Starless And Bible Black - front

Starless And Bible Black est un des albums du Crimso' le plus décrié par les fans.
La raison en est simple, l'album est composé à moitié par des morceaux improvisés live, il ne comporte qu'en tout et pour tout que 2 titres et demi (si je puis dire) qui ont été enregistrés en studio.
Ce qui nous donne un album résolument expérimental et improvisé mais aussi la plus grande réussite du groupe à ce jour et mon album chéri !

Starless And Bible Black (que j'abrègerai en SABB dès à présent) est "méchant".
Fini les ambiances champêtres du passé, le roi cramoisi a changé de formule dès 1973 avec son grandiose (mais inégal) Larks' Tongues In Aspic.
Tout n'est que métal désormais (enfin presque) et ce sera encore plus vrai avec Red sorti quelques mois après SABB.
La période 72-74 est la période chérie des fans de Crimso' et on comprends pourquoi avec un tel enchaînement d'albums.

Ce que je regrette le plus, c'est le départ de Jamie Muir.
Ce type était un vrai psychopathe, son travail sur les percussions avec Larks'... était hallucinant et était aussi le point fort du disque.
Imaginez toutes les impros de SABB avec l'apport incontestable de Muir aux percussions, j'en salive d'avance.
Tant que j'y pense, la période 72-74 met bien plus en avant les ryhtmiques des percussions qu'auparavant.
Je pense notamment à l'album Islands (très bon album au demeurant) qui était vraiment rudimentaire au niveau de la batterie et en règle générale, des percussions.

Commençons par parler des morceaux studios.
A savoir:
-The Great Deceiver
-Lament
-The Night Watch (il faut savoir que pour ce titre, une partie a été enregistrée à Amsterdam, donc en live, et l'autre en studio, ce qui nous donne 2 titre et demi studio).

Ces morceaux studios sont généralement les morceaux les plus appréciés de l'album par ceux qui ont du mal avec le prog' à tendance improvisé.
Les schémas sont dans l'ensemble assez simple ici (à part sur le classieux The Night Watch).
D'un côté, nous avons The Great Deceiver, un morceau rock super entraînant et au refrain génial.
De l'autre le très mélancolique Lament et ses nappes de pianos.
En passant par le classieux, le sombre, le beau à chialer The Night Watch.
Sa mélodie restera à jamais gravée dans ma tête, le meilleur morceau du disque si il n'y avait pas le grandiose Fracture.
Ces morceaux studios sont travaillés et Wetton (bassiste talentueux et très bon chanteur) assure encore plus qu'à l'habitude au chant.

Passons à la tâche plus rude, les parties live improvisées et ce n'est pas une mince affaire......
Commençons par le plus important.
Impros structurés ou déstructurés?
C'est la première question que je pose quand on me parle d'improvisations.
Bah oui, il y a les impros à la Moonchild (destructuré) et les impros à la Fracture (structuré).
C'est important de savoir ceci, certains préfèrent les impros déstructuré à celle structuré (comme moi), généralement les gens préfèrent les impros structurés (où n'aiment pas les impros tout court).

Ces impros sont à mi-chemin entre les deux.
Par exemple, We'll Let You Know vire d'avantage vers la recherche de la déstructuration tandis que l'éponyme ira plus vers la recherche de la structuration.
Il y en a pour tous les goûts en somme....

Cela dit, je ne vais parler réellement que de 3 impros, je survolerai les deux autres.
Commençons par le survolage.
We'll Let You Know est une impro assez déstructuré, je la trouve forte en émotions, certains la trouvent fade.
Chacun sa façon de voir la musique.
The Mincer flotte entre la déstructure et la structure. Je l'aime beaucoup, elle est sombre et fait quand même passer des émotions, encore une fois, c'est quitte ou double.

Passons aux 3 impros, les plus intéressantes à mes yeux.
A savoir Trio, Starless And Bible Black et Fracture.
Trio est vraiment spéciale.
Vous la perceverez différamment selon votre humeur du moment.
Si vous êtes triste, elle vous apportera un réconfort certain et fera couler le temps plus lentement.
Tandis que si vous êtes heureux, elle vous semblera froide et déprimante.
J'aime ces diverses sensations que procure ce morceau, on le redécouvre à chaque moment.
Vous êtes mélancolique? Elle renforcera encore plus fort ce sentiment.
Vous regardez la lune et vous la trouvez belle? A l'écoute du morceau, vous la trouverez encore plus belle.
Ecoutez le morceau tout en buvant du thé au jasmin, pas trop chaud, tiède et pas trop fort, faites gaffe à la dose de jasmin que vous mettrez dans votre verre.

Starless And Bible Black requiert du temps. Cette impro est d'une perfidie sans nom, cela dit il faut vraiment des écoutes attentives et répétés pour en comprendre l'essence même....
On ne parle que rarement de ce morceau, je pense qu'il faudrait en parler davantage.
Elle est vraiment perfide et vraiment intéressante à l'écoute.
Un des moments fort du disque assurément.
Cela dit, elle plombe le moral très facilement.....

Fracture est le dernier morceau de la galette.
Il est entièrement composé par Fripp et est assurément le morceau le plus sombre, perfide et gangréneux du groupe.
Il est aussi le morceau le plus représentatif de l'esprit tordu de Fripp.
Sa tension provient de ses longs moments de silence, vous vous laissez endormir et Fripp vous réveille de plus bel avec sa guitare qui ne s'est jamais montré aussi violente.
Oui, Fracture est le sommet du disque mais est aussi le plus grand somment du groupe.
A ranger au côté de The Night Watch et autre Larks' Tongues In Aspic.
L'essence du crimso' est condensé en 11 minutes lumineuses de perfidie et de "sombreur".....
SABB est incontestablement l'album du roi pourpre qui demande le plus de temps à être apprivoisé.
Pour certains, les improvisations plombent le ryhtme et la pêche du disque (représenté par The Great Deceiver).
Ceux qui aiment ces improvisations à mi-chemin entre les structures et la déstructure ne seront que combler devant ce disque, devant ce diamant encore brut.....
SABB est aussi un album gangréneux.
A la manière des VDGG (Van Der Graaf Generator), il trace un sillon dans votre cerveau.
La maladie est installé, elle commence par le cerveau puis descend dans votre coeur, puis les poumons, puis les couilles, jusqu'à ce que tout votre organisme soit rongé par la maladie.
C'est comme ça que s'installe le cancer puis la maladie métastase et c'est la mort.
C'est d'ailleurs parfaitement exprimé par sa pochette.
Starless And Bible Black insrit en vert sur un fond blanc, une forme se forme autour de ces mots.
On suppose qu'avant que Starless And Bible Black ne soit gravé, la pochette était encore pur.
En fait, c'est exactement ce qu'il se passe dans votre cerveau, la gangrène s'installe au fur et à mesure.
Vous attrapez toutes les maladies possibles et inimaginables (sida, lèpre, peste, choléra) et vous mourrez.

Tout ça pour dire que SABB est irréversible.

 

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Chronique complémentaire de ClashDoherty :

Je tremble rien que d'y penser : c'est la troisième fois que j'aborde ce disque en chronique (je ne compte pas le Track-by-track et les différents articles de clips des morceaux de l'album), la dernière remontant à 2011, il y à quasiment tout juste trois ans (c'était aussi en novembre). Ce disque ? Starless And Bible Black, sixième album studio de King Crimson, sorti en début d'année 1974, et leur septième en tout (en comptant le live Earthbound de 1972). KingStalker l'avait abordé en premier ici (sa chronique plus haut), et avait dit tout ce qu'il pensait (et doit toujours penser) de bien à son sujet. A chaque fois que j'ai envie de réaborder cet album, je me dis, toujours, si j'arriverai à bien en parler, ma première chronique ayant été franchement moyenne (la seconde, elle, en revanche, n'était pas trop mal, enfin je crois ; ne la cherchez plus, ni celle d'avant, elles n'existent plus). Il faut dire que cet album, et c'est là que j'en tremble rien qu'à l'idée d'en reparler (je dois être un peu maso quelque part), n'est vraiment pas facile à aborder. Difficile d'en parler, de ce disque. Déjà, sa structure est un peu...particulière : il est à moitié live, et à moitié studio. Mais ça, seuls les membres du groupe le savaient au moment de publier l'album (Robert Fripp, guitariste et leader incontesté de King Crimson, révèlera la "supercherie" en 1976 dans les notes de pochette de la compilation A Young Person's Guide To King Crimson ; mis à part ça, les crédits de pochette de Starless And Bible Black sont ambigus : "Produced by King Crimson at Air Studios, London". La raison de ces crédits ambigus n'annonçant clairement pas la nature live de pas mal des morceaux de l'album ? Les copyrights. Un groupe touchait moins d'argent avec un disque live qu'avec un disque studio, et compte tenu que rien, sur l'album, n'était déjà connu (les morceaux ont beau être live pour la plupart, ce sont des improvisations inédites), le fait de les sortir en tant que morceaux studio et non pas en tant qu'impros live a fait augmenter le montant des droits d'auteur. Malins, les mecs !

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Parce que, sinon, il faut savoir qu'au moment d'entrer en studio pour accoucher de cet album, King Crimson, alors tout juste auréolé du succès commercial et critique de Larks' Tongues In Aspic (1973, premier album de la nouvelle formation, très métallique et expérimentale, du groupe : Robert Fripp - guitare, mellotron, leadership -, John Wetton - basse, chant -, Bill Bruford - batterie -, David Cross - violon, claviers - et Jamie Muir - percussions, parti avant la sortie de l'album en 1973), est quelque peu pris de court. Pas beaucoup d'idées. Fripp, Wetton et le nouveau parolier du groupe (Richard Palmer-James, ancien membre de Supertramp aux tout débuts du groupe, parolier de Crimso' depuis le précédent album en remplacement définitif de Peter Sinfield) ont bien trois morceaux (Lament, The Night Watch, The Great Deceiver), mais ça ne suffit pas pour un album, à peine pour un single (The Night Watch sortira d'ailleurs en single). Fripp déboule aussi avec Fracture, un instrumental expérimental saisissant. Aucune prise studio de ce titre ne semble marquante, le groupe se rabattra alors sur une prestation live donnée entre temps, 11 minutes et 15 secondes de pure folie qui achèvera le futur album. Album qui s'appellera donc Starless And Bible Black, titre issu d'un poème de Dylan Thomas intitulé Au Bois Lacté. Album qui sortira sous une pochette étrange, le nom du groupe et de l'album en grosses lettres sur fond blanc, avec une sorte de grosse tache de moisissure qui semble suinter du lettrage et se répand progressivement sur le blanc. Au dos, hormis les crédits, un dessin de Tom Philips (auteur du design complet de la pochette), issu d'un de ses livres (Philips étant un artiste visuel un peu décalé), la phrase This night wounds time ("cette nuit blesse le temps") sur fond de moisissure, aussi. L'intérieur (première photo au-dessus de ma chronique) est une sorte de version surmultipliée du lettrage du recto. Comme le visuel plus bas l'indique, un feuillet avec les paroles était glissé dans la pochette de certaines éditions, dommage qu'il n'ait pas été reproduit dans le livret CD (de la réédition 2002, je n'ai pas de réédition plus récente, mais il y en à eu une vers 2012/2013).

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Il n'y à pas que Fracture qui sera présent, sur l'album, en version live (quasiment tout ce qui est live vient d'un concert donné au Concertgebouw d'Amsterdam). Ayant rejeté une première version d'un morceau du nom de Starless (incluant dans ses paroles le titre de l'album) qui sera finalement utilisée, refaite, sur Red quelques mois plus tard, le groupe place sur l'album une série d'improvisations instrumentales. Pour tromper son monde, on retire minutieusement, en studio, les traces du public, l'écho, et on transforme ces pistes live en faux enregistrements studio, pour les raisons invoquées plus haut. C'est ainsi qu'en plus de Fracture, on placera sur l'album The Mincer, We'll Let You Know, Starless And Bible Black et Trio (sur lequel Bill Bruford brille par son absence, n'ayant pas participé au morceau ; dans les crédits de pochette de la compilation de 1976, sur laquelle Trio a été proposée, Bill Bruford est crédité en tant qu'Admirable restraint, "admirable retenue" !). Sur The Night Watch sera rajouté un petit segment enregistré live ; et pour The Mincer ("le hâchoir"), on fera l'inverse : on enregistrera, après coup, en studio, des voix qui seront rajoutées au mixage dans la seconde partie du morceau. Ce n'était pas utile, reconnaissons-le, mais ça n'empire pas le morceau, pas la meilleure improvisation de l'album, mais un morceau vraiment glauque en globalité, s'achevant sèchement, et achevant par ailleurs la face A. Au sujet des faces, il faut ici préciser que Starless And Bible Black fait partie de ces albums pour lesquels le format vinyle prend tout son sens. Non pas qu'on ne peut pas apprécier le disque en CD ou en digital, mais le principe même du vinyle (retourner le disque à la fin d'une face, pour écouter l'autre) est partie intégrante de l'expérience de l'album. Même chose pour des albums comme Berlin de Lou Reed, The Silent Corner And The Empty Stage de Peter Hammill ou John Lennon/Plastic Ono Band de John Lennon. Ces albums, tous très sombres, intimistes, sont des expériences que l'auditeur vit et revit. Le retournement de disque est une étape, une fois la face A, assez éprouvante parfois, achevée, il faut retourner le disque, en sachant très bien qu'on va encore se prendre de la musique angoissante ou éprouvante dans les oreilles. Le CD, lui, c'est du passif, on glisse le disque et bastapute. Le MP3, j'en parle même pas, il n'y à plus de format, on peut écouter le disque dans le désordre, ce qui est une hérésie, surtout quand on parle de Starless And Bible Black, album qui, malgré son côté décousu (en grande partie live), se doit d'être écouté d'une traite, comme un tout.

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Fripp, Cross, Bruford, Wetton

La face A contient 6 titres allant entre 3,45 et 5,40 minutes, plus court que ce que King Crimson a alors l'habitude de faire. La B, elle, ne contient que 2  titres de respectivement 9 et 11 minutes. 46 minutes, c'est la durée de l'album. 46 minutes au Purgatoire, puis en Enfer, mais c'est aussi un disque tellement puissant qu'il en devient quasiment le Paradis du fan de King Crimson. Le morceau s'ouvre sur un riff de guitare tonitruant qui semble être joué au saxophone (!!!), mais ne cherchez pas les cuivres, il n'y en à pas sur l'album. The Great Deceiver, chanson qui parle du Diable, est un classique crimsonien, tout au plus peut-on lui reprocher son refrain (Cigarettes, ice-creams, figurines of the Virgin Mary) qui est un poil répétitif. Mais je chipote. Le morceau est trépidant, pas joyeux malgré les apparences, mais il ne prépare pas beaucoup à ce qui va suivre. Et justement, ça se poursuit avec Lament, qui démarre par un son de cloche type tocsin. Le titre du morceau ("lamentation") ne laisse pas espérer de la joie et de la bonne humeur, et en effet. La voix basse, morne de John Wetton est à l'image des paroles, sinistre, triste à pleurer, et bien que le morceau finisse par s'emballer (finissant, comme The Great Deceiver, sur une note brute, inachevée), ça reste au final assez plombant, volontairement. Et quelque peu dissonnant. Sur USA (1975), la version live sera remarquable. We'll Let You Know, première improvisation instrumentale, suit. Bill Bruford et John Wetton prennent le pouvoir, le premier avec des percussions insensées, le second avec une basse menaçante. Fripp, derrière, balance son sustain agressif et, lui aussi, menaçant, un son de guitare écorché, sa marque, toujours aussi efficace. Le morceau finit par quelque peu éclater, mais à ce moment-là, c'est trop tard pour l'auditeur, quasiment à bout de nerfs. Un bon résumé pour l'album.

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The Night Watch, dont le titre s'inspire du tableau du même nom de Rembrandt ("La Ronde De Nuit"), suit. Dernière vraie chanson, c'est la plus belle de l'album, une pure merveille qui sera un des deux morceaux de l'album présent sur la compilation de 1976 avec Trio. Difficile de ne rien ressentir en l'écoutant, c'est magnifique, doux-amer...Le son de la guitare de Fripp est plus apaisé, tout en étant suraigu, et Wetton chante avec tristesse, mélancolie. Comme les précédents morceaux, il se termine sur une note d'inachevé, en suspens. Trio, qui suit, morceau le plus long de la face A, est encore plus beau, c'est une splendeur néo-classique à base de guitare, de basse et de violon. Commençant doucement, quasiment dans le silence, Trio se laisse entendre de plus en plus, mais ce n'est jamais brutal, violent, agressif. Tout comme The Night Watch, c'est une petite mer de douceur et d'apaisement dans un océan de violence et de tension. Le contraste avec The Mincer, qui suit et achève la face A, est sanglant. C'est putride, agressif, sournois, malsain, flippant... Comme je l'ai dit, les parties vocales de la fin de morceau ne servent à rien, le morceau n'en est pas meilleur. Il n'en est pas pire non plus, ceci dit. J'aime bien sa fin, la basse comme avalée par la bande, c'est sec, brut de pomme. Après un tel morceau, une telle première face, quand on écoute l'album pour la première fois, on est en droit de se demander ce qui va bien pouvoir nous arriver avec la seconde, et ses deux longues plages (instrumentales). Le morceau-titre, Starless And Bible Black, long de 9 minutes, ouvre cette face B, c'est très sombre et malsain, une sorte de The Mincer ou de We'll Let You Know en version rallongée. Impossible à décrire avec son fameux final en tutti (on pense le morceau fini, et puis pan dans la gueule, pendant quelques secondes de violence, un regain de tension collectif vient achever l'auditeur), le morceau ne laisse pas l'auditeur se préparer au dernier titre, Fracture, à côté duquel Starless And Bible Black semble, parfois, quelque peu anodin (c'est dire !).

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Fracture, c'est le morceau ultime de King Crimson, toutes périodes confondues, oui, devant 21st Century Schizoid Man et Starless. Le morceau de guitare le plus complexe (ou un des plus complexes) que Fripp ait eu à jouer, selon ses propres dires. Là aussi, c'est impossible à décrire, une lente et longue montée en puissance, un crescendo intenable, les deux meilleurs moments étant probablement l'explosion finale, vers la barre des 7,40 minutes (à ce moment précis, l'auditeur souffre littéralement, ses nerfs sont à bout, il n'en peut plus, et cette explosion est vécue comme une vraie délivrance, une remontée vers la lumière, l'oxygène, bref, la vie), un passage final trépidant, violent et saisissant, au cours duquel Bill Bruford lui-même ne peut retenir une exclamation enthousiaste, captée par un micro. L'album se termine par une ultime note de sustain, qui se perd dans les amplis, et il est, pour l'auditeur, difficile de faire (ou de penser à) quoi que ce soit à ce moment. Comme on dit, le silence qui suit Mozart, c'est aussi du Mozart. Remplacez Mozart par Crimso', c'est pareil ! L'autre grand moment surgit avant l'explosion, et c'est là que les nerfs de l'auditeur sont le plus à bout : Bill Bruford jouant la mélodie principale du morceau (enfin, une des deux mélodies, celle reprise en furie par la guitare de Fripp dans le final) avec la douceur irréelle du Glockenspiel. Frissons... Entre ça et les alternances entre tension et relâchement de tension, Fracture porte vraiment bien son statut de morceau ultime de King Crimson, et aucun autre morceau ne pouvait a) se trouver après lui sur l'album, et b) achever l'album à sa place. Sa position est donc toute logique, et alors que la fracture explose vers la 7ème minute et 40 secondes du morceau (sur les 11,15 qu'il dure), il ne me reste plus qu'à m'arrêter là, moi aussi. En espérant vous avoir donné envie de vous faire retourner la tête par les 46 minutes et autant de secondes de cet album insensé, malsain et magistral.

FACE A

The Great Deceiver

Lament

We'll Let You Know

The Night Watch

Trio

The Mincer

FACE B

Starless And Bible Black

Fracture