en partie, aussi, à Londres, et produit par Bowie et Ken Scott. Il aligne 41 minutes pour 10 titres, dont une reprise des Rolling Stones, Let's Spend The Night Together, que Bowie a clairement fait sienne, en n'hésitant pas à modifier un peu les paroles (Do it, let's make love ne se trouvait clairement pas dans les paroles de la chanson des Stones, qui date de 1967 !).

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Aladdin Sane est comme qui dirait un disque culte. Même un néophyte en Bowie, quelqu'un qui ne s'y connaît pas du tout en Bowie, en regardant la pochette de ce disque, se dira qu'il a devant les yeux un album hors du commun. Pour parler de cette pochette, il est vrai qu'elle est une des plus belles et incroyables de la discographie de l'Anglais. Fond blanc aveuglant, avec un Bowie torse nu, arborant sa fameuse chevelure flamboyante et montante, la coiffure de Ziggy (qu'il arborera jusqu'à Diamond Dogs - 1974 - inclus). Avec, aussi, ce maquillage grandiose, cet éclair rouge cerné de bleu qui lui traverse la partie droite du faciès. Ces yeux fermés, tête légèrement inclinée vers le bas, et teint rosâtre (maquillage, encore). Peau, sinon, blanche, et une sorte de trace gélatineuse douteuse sur la poitrine, dont on se demande bien de quoi il peut s'agir (du foutre ? allons...). Au verso, c'est ni plus ni moins que le tracé de la silhouette bowienne, creuse, avec le tracklisting dedans (voir ci-dessous). Ensuite, le titre de l'album, un jeu de mots sur "A lad insane" ('un mec fou') et "Aladdin Sane" ('Aladdin sain d'esprit'). Un titre qui, franchement, s'impose comme un des meilleurs titres d'albums de Bowie avec Hunky Dory. Musicalement, ensuite, cet album aligne quelques unes des chansons les plus emblématiques de David Bowie : The Jean Genie, Aladdin Sane (1913 - 1938 - 197?), Lady Grinning Soul, Drive-In Saturday, Watch That Man, du lourd, du lourd, mes amis...

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Verso de pochette

Oui, Aladdin Sane est un disque culte. Un album que tout fan de Bowie possède chez lui, en un ou deux exemplaires (au moins le CD, peut-être aussi le vinyle, peut-être aussi l'édition collector), faute de quoi, désolé, mais il n'est pas fan de Bowie, juste quelqu'un aimant bien l'artiste. Aladdin Sane, aussi, et surtout, c'est un des intouchables bowiens, selon à peu près tout le monde. Et ça, en revanche, ça me fait un peu chier, car si j'aime énormément cet album, l'ayant réécouté de plus très dernièrement et l'écoutant, de toute façon, assez souvent, il ne me semble pas si intouchable que ça. Pour être clair, Aladdin Sane est un disque culte et essentiel, mais aussi un peu inégal. Oui, je vais oser critiquer quelque peu ce disque (ce que j'avais de toute façon fait dans l'ancienne chronique : mon opinion sur l'album a légèrement évolué dans la balance, côté positif, mais si vous vous souvenez de mon ancienne chronique, vous ne serez pas dépaysés par celle-ci), quitte à me faire enguirlander par la suite ! L'album est très bon, ça c'est certain, mais il ne l'est pas autant que The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars, et il n'est pas non plus supérieur à Hunky Dory. Si je devais établir un Top 5 des meilleurs albums de Bowie, probable qu'Aladdin Sane s'y trouverait, mais en queue de classement ; mais, plus probable, il se trouverait en sixième position, en fait ! L'album aligne quelques superbes chansons, mais aussi des chansons nettement inférieures.

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Déjà, cette reprise stonienne citée plus haut, Let's Spend The Night Together, qui, franchement, est la chanson la moins réussie des 10 de l'album. Une reprise glam grasse, sans finesse. Sans finesse, c'est un peu ce que l'on peut reprocher à la majeure partie de l'album : les guitares sont saturées, c'est nettement moins subtil que sur le précédent opus. Pas sur tous les titres, mais sur la majorité d'entre eux. Par exemple, Watch That Man, qui ouvre le bal, et qui sera critiqué pour son mix franchement étouffant, on entend parfois difficilement la voix de Bowie (qui, de plus, chante assez énergiquement, pour vous dire !), entre la guitare bien grasse et les cuivres très présents, plus les choeurs féminins très présents eux aussi, envahissants, en fait... Ce morceau représente bien le côté pompeux, trop riche, de l'album, du moins les chansons rock de l'album : assez efficace, mais assez écoeurant à la longue, comme un gros gâteau avec de la crème, des fruits, du chocolat, de la chantilly, de la gelée, de la meringue, etc...

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Cracked Actor (chanson très salace sur une groupie à qui une star dévoyée exige pas mal de trucs sexuels, Suck baby suck, give me your head) et The Jean Genie, malgré que cette dernière soit immense (avec un riff bluesy basé sur le I'm A Man de Bo Diddley et La Fille Du Père Noël de Dutronc, et un titre de chanson inspiré par l'écrivain Jean Genet, idole des gays et loubards), sont deux autres chansons aussi riches et limite écoeurantes, trop produites, trop grasses. Du glam sans subtilité. Heureusement, le reste de l'album est plus subtil. Pas forcément meilleur, car dans les chansons calmes, on en a deux qui ne sont pas extraordinaires non plus, The Prettiest Star et Drive-In Saturday (la première est très précieuse comme la star de son titre, et ses choeurs saoûlent un peu, et la deuxième est un slow pour ménagères qui anticipe le futur Rock'n'Roll With Me de l'année suivante, et est dégoulinant de sucre et de mièvrerie, malgré un excellent final).

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Mais le reste du reste, rien à dire, c'est superbe : Panic In Detroit, une chanson assez énergique mais pas trop 'riche', est une petite réussite au riff bien efficace. Time est une chanson assez cabaret, à multiples facettes, sur laquelle Bowie est en grande forme ; et il y à les deux sommets de l'album. Lady Grinning Soul, chanson finale dédiée à Claudia Lennear (une chanteuse/choriste), est envoûtante, sublime, touchante, totalement hors de ce monde, bercée par un piano cristallin de Garson. Et au sujet de Garson, son solo de piano free sur Aladdin Sane (1913 - 1938 - 197?) est également hors du temps, hors de ce monde. Parfait. My(s)t(h)ique. Comme l'intégralité de cette chanson vaporeuse, sinueuse, tétanisante de beauté, dont le sous-titre est une allusion aux années précédant les deux premières guerre mondiales et au fait que, selon Bowie, la troisième guerre mondiale éclaterait dans les années 70 (heureusement, ce n'est pas arrivé). Cette chanson-titre est le sommet de l'album, et son deuxième sommet est donc Lady Grinning Soul. J'ai envie de dire que rien que pour ces deux chansons, Aladdin Sane se doit d'être acheté. Et comme The Jean Genie, Panic In Detroit et Time sont également sensationnels, ça fait la moitié de l'album (et en terme de timing, 22 minutes sur 41) de grandiose.

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Ce n'est pas le sommet absolu de Bowie pour moi, vous l'aurez compris, c'est même un disque inégal et un peu trop bourrin dans ses moments énergiques, mais quand Aladdin Sane est bon, il l'est vraiment. Ce n'est pas un disque allant dans la demi-mesure,  c'est soit grandiose, soit un peu moyen (mais rien de mauvais non plus, excepté peut-être la reprise des Cailloux), et en cela, il est inférieur à ...Ziggy Stardust..., qui offrait certes une paire de chansons un peu moyennes (Star et Hang On To Yourself), mais est plus cohérent et, surtout, remarquable. Aladdin Sane est quand même un disque important, crucial même, et s'il est inégal et un peu exagéré, il n'en demeure pas moins un disque à posséder absolument dans sa discothèque. Un essentiel bowien, un essentiel du glam, un essentiel du rock tout court. Ce fut mon premier Bowie, de plus. Personnellement, j'aurais tant aimé que ce disque soit plus parfait, mais c'est sans doute moi qui chipote un peu en critiquant The Prettiest Star, Cracked Actor et Watch That Man (que j'aime quand même beaucoup, pour cette dernière) ! Un jour, sans doute, je classerai Aladdin Sane plus haut dans le Top 5 de Bowie, mais en attendant, 5ème ou 6ème, c'est pas mal non plus, et, je le redis une dernière fois, j'aime énormément cet album quand même. C'est un peu comme pour Physical Graffiti de Led Zeppelin : je l'adore, je l'écoute souvent, mais ce n'est pas non plus un sommet, il n'est pas parfait, il est un peu surestimé...mais il est à écouter quand même, clairement !

      FACE A

Watch That Man

Aladdin Sane (1913 - 1938 - 197?)

Drive-In Saturday

Panic In Detroit

Cracked Actor

FACE B

Time

The Prettiest Star

Let's Spend The Night Together

The Jean Genie

Lady Grinning Soul