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En 1986, les Pixies se sont formés, à Boston. On ne va pas revenir sur l'incroyable destin de ce petit groupe de rock alternatif et indépendant (ils n'ont jamais signé sur une major, sont restés sur des petits labels : 4AD, puis PIAS via leur propre label PixiesMusic), rapidement devenus cultes en Europe, mais n'ayant jamais vraiment réussi à percer dans leur propre pays (malgré que Kurt Cobain avouera par la suite avoir voulu leur rendre hommage via Smells Like Teen Spirit, selon lui un mélange entre le More Than A Feeling de Boston et le Where Is My Mind ? des Pixies). Le premier effort discographique des Farfadets remonte à 1987, c'est un EP d'une vingtaine de minutes, Come On Pilgrim, un disque frustrant comme tout EP, mais recelant de vraies merveilles. Un an plus tard, le groupe sortira son premier album longue durée (il ne dure, cependant, que 33 minutes... pour 13 titres !), album qui, en CD, propose aussi, en final, l'intégralité de Come On Pilgrim, pour le même prix (un prix, bien souvent, compétitif, les albums des Pixies étant du genre à être vendus à 7 € pièce à peu près toute l'année). Ce premier album s'appelle Surfer Rosa, et sa pochette, designée par Simon Larbalestier, représente une danseuse de flameco seins nus, devant un mur orné d'un crucifix et d'un poster déchiré, photo en noir & blanc très lynchien, crasseux. Toute l'imagerie des Pixies est de cet ordre. Ca participe totalement à l'atmosphère des albums, remplis de chansons, comment dire, heu...étranges ?

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Long en réalité de 14 titres (le 11ème, jamais crédité, est un morceau caché très court et non musical, des bribes de conversations en studio ; le CD Surfer Rosa & Come On Pilgrim contient en réalité 22 titres, et à partir du 11ème crédité sur la pochette, il y à un décalage), Surfer Rosa a été produit par Steve Albini (qui produira notamment le In Utero de Nirvana en 1993 ; Cobain l'engagera justement parce que Surfer Rosa a été une grosse influence, selon lui, sur Nirvana, et qu'il voulait un peu retrouver le son de cet album, en version grunge). Violent et mélodique en même temps, l'album aligne des morceaux souvent très courts (le plus long, Vamos, version alternative d'un titre de Come On Pilgrim, dure 4,20 minutes, et c'est le seul morceau qui atteint les 4 minutes, même si Gigantic s'en approche quand même). Certains sont de la pure bestialité proto-grunge, Bone Machine, Break My Body, River Euphrates ; d'autres, comme Gigantic interprété par Kim Deal (la bassiste, encore créditée Mrs. John Murphy, car mariée à un John Murphy), sont très mélodiques, Gigantic aurait très bien pu être un tube et passer à la radio. Where Is My Mind ?, très culte (et encore plus depuis qu'en 1999, David Fincher l'ait utilisé pour le final de son génial Fight Club), avec son riff génial, passe, elle, encore à la radio de temps en temps, et bon Dieu, ça fait toujours autant de bien de l'écouter. Cactus, qui sera reprise par Bowie (qui fera remplacer, dans les paroles, le passage P, I, X, I, E, S des choeurs du milieu de la chanson par D, A, V, I, D, évidemment !), est aussi trépidant que bizarre. Bloody your hands on a cactus tree, wipe it on your dress and send it to me ('écorche-toi les mains sur un cactus, essuie-les sur ta robe et envoie-la moi')...

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Complètement dingue, ce disque qui passe trop vite est un des meilleurs premiers albums qui soient. Le groupe parviendra cependant à dépasser totalement ce Surfer Rosa sensationnel (impossible de se passer de Oh My Golly !, Vamos, Cactus, River Euphrates, Break My Body, Gigantic, Where Is My Mind ?, bref, de tout le disque...) avec leurs deux albums suivants, Doolittle et Bossanova. Mais de toute façon, toute la discographie du groupe, y compris les deux derniers opus Indie Cindy et Head Carrier (2014 et 2016), est radicalement indispensable. On trouve ici du rock alternatif bien ravagé, aux paroles cintrées, aux thèmes bizarres (sexe, religion...), au chant totalement habité, des morceaux à la fois très mélodiques et fortement brutaux, avec des guitares tronçonneuses, des hurlements intempestifs...mais aussi des choeurs sublimes et délicats, une basse inoubliable, des accords parfaits. Magnifiquement produit par Albini, ce premier LP du groupe est tout aussi essentiel que l'EP précédent et les albums suivants, et si vous aimez le rock alternatif sans avoir écouté ça au moins une fois, vous ne savez pas ce que vous avez, jusqu'à présent, loupé !

FACE A

Bone Machine

Break My Body

Something Against You

Broken Face

Gigantic

River Euphrates

FACE B

Where Is My Mind ?

Cactus

Tony's Theme

Oh My Golly !

[Untitled Track]

Vamos

I'm Amazed

Brick Is Red