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Ce live est le premier de Paul McCartney. Par la suite, il y en aura d'autres (en 1990, 1994, 2002, 2009, sans compter un live acoustique en 1991 et les DVD/BR live), mais rien que parce que c'est le premier, et le seul de sa période Wings, celui-ci, triple à sa sortie et depuis double CD, tient une place de choix dans le coeur des fans (fans qui ont appris le 20 juin dernier que début septembre, Paulo allait nous offrir un nouvel album studio de chansons, Egypt Station, et mortecouille, j'ai une de ces hâtes d'être au 7 septembre, les mecs, que ça en devient insoutenable ; j'ai même pas voulu écouter les deux extraits offerts - deux chansons - afin de tout découvrir d'un coup, oui, je suis un peu con, mais c'est comme ça). Il s'appelle Wings Over America, était commercialisé dans une épaisse pochette ouvrante (en deux pans, pas en trois ou quatre pans malgré qu'il s'agisse d'un triple album ; mais chaque pan permettait de glisser deux disques pour l'un, et un disque et un poster pour l'autre) représentant une carlingue d'avion sur l'extérieur, et une assez horrible représentation dessinée/peinte du groupe sur scène dans l'intérieur. Avec un poster, donc, que je n'ai hélas pas, et qui n'a pas été reproduit dans le boîtier de la réédition CD de 2013. Pas grave pour le poster (que je propose en illustration plus bas dans l'article), les trois disques sont là, bien là, en état aussi impeccable qu'une rame de papier encore emballée.

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Intérieur de pochette

Quand Macca et ses Ailes ont sorti ce live, fin 1976 (il va hanter les charts tout du long de 1977, la version live de Maybe I'm Amazed va cartonner et sortira en single, contrairement à la version studio initiale de 1970), ça faisait 10 ans que Paulo n'avait pas chanté la moindre chanson des Beatles en live. Au cours de la tournée américaine des Wings (qui sera aussi l'occasion, pour Macca, de refaire des concerts aux USA, les tournées précédentes des Wings avaient été européennes), il en interprétera cinq, des chansons des Beatles, à la grande joie des spectateurs qui attendaient ça avec impatience. Ce triple live (mixé à partir d'un nombre très conséquent de bandes sonores de différents concerts) proposant l'équivalent de l'intégralité d'un concert des Wings, on a ici ces cinq chansons, toutes étaient, à l'époque, de celles que Macca interprétait au sein des Beatles. Bien des années plus tard, Macca se prendra au jeu de reprendre des chansons des Beatles qui étaient interprétées par Lennon (mais au final, peu), comme A Hard Day's Night. Ici, comme ça sera le cas dans le reste de ses tournées futures, ce ne sont que des chansons qu'il avait chantées. En l'occurrence, Lady Madonna, The Long And Winding Road et, le temps d'un mini-set acoustique occupant toute la face C, I've Just Seen A Face, Blackbird et Yesterday. Chose qui n'est absolument pas anodine et entraînera des engueulades avec Lennon : McCartney a inversé le crédit d'auteur sur ces titres, ce n'est plus Lennon/McCartney, mais McCartney/Lennon. Histoire de faire chier Beatle John, probablement ! Et aussi de rappeler que c'est lui qui les chantait, et les a écrites, en grande partie si ce n'est en totalité (Yesterday, Blackbird). Il y à quelques années, Macca a demandé à Yoko pour que Yesterday soit uniquement créditée à son nom, rien que cette chanson, mais la Nipponne ni mauvaise (je l'ai déjà faite, celle-là, et il y à peu de temps, mais pas grave) a refusé. Salope.

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Poster

Inutile de dire que ces cinq chansons beatlesiennes, au cours de ces concerts, vont être acclamées comme le discours de Gettysburg. Il suffit de voir le film musical Rockshow, filmé durant la tournée et sorti en 1980 (et en DVD et Blu-ray, après des années d'attente fébrile, en 2013), pour juger de l'ampleur de la réaction du public. Un gosse devant ses jouets de Noël qui découvre qu'il a eu plus de cadeaux que prévu cette année-là. Cinq cadeaux en plus, précisément ! Le live, dans sa totalité, est démentiel, il bute son voisin de palier en tenue de camouflage, le son est génial, la setlist est ahurissante et fait la part belle à Venus And Mars. Le petit dernier du groupe à l'époque, Wings At The Speed Of Sound, est aussi bien représenté : la face E, dans sa totalité, n'offre que des titres de cet album, quatre précisément, et non des moindres : Let 'Em In (avec Laine en tambour-major), Time To Hide (un des quatre showcases de Denny Laine au cours du concert), Silly Love Songs et un Beware My Love monumental. Le concert démarre par un Venus And Mars/Rock Show/Jet de 11 minutes, je ne sais pas trop pourquoi Jet a été inclus dans la plage audio des deux autres titres (qui sont, eux, indissociables), sans doute parce qu'il démarre immédiatement après Rock Show, sans pause. La performance est hallucinante, Macca est en forme et prend, ça s'entend, un plaisir de dingue à être sur scène. Tout du long du concert, il tiendra la basse, ou le piano (face B), une guitare acoustique (face C), à nouveau la basse. Après un Let Me Roll It génial et lennonien, Spirits Of Ancient Egypt permet à Laine de chanter seul (enfin, Macca est là dans les refrains) une chanson. Medicine Jar, qui achève la face A, est, elle, l'unique showcase du guitariste Jimmy McCulloch, la seule chanson qu'il interprète durant le show. Il s'éclate, ça s'entend. Face B, Maybe I' Amazed, dans une version à tomber du haut de la falaise d'Etretat et à s'empaler sur l'Aiguille. Cette version live sortira en single et cartonnera sa mère. Un Call Me Back Again bien soul/jazz (les cuivres dirigés par Howie Casey et Tony Dorsey) avant une première salve beatlesienne via Lady Madonna et The Long And Winding Road. L'émotion est là, on la touche du doigt. Live And Let Die, dont les effets lumineux stroboscopiques sont tels que sur le DVD, un avertissement pour épileptiques est inséré avant le programme, achève une face B résolument magnifique.

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La face C, très courte (un petit quart d'heure ; notons que la face D est presque aussi courte, le second disque fait à peine une demi-heure, et le live en entier, un petit peu moins de deux heures), est cependant celle qui offre le plus de titres, six en tout. C'est la face unplugged du show, un régal absolu qui démarre par un Picasso's Last Words (Drink To Me) court (toute la deuxième partie, avec ses bribes d'autres morceaux et ses inserts de voix en français, manque à l'appel, étant impossible à jouer en live) mais génial. Sauf erreur de ma part, Macca ne jouera plus ce morceau en live par la suite, une fois la tournée finie. Lui et Laine s'amusent à parlotter un peu en français (on cite Françoise Hardy, Dutronc aussi il me semble, et Georges Pompidou, toujours tout baigne). Sans pause, Richard Cory, reprise de Simon & Garfunkel, interprétée par Laine, déboule. Choix étrange que cette chanson sur un businessman qui finit par se suicider après un fiasco commercial, mais cette interprétation est éblouissante. Je ne sais pas trop ce que Laine dit à la fin du premier refrain (au lieu de chanter I wish that I could be Richard Cory, il cite un autre nom, qui entraîne une réaction amusée du public, mais quel nom, je n'ai jamais bien entendu) mais ça fait son petit effet. Bluebird, sublime en acoustique (déjà qu'en version studio, c'est beau...), suit. Puis la deuxième et dernière salve beatlesienne : I've Just Seen A Face (choix étonnant mais intéressant), Blackbird et Yesterday, on est à la messe, le public glapit de bonheur avant de laisser le silence se faire le temps du morceau. Les applaudissements à la fin de Yesterday, qui achève la face C et le premier CD, semblent durer une semaine tellement ils sont soutenus. La face D, qui est indéniablement celle qui me plaît le moins ici malgré qu'elle ne soit pas moins bonne que le reste, démarre par You Gave Me The Answer, petite bluette à l'ancienne comme Macca en met souvent sur ses disques. Magneto And Titanium Man suit, comme sur Venus And Mars, petite chanson pop aux paroles très connes (Then it occured to me : you couldn't be bad, Magneto was mad, Titanium too !), pas ma préférée du Mac, mais sympa. Laine s'offre son troisième moment en solo : il reprend une chanson des Moody Blues de quand il faisait partie du groupe, Go Now. Très belle chanson. En 1979, au cours de la dernière tournée des Wings, il la chantait toujours. My Love, hommage de Paul à Linda, est cette splendeur qui fait toujours son petit effet, rien à dire. De même que le tube Listen To What The Man Said qui achève la face D, ultra génial. 

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Comme je l'ai dit plus haut (bah, va vérifier si tu ne me crois pas, hé patate), la face E, ou face 5 pour les intimes, est entièrement consacrée à Wings Of The Speed Of Sound, via quatre morceaux que j'ai cités plus haut et que je vais reciter parce que c'est offert avec la chronique. Let 'Em In, superbe chanson pop dans laquelle Macca parle de sa famille, est agrémentée d'une partie de tambour-major jouée par un Laine qui, on le voit dans Rockshow, est en tenue de soldat napoléonien. Time To Hide lui permet de chanter seul pour la dernière fois du show, excellente. Silly Love Songs est un petit chef d'oeuvre de pop sucrée et décomplexée. Beware My Love est une chanson géniale et assez heavy, qui achève parfaitement la face. On passe à la F sans traîner, car je suis garé en double file. Elle est probablement ma préférée de l'ensemble et s'ouvre sur une version démentielle du génial, sombre (et dont le single ne marchera pas des masses) Letting Go. Band On The Run suit, et bon, tout a déjà été dit sur la chanson ce mini-opéra en trois temps est une tuerie des familles, un truc de dingue qui, ici, en live, comme toujours avec Macca d'ailleurs, est un régal du début à la fin. Le rigolo et très simpliste Hi, Hi, Hi de 1972 (single interdit à la BBC car suspecté de posséder des paroles obscènes) suit après un petit temps de silence, une sorte de rappel. Et en final (ça sera la face B du single Maybe I'm Amazed), une chanson monumentale et très heavy, datant des sessions de Red Rose Speedway mais jamais sortie en version studio, Soily. Monstrueux. Une manière absolument titanesque de finir un live qui, même sans ça, entre dans la légende des albums live. Wings Over America est une claque du début à la fin, seul son artwork est, à la rigueur, sujet à reproches (un visuel extérieur sympa mais un peu paresseux, un visuel interne franchement pas terrible - l'illustration...les tronches de McCulloch, Laine et Linda sont à tomber tellement elles sont foirées). Sinon, ce triple live est tout simplement quintessentiel, et son succès sera, on s'en doute (et malgré son prix sans doute élevé), pharaonique. On ne peut pas vraiment s'en douter à l'époque, mais une page de l'histoire des Wings est sur le point de se tourner... J'en reparle bientôt. 

FACE A

Venus And Mars/Rock Show/Jet

Let Me Roll It

Spirits Of Ancient Egypt

Medicine Jar

FACE B

Maybe I'm Amazed

Call Me Back Again

Lady Madonna

The Long And Winding Road

Live And Let Die

FACE C

Picasso's Last Words (Drink To Me)

Richard Cory

Bluebird

I've Just Seen A Face

Blackbird

Yesterday

FACE D

You Gave Me The Answer

Magneto And Titanium Man

Go Now

My Love

Listen To What The Man Said

FACE E

Let Em In

Time To Hide

Silly Love Songs

Beware My Love

FACE F

Letting Go

Band On The Run

Hi, Hi, Hi

Soily