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Earthbound, premier live de King Crimson, sort en 1972. Pendant ce temps, King Crimson, encore une fois, et pour la quatrième fois en cinq albums (et quatre albums studio), n'existe plus, ses membres (en 1972 : Boz Burrell, Mel Collins, Ian Wallace) étant partis, laissant Robert Fripp seul comme un bolosse. Mais Fripp ne se laisse pas abattre ; pas comme ça, le Fripp. Ce génial (mais tyrannique, perfectionniste et impétueux) guitariste et claviériste occasionnel, vrai leader de Crimso, va engager de nouveaux musiciens, ET un nouveau parolier, Peter Sinfield s'étant fait la malle après la sortie d'Islands en 1971. Le parolier, c'est Richard Palmer-James, ancien guitariste de Supertramp (au tout début de la carrière du groupe). Les musiciens, ce sont la batteur Bill Bruford, débauché de Yes ; le violoniste et claviériste David Cross ; le bassiste et chanteur John Wetton, de Family ; et un percussionniste fou, moustache à la Dali, Jamie Muir, qui disparaîtra après la sortie de l'album, pour ne réapparaître que bien des années plus tard (apparemment, il aurait été se retirer dans un monastère écossais). C'est à Muir, justement, qu'on doit le titre de l'album qui sortira en mars 1973 et fut enregistré en janvier/février de cette même année : Larks' Tongues In Aspic ('Langues d'alouettes en gelée'), un titre magnifique, culte, étrange, qui donne férocement envie d'écouter l'album. Surtout que la pochette (qui ne s'ouvre pas, une première pour le groupe) est magnifique aussi, ce soleil et cette lune, imbriqués, naïvement dessinés, sur fond blanc encadré de bordeaux, un graphisme sublime que, personnellement, je rêverais d'avoir en motif de t-shrt et en gigantesque poster dans ma chambre. Le dos de pochette est d'une sobriété exemplaire, voir un peu plus bas dans l'article. On a aussi une dust sleeve (sous pochette) avec les paroles de trois des 6 morceaux (les trois autres sont instrumentaux). L'album offre une durée généreuse de 46 minutes et quasiment autant de secondes.

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Sous cette magnifique pochette, l'album cache bien son jeu. Impossible, à la première écoute, de se préparer à un tel choc, surtout si on a, auparavant, écouté les précédents albums de King Crimson. Larks' Tongues In Aspic marque un changement de ton radical. On passe, ici, à la vitesse supérieure, totalement électrique et, surtout, métallique. Par moments très heavy, l'album est surtout totalement expérimental. S'étant laissé poussé la barbe (et il se coupera bientôt les cheveux), Robert Fripp, ici, laisse libre cours à la sauvagerie de son jeu de guitare, de plus en plus oppressant et coupant. La batterie de Bill Bruford est fantastique, le violon de Cross est tout aussi inquiétant que la guitare de Fripp, les mellotrons apportent des climats assez étranges aussi, et la basse de Wetton assure, menaçante. Quant aux percussions, ce fou de Muir fait ici un truc de malade, et il est vraiment regrettable que ce mec soit parti avant la sortie de l'album (les albums suivants sont également fabuleux, et même meilleurs encore que Larks' Tongues In Aspic, mais il manque quand même le petit 'plus' de ces percussions incontrôlables de Jamie Muir). Le seul défaut, dans un sens, dans la cuirasse crimsonienne repose dans le chant de John Wetton, pas encore totalement maîtrisé (apparemment, ce mec ne chantait pas au sein de son précédent groupe, ou si peu), mais ce n'est pas non plus calamiteux, loin de là. Et ça ira mieux par la suite. Aussi, autre défaut, dans un sens, la chanson Easy Money, qui est excellente mais, il est vrai, inférieure en terme de qualité par rapport aux autres chansons. En fait, c'est surtout sa longueur (7,55 minutes) qui gêne un peu, ainsi que les vocalises de Wetton (toodadidada toododida dodada dadidoooo...), mais dans l'ensemble, ce morceau, qui deviendra un essentiel de Crimso live de l'époque, est tout de même très bon.

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Verso de pochette

Comme je l'ai dit, l'album offre 6 morceaux dont trois chansons, et trois instrumentaux. Easy Money est une des trois chansons, et même la dernière des trois (elle ouvre la face B). Les deux autres chansons sont supérieures et sont Book Of Saturday et Exiles. La première est de très loin le morceau le plus court de l'album, avec un tout petit peu moins de 3 minutes, et c'est une chanson bucolique, douce, magnifique, acoustique ou presque, sur laquelle le chant de Wetton est très reposant. Surtout, Book Of Saturday, après le déluge du précédent morceau (dont je parlerai après), est un vrai moment de douceur et de fraîcheur. Exiles, qui le suit, 7,40 minutes achevant la face A, sera lui aussi, comme Easy Money, un moment de choix du Pourpre en live durant la période 1973/74 (laquelle période sera représentée en 1975 par le live USA, méconnu, et en 1992, par le grandiose longbox The Great Deceiver : Live 1973/74, quatre disques admirables depuis disponibles en deux double-CDs). Exiles prend son temps pour démarrer, après une longue intro atmosphérique et quelque peu inquiétante. Puis, la musique se fait douce, ensoleillée, et le chant de Wetton surgit, très belle voix bien que parfois un peu hésitante (par exemple, le passage Friends, do they know what I mean ; quand il prononce le mot know, ça fait un peu bizarre, poussif, il insiste trop sur ce mot, sans doute involontairement). Les paroles de Palmer-James sont, franchement, superbes, il n'a pas grand chose à envier à Sinfield, c'est juste différent. Exiles est clairement la meilleure des trois chansons de Larks' Tongues In Aspic. Et ces chansons, qui représentent au final moins de la moitié du timing de l'album (l'album dure 46 minutes, et ces trois chansons, additionnées, font environ 18/19 minutes), ces trois chansons, donc, représentent en quelque sorte la face légère, gaie, ensoleillée (voir la pochette, soleil et lune entremêlés) de cet album.

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Jamie Muir

L'autre versant de Larks' Tongues In Aspic, le côté sombre, grave, lunaire, c'est la partie instrumentale de l'album, les trois morceaux restants, qui totalisent environ 28 minutes de musique. Et là, c'est la grosse barbaque de ce cinquième opus studio (et sixième tout court) du Pourpre. Et pas seulement à cause des 28 minutes de présence musicale par rapport aux 18 des chansons. L'album commence par le premier de ces instrumentaux, et le plus long (13,30 minutes !), Larks' Tongues In Aspic (Part 1), qui est...voyons, comment dire... immense ? Grandiose ? Sensationnel ? Un peu plus que ça, quand même, on parle quand même de Larks' Tongues In Aspic (Part 1), les gars ! Ce morceau, c'est le Paradis sur Terre, mais aussi l'Enfer. Ca commence doucement par des percussions agréables, des cloches tibétaines, sacré Muir... Puis, rapidement, une sorte de drone vient planer tout autour, des nappes de mellotron pour le moins oppressantes... La guitare et la basse prennent le relais, on entend des choses pas claires, et totalement oppressantes, lourdes, menaçantes, on sent que ça va exploser...et en effet, vers les 3 minutes, boum, de gros riffs de guitare, bien saignants, suivi de ruades de batterie, viennent exploser à nos oreilles. A ce moment-là, on est presque soulagés, on sait ce que l'on va subir durant l'écoute, sinon de l'album, du moins de ce long morceau démoniaque et grandiose. Violon incroyable, changements de rythmes incessants, et ce final, faisant intervenir des voix cheloues, venues d'on ne sait où... Magistral et, en fait, indescriptible.

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Et le plus fort, c'est que les deux instrumentaux restants, les deux derniers titres de l'album (face B, donc), sont aussi grandioses, avec des durées moins imposantes cependant. The Talking Drum (7,25 minutes) est un morceau de folie. Une montée en puissance très lente, qui prend vraiment son temps, et est insensée. Sans doute le morceau le plus flippant, oppressant, de l'album, et le morceau le plus glauque de Crimso depuis The Devil's Triangle (1970, deuxième album). Par la suite, il y en aura d'autres, des morceaux semblables (Fracture, Providence, The Mincer), mais The Talking Drum, c'est quelque chose. Son final est inquiétant au possible, on sent l'explosion arriver, et d'un coup, des bruits stridents, sortes de cris suraigus, qui tiennent plusieurs secondes avant de céder brutalement la place...au riff de guitare de Larks' Tongues In Aspic (Part 2), lequel riff est, comment dire, monumental, sanguinaire, monstrueux, agressif, sadique, sournois, malsain...frippien. Crimsonien. Larkstonguesinaspicien. D'une durée de 7 minutes, cette deuxième partie du morceau-titre est une pièce de collection de plus, une Oeuvre hallucinante, pleine de tension relâchée. C'est un fait, durant les 7 minutes, le groupe se lâche, livre toute sa rage, sa fureur, Fripp est en électron libre, le violon de Cross est inoubliable, l'alchimie entre les cinq musiciens est totale... Sorte d'explosion de fureur libératrice après un The Talking Drum menaçant, et après une quarantaine de minutes (les 5 précédents titres) alternant souvent entre oppression (instrumentaux, intro d'Exiles) et douceur (les chansons, même si Easy Money est assez énergique), Larks' Tongues In Aspic (Part 2) est le final dantesque qu'il fallait pour achever en beauté cet album de légende. Cultissime. D'une maîtrise musicale de tous les instants.

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Larks' Tongues In Aspic est donc un chef d'oeuvre absolu, un disque fantastique, considéré par à peu près tout le monde comme étant un des sommets absolus du rock progressif et expérimental. Un album qui marque un tournant définitif dans la carrière du Pourpre ; finies, les ambiances relaxantes (même si, au bout du compte, les précédent albums en contenaient peu, sauf sur Islands), finies, les longues plages de mellotron et de flûte, place à l'agressivité de la guitare, place à la pure expérimentation, sans concessions (Fripp avouera souvent que King Crimson jouera bien plus souvent pour leur propre plaisir que pour le confort et le bonheur des auditeurs, qui, au moment de faire un album ne rentrent absolument pas en ligne de compte ; le fait que ça soit bien ou mal accueilli par les auditeurs ne préoccupait pas vraiment Fripp, il faisait son truc, et voilà, et tant pis si on trouvait ça trop violent, agressif, expérimental ou flippant, et pas assez commercial). En 46 minutes (l'album suivant, à quelques secondes près, sera de la même durée !), King Crimson se renouvelle avec efficacité, et invente, en quelque sorte, le metal progressif. Album immense et important, donc, que ce Larks' Tongues In Aspic, qui sera suivi, moins d'un an plus tard, par un album encore plus jusqu'auboutiste et réussi. La suite tout à l'heure !

Critique complémentaire de KingStalker :

Pour pas mal de fans, Larks' Tongues In Aspic ( sorti en 1973) est le sommet du groupe. Certes, Larks' Tongues In Aspic ('langues d'alouettes en gelée') est un très bon album mais assez inégal malheureusement. Le plus étonnant dans cette histoire, c'est que le Crimso' passe de Islands ( un excellent album), assez calme et très pop, à cet album plutôt violent et sombre. C'est la marque de fabrique du groupe, je le conçois mais entre Red et Discipline le hiatus était de 7 ans et les moeurs avaient changé... Le groupe a carrément inventer le métal avec cet album....
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Coomme je l'ai déjà dit, l'album est inégal. Nous avons le droit à 4 gros morceaux et un morceau clairement mauvais, un morceau bucolique sympathique et le problème se pose là.
En fait avec ces 4 morceaux il y avait de quoi faire un disque d'un peu plus d'une demi-heure.
Ce serait court mais cela n'empêcherait pas cet album d'être le meilleur du groupe!!!!

Commençons par les moments faibles... Si vous le voulez bien.
Book Of Saturday est le morceau bucolique et calme de l'album. Elle est belle, il n'y a pas de doute mais je n'arrive pas à imaginer sur ce morceau, il n'est pas propice à l'imagination.
De plus, je la trouve trop floydienne ( déjà que j'aime pas le floyd) et j'aime pas.
Ensuite, Easy Money clairement le morceau simple et trop long, plus de 7 minutes...
Il durerait 4 minutes, je dis pas mais là... Vraiment, il est trop long vraiment trop long.... Et trop simple, les structures sont simplistes pour du Crimso', ce morceau irait bien sur un album comme Beat ( album que j'apprécie par ailleurs).

Passons aux morceaux réellements dignes d'intêrets et propice à l'imagination.
Et commençons pas les deux parties de Larks' Tongues In Aspic qui cumulent plus de 20 minutes à elles seules...

La première partie est la meilleure selon moi, c'est la plus orienté percu'.... Et là, le travail est hallucinant, tous les instruments de percussions y passent pour notre plus grand bonheur. Jamie Muir est un malade, un schyzo de la percussion et Bruford, le meilleur batteur qui soit, c'est bien simple.
C'est un duo de choc....
Et puis, les riffs de Fripp, l'extase totale, jusqu'à la fin de la première partie avec ces voix et cette ambiance de fou..
Un morceau réellement shamanique.
La deuxième partie est plus brut de décoffrage et devinez qui en est le compositeur, dans le mille! Fripp en est le compositeur et l'a composé tout seul au même titre que Red et autres
Fracture.
Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, le reste des compositions sont collectives, Fripp y a participé pour chacune d'entres elles.
Deux parties hallucinantes.

Nous avons aussi Exiles, soit le morceau parfait pour la méditation....
Il est réellement très beau et ne comporte aucune longueur, il est porté par une guitare accoustique de toute beauté et appuyé par les violons de Cross. Superbe!

The Talking Drum est le morceau répétitif et hallucinogène de l'album, un grand moment tétanisant car très perfide au même titre que les deux pièces éponymes...
Un grand moment.


Vous l'avez compris, Larks' Tongues In Aspic est un très bon album souffrant de deux morceaux de remplissages (Book Of Saturday, Easy Money). Ce qui est dommage. L'album est très produit, bien plus que ne le sera Starless And Bible Black et l'instrumentation est dense et complexe.
Oui, un grand album mais pas le meilleur du groupe!
Mention à la pochette qui exprime une parfaite dualité entre le jour (Exiles, Book Of Saturday, Easy Money) et la nuit (Larks' Tongues In Aspic I et II, The Talking Drum)

FACE A
Lark's Tongues In Aspic (Part One)
Book Of Saturday
Exiles
FACE B
Easy Money
The Talking Drum
Lark's Tongues In Aspic (Part Two)