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 Reformé en 1981, King Crimson s'arrêtera encore une fois, en 1985. Entre temps, un an plus tôt, en 1984 donc, le groupe sortira, toujours sous le même line-up depuis 1981 (Fripp, Belew, Levin, Bruford), et cette fois-ci en produisant l'album tout seul (Discipline de 1981 était coproduit avec Rhett Davies, et Beat de 1982, produit par Davies seul). Three Of A Perfect Pair est le troisième volet de leur trilogie pop progressive dont les deux albums que je viens de citer sont les précédents opus. Comme le précédent opus, il est sorti sous une pochette immonde (et, ici, jaune), et sera très très, mais alors très mal accueilli par la presse, voir les coupures de presse d'époque dans le livret (que je n'ose citer ici, tant elles sont, dans l'ensemble, méchantes et salopes ; en tout cas, Fripp n'a pas eu peur de les reproduire dans le livret, et ça fait très honnête, tout ça). Sous cette pochette horriblement rebutante et représentant je ne sais pas trop quoi (et je n'ai pas spécialement envie de le savoir), Three Of A Perfect Pair est considéré, pr KingStalker dans sa chronique ci-dessous, de version années 80 de Starless And Bible Black, l'album expérimental que le Pourpre a sorti 10 ans plus tôt. Oui, si on veut. En tout cas, ce dernier opus de la trilogie pop progressive, ou trilogie des années 80, ou trilogie des couleurs (allusion aux pochettes monochromes), est clairement le moins évident des trois, le plus recherché et difficile d'accès. Pas le meilleur de la trilogie, mais, sincèrement, il est nettement supérieur à Beat !

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Three Of A Perfect Pair, qui dure dans les 42 minutes pour 9 titres (on a aussi 6 bonus-tracks peu intéressants sur le CD, c'est l'album du Pourpre possédant le plus de bonus-tracks parmi le peu qui en ont), possède, comme il est indiqué sur sa pochette et au dos du CD, deux faces, ce qui, pour le moment, est tout à fait normal. La première face est surnommée Left Side ('face de gauche'), et la face B, Right Side ('face de droite'). Fripp, dans des interviews données au moment de la sortie de l'album, ira plus loin en précisant que la face A est accessible, tandis que la face B est 'excessive', complexe. En effet : la première face de l'album offre cinq titres, dont quatre chansons franchement pop, très réussies. Par exemple, Man With An Open Heart, chansonnette pop sautillante sur laquelle Belew reprend son imitation (très réussie, ici) de David Byrne (chanteur des Talking Heads), qu'il avait abandonnée depuis Discipline (1981). Les vocalises (ah-ah-ah-ah-aaaah-ah...) du refrain sont totalement talkingheadiennes. Three Of A Perfect Pair, Model Man et Sleepless sont moins dans cet esprit, parfois sombres (Sleepless, immense chanson dont le clip d'époque est très caricatural, bien dans l'esprit 'années 80'), parfois légères (Model Man). La face A se termine sur l'instrumental Nuages (That Will Passes, Passes Like Clouds) qui, dans un sens, prépare un peu à la face B. Ce dernier morceau de la face A est assez recherché, atmosphérique, pas totalement crimsonien, mais certainement pas pop. Déjà, on sent la fracture (allusion au monumental dernier titre de Starless And Bible Black) entre les deux faces de Three Of A Perfect Pair. Cette face B, la face de droite et excessive, souvre sur un instrumental assez implacable, Industry, qui porte bien son titre et est le morceau le plus long de l'album avec 7 minutes. Industry est une sorte de pièce sonore, pas très musicale, constituée de son assez space, faisant penser à des martèlements de machines industrielles, dans une usine. Un morceau assez oppressant, franchement réussi même s'il est un peu long et que les premières écoutes seront ardues (je n'ai pas apprécié l'abum dans un premier temps).

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Belew dans le clip de Sleepless

On a ensuite la dernière chanson de l'album, Dig Me (dont le titre signifie aussi bien 'apprécie-moi' que 'enterre-moi'), morceau assez space, aussi (mais la face B en totalité mérite ce terme), et sur laquelle Adrian Belew utilise une sorte de vocoder ou je ne sais trop quoi, pour déformer sa voix, la rendre quasiment inhumaine. Dans les couplets, entre deux riffs assez minimalistes et efficaces. Les refrains, peu nombreux (seulement deux, je crois), sont, eux, assez pop, et remarquables. Apparemment, la chanson parle d'une voiture, et c'est d'ailleurs la voiture qui parle. Dig me...but don't...bury me... Dig Me est une chanson vraiment bizarre, pas mal, et qui n'aurait pas eu sa place sur la face A de l'album, ni sur aucun des deux précédents opus du groupe. Puis, on a No Warning, instrumental (je ne sais pas pourquoi je le précise, vu que j'ai auparavant précisé que Dig Me était la dernière chanson de l'album, mais bon...). Un morceau franchement oppressant, à un moment donné, les claviers sonnent comme des alarmes d'autodestruction, ce genre de truc (pourtant, le titre signifie 'pas d'avertissement'). Vraiment bizarre, encore une fois, et difficile de pleinement apprécier à la première écoute, même si vous chérissez Starless And Bible Black dont, il est vrai, Three Of A Perfect Pair est une sorte de version moderne (face A de chansons, essentiellement, et face B instrumentale très space et oppressante). Enfin, l'album se finit sur Larks' Tongues In Aspic (Part 3), qui est donc une tardive (11 ans plus tard) troisième partie de la fameuse suite instrumentale de 1973 présente sur l'album du même nom. KingStalker en parle comme de la déception de l'album ; en ce qui me concerne, je ne trouve pas, car j'ai vraiment apprécié cette tardive troisième partie, 6 minutes bien apocalyptiques s'achevant en effet un peu moyennement (et encore), mais démarrant sur une sorte de version moderne, plus rapide, du fameux riff de Larks' Tongues In Aspic (Part 2) ; à noter qu'en 2000, sur The ConstruKction Of Light, Crimso fera une quatrième partie à cette suite, qui sera par ailleurs, elle-même, scindée en trois sous-parties et atteindra les 9 minutes. Ce qui fait, en additionnant les durées de toutes les parties de Larks' Tongues In Aspic, environ 35 minutes de musique, soit l'équivalent d'un album entier, pour l'anecdote à la con.

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Verso de pochette (oui, je sais, photo moyenne, mais qui n'est pas de moi, je n'ai pas le vinyle)

Au final, Three Of A Perfect Pair est donc un excellent cru de King Crimson, mais pas un album évident. Aucune mauvaise chanson, aucun mauvais titre sur cet album de 1984 qui sera franchement mal accueilli à sa sortie (il faut dire que ce disque ne sonne pas comme du Crimso de la grande époque, ni comme le Crimso des deux précédents albums). En même temps, 1984 est une année difficile, franchement, la new-wave de Frankie Goes To Hollywood, Duran Duran et j'en passe fait des ravages, des artistes tels que Bowie, les Stones, Lou Reed, j'en passe, sortent leurs pires albums (au choix, Tonight, Undercover - de 1983, je sais -...), une période franchement difficile. Pour tout le monde. Mais Crimso, ici, avec ce disque à la fois pop et recherché, plus complexe qu'il n'y paraît et survivant à bien plus d'écoutes attentives que Beat (qui est pas mal, mais pour le coup, trop pop et facile), Crimso, donc, a bien réussi son coup, malgré un accueil froid comme un cornet de glace piégé dans un iceberg. Bref, ce disque plaira aux amateurs du Crimso période Discipline, mais aussi aux amateurs de rock progressif et expérimental, mais il faudra quand même deux-trois écoutes pour bien l'apprécier, généralement. Il faut dire que son côté schizophrène (face très pop/face très difficile d'accès) peut rebuter, dans un premier temps... Mais, au bout du compte, sans être le sommet ni de la trilogie (c'est Discipline), ni du groupe, Three Of A Perfect Pair est une belle réussite. C'est déjà bien ! Et aussi l'album le plus sous-estimé du groupe, devant Lizard et Islands.

Chronique complémentaire signée KingStalker :

Quel album! Three Of A Perfect Pair est la clôture d'une boucle, d'une trilogie. Même styles de pochettes, même genre du zik', même line-up. Enfin bref, nous n'avions jamais vu le crimso' comme ça avant. Et c'est diablement, foutrement, délicieusement bon.
Un vrai régal qui ne se révele qu'aux fans acquis à la cause crimsonnienne, comme votre humble serviteur.

Three Of A Perfect Pair est bien plus complexe qu'il n'en a l'air et bien plus sombre aussi... La pochette est carrément moche, je le conçois. Dans le genre, je me casse pas les couilles, elle est parfaite. Mais déjà une dualité d'affirme, entre ses espèces de 2 gros aimants qui ne se touchent pas, se font face, s'affrontent.
Symbolique toute crimsonnienne ici...Mais pochette moche, ahah, paradoxalement...

La dualité se retrouve aussi dans la musique et n'a jamais été autant démarquer, couper.
Cela se voit à l'arrière du cd, left side, right side. Où comme le dit, Bob Fripp.
" une face accesible, une autre face excessive".
Oui, cela résume parfaitement l'album, une face new wave, une face industrielle... Le panard.

On peut voir que cet album au même titre que Beat (album précédent et pas de mauvais jeu de mot, vilain garnement) c'est pris une gifle. La presse le qualifiant de merde, la raison est simple.
Pendant les eighties, il fut une mode de critiquer le prog'.
ALors quand le groupe sort Discipline, la presse rigole. Quand Beat sort, il s'énerve et quand Three Of A Perfect Pair déboule dans les bacs, la presse s'insurge.
Enfin bref, un réel manque d'objectivité, chez nos amis british... Injustice quand tu nous tiens.
Heureusement l'album a, ces temps-ci, à être revu à la hausse.

5 morceaux sur la face "gauche", 4 sur la face "droite", ok... J'insère le skeud dans ma chaine et je me laisse emporter par three of a perfect pair.
Le groupe n'innove pas, il bonifie. On retrouve toujours avec plaisir la voix de Belew ( qui se fait encore plus émotive sur cet album). Les guitares "tricotages" de Fripp et du même Belew, le jeu de batterie toujours aussi irrésistible de notre ami Bill Bruford, ainsi que le stick toujours aussi vibrant de Levin.
Enfin bref, avec le titre éponyme nous sommes en terrain connu et à le mérite de posséder un refrain génial ainsi que d'être un des meilleurs morceaux du disque.
Model Man est dans la même veine, émotionnel.
Terriblement funky mais complexe et travaillé enfin bref, un kinder!
Sleepless est la plus grosse déception de l'album, franchement je ne l'aime pas du tout. Le chant d'Adrian n'est pas génial en fait. Tout repose sur le stick de Levin qui assure comme s'il allait mourir sur ce morceau.
On retiendra qu'il aurauit pu être un tube si n'avait pas été signer par le Crimso', le rythme est quasi dansant néanmoins garder le rythme durant le refrain n'est pas chose aisé.
Enfin bref des qualités sur ce titre mais pas assez varié. Mais sympa à écouter!
Man With An Open Heart est du niveau d'un Model Man, un refrain génial.
Une ambiance super, le chant de Belew maitrisé. Enfin, un bon morceau.
Nuages ( That Which Passes, Passes Like Clouds) est le morceau de transition entre la face gauche et la face droite. C'est le premier instru et il est foutrement réusi. L'ambiance est planante enfin bref un petit régal. Sur ce morceau les nuages s'amoncellent pour assombrir la musique, la face la plus intéressante va débuter!

Il est difficile de parler de cette fameuse face... Composé quasi intégralement d'instrus (à part Dig Me), elle est la partie la plus dure à avaler de l'album. Mais est la plus intéressante.
Si on n'a pu voir que la face gauche et la face à Belew, on a aucun mal à reconnaitre que la face B est carrément Frippienne. Oui, frippienne. C'est pas le genre de musiques qu'on écoute pour se détendre, c'est une musique qu'on écoute pour se sentir écrasé.
Industry est le morceau le plus intéressant de cette face. Pripiat ( à vous de chercher sur Wikipédia) est radioactive. Il n'y a plus personnes, une grande roue grince. Des autos-tamponneuses dans l'horizon. Des doudous par terre, ainsi que des jouets partout dans ces grands bâtiments laissé à l'abandon. L'odeur est âcre, mon corps est oppressé. La nature se fait envahissante, le vent glacial, le ciel est gris. La mort et la tristesse plane sur ce lieu fantomatique...
Je ne suis pas seul et je vais mourir.... Voilà ce que vous pourriez ressentir à l'écoute de ce titre. Haha pas gai hein?
Dig Me vaut surtout pour ses parties de batterie, ainsi que pour ses paroles déjantées et sombres.
Le Crimso' ne rigole plus, le Crimso' est dans son revival Larks' Tongues... /Red.
No Warning est une instru du même acabit que Industry. Ambiances sombres, néons blafards.
L'alaska désertique est bien sombre. Je suis seul dans cette centrale, un monstre rôde quelque part, le froid est vif. Ma cigarette est presque finie, je n'ai plus de whisky et qu'une seule munition.
Je n'ai plus le choix, BAAAM.... Je tombe par terre, les yeux ouverts tandis que le sang s'écoule sur le sol.....

Larks' Tongues In Aspic III est LA déception du disque. On dénote une intro à dégouter tous ceux qui apprennent la gratta tant elle est complexe. L'ambiance générale et la tonalité des sons provenant des guitares et clairement funky. C'est bon mais long et comble de la déception, il se termine en fade out...


Three Of A Perfect Pair est une synthèse des eighties bien plus osé que la synthèse des seventies (Red). Un travail colossal est à noter pour Bruford qui nous livre ici une de ses meilleurs prestations mais aussi une de ces plus ostentatoires.
Belew y chante très bien, il ose. Il fait monter sa voix, fait des vibrattos. Gros travail là aussi.
Fripp est égal à lui-même. Tony Levin est bien présent et nous prouve encore une fois l'étendu de son talent au stick sur sleepless.
Voilà ce qu'est Three Of A Perfect Pair, un disque schizophrénique. Le Starless And Bible Black des eighties.
Laissez-vous tenter!

FACE A - Left Side

Three Of A Perfect Pair

Model Man

Sleepless

Man With An Open Heart

Nuages (That Which Passes, Passes Like Clouds)

FACE B - Right Side

Industry

Dig Me

No Warning

Larks' Tongues In Aspic (Part 3)