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 En fin d'année 1970 (en décembre), Lizard, le troisième album de King Crimson, sort. Un mois plus tôt, Gordon Haskell, bassiste et chanteur du groupe (qui n'était dans le groupe que depuis août, mais avait cependant chanté, amicalement, sur un titre de l'album précédent, en invité), rendson tablier. Selon Robert Fripp (guitare, mellotron, composition principale des morceaux, tyrannie organisée du groupe), dans une déclaration de presse de l'époque, Gordon est parti car il s'est rendu compte qu'être dans Crimso impliquait tout un mode de vie, une conception de la vie qui ne lui correspondait probablement pas, ou plus. Et puis, il faut dire aussi que Fripp est un sacré petit salopard de perfectionniste tyrannique, sous sa tignasse de musaraigne et ses petites lunettes cerclées, et Haskell n'a sûrement pas du supporter ça longtemps... Bref, Lizard sort, alors que le groupe est en crise, encore, cherchant un nouveau chanteur, et un nouveau bassiste, vore même un qui fasse les deux, comme c'était le cas de Greg Lake (1969/1970) et Haskell. Andy McCulloch partant aussi, ils doivent également rechercher un nouveau batteur. Mel Collins (saxo, flûte) a la bonne idée de rester, Peter Sinfield (parolier) est un des deux piliers du groupe et, donc, il est toujours là, au côté de l'autre pilier, Fripp. Alors que Lizard commence sa carrière, en étant assez bien accueilli dans l'ensemble par la presse (mais ne se taillant pas un grand succès commercial, il faut dire que la concurrence est rude : All Things Must Pass de George Harrison, le troisième opus de Led Zeppelin, Abraxas de Santana, In Rock de Deep Purple, Let It Be des Beatles, Bridge Over Troubled Water de Simon & Garfunkel...), le groupe parvient, enfin, à combler les trous dans leur personnel.

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Fripp et Boz

Les nouveaux-venus s'appellent Ian Wallace (batterie) et Raymond 'Boz' Burrell (chant et basse ; il a appris la basse exprès pour entrer dans le groupe !). Ce dernier, plus connu sous le surnom de Boz, et qui fera partie, en tant que simple bassiste, de la première mouture (1974) du groupe de hard-rock Bad Company, est malheureusement décédé en 2006, il avait 60 ans. Cette formation de Crimso sera, depuis 1969, la première à monter sur scène : la formation ayant donné In The Wake Of Poseidon (1970, deuxième album) et Lizard (même année, formation la plus éphémère et la moins connue), en effet, n'auront pas le temps de faire des concerts. Vocalement parlant, Boz possède un timbre de voix doux, suave, vaporeux, qui correspond parfaitement au style de l'album qui sortira en décembre 1971, et sera enregistré en octobre (quand on sait que Boz et Wallace furent embauchés en mars-avril, ça peut étonner ; mais pendant plusieurs mois, le groupe, tout en préparant le futur album, fera surtout des concerts, rattrapant le temps perdu et solidifiant ainsi ce nouveau line-up). L'album est sorti sous une pochette magnifique et assez sobre, représentant la nébuleuse Trifide, une vue de l'espace, donc (à l'intérieur, une photo du groupe, petit collage bizarrement découpé comme une île, et, de l'autre côté, les paroles ; voir plus bas sur l'article pour une photo de cet intérieur). Marrant, quand on sait que le titre de l'album n'est absolument pas en relation avec l'espace, puisque ce titre est Islands ('îles') ! Un album qui, comme les deux précédents, est polémique, il a ses adorateurs et ses détracteurs, clairement. Pour le deuxième album, c'est à cause de son côté copié/collé du premier ; pour le troisième album, c'est en raison de son aspect trop complexe, hermétique, jazzy aussi ; pour Islands, c'est tout le contraire de Lizard : on jugera le disque trop accessible et facile d'accès, un comble !

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Pochette extérieure dépliée

On peut rapprocher ça de ce que Pink Floyd a fait, à la même période (1970 et 1971), faisant un Atom Heart Mother très difficile d'accès en 1970 (et ayant à peu près la même structure que Lizard, et le même nombre - 5 - de morceaux) et, un an plus tard, un Meddle (aussi de 6 titres, comme Islands) très accessible et zen, relaxant, planant, radicalement différent. Pour en revenir à Crimso, et je ne reviendrai dès lors plus sur Pink Floyd, il est vrai que cet Islands, quatrième livraison studio du groupe, est totalement l'opposée de Lizard. L'album offre 6 titres (trois par face), pour environ 43 minutes de musique en vinyle. On a, en final du dernier titre (Islands), un bonus de 2 minutes environ, dans lequel on entend des bribes de répétitions en studio. Ce final assez peu réussi, sans grande utilité, se trouvait sur le vinyle original (et n'était pas crédité : l'album dure 43 minutes, mais seulement 40 ou 41 minutes étaient officiellement créditées) et sur les rééditions CD les plus récentes (2004, 2011). Pas sur les rééditions antérieures (1989). C'est, selon moi, le seul moment vraiment regrettable de l'album, et vous voyez que c'est peu de chose ! Mais je m'égare encore, je commançais à dire que l'album était l'exact opposé de Lizard, et vous devez, si vous ne connaissez pas encore l'album, vous demander en quoi il est si différent. C'est qu'Islands est un disque très relaxant, et utilisant, sur la moitié de ses titres (Formentera Lady, Prelude : Song Of The Gulls, Islands), des arrangements de cuivres et surtout de cordes, donnant un aspect 'classique', 'musique de chambre', même, au disque. Il y à bien des cuivres sur l'album (les musiciens Mark Charig, Robin Miller, qui jouaient déjà sur Lizard, mais aussi le pianiste Keith Tippet, fidèle guest depuis le deuxième opus), et il y à une chanteuse soprano (Paulina Lucas), mais pas de cordes : c'est le mellotron qui crée cet effet de 'musique de chambre', et c'est totalement bluffant. Ecoutez Prelude : Song Of The Gulls, instrumental saisissant, touchant, limite lacrymal, qui semble être sous totale influence Stravinsky/Moussorgsky/Debussy, c'est magistral...et inhabituel, vraiment, pour le groupe. Surtout que c'est Fripp qui en est l'auteur !

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De haut en bas et de gauche à droite, Collins, Wallace, Sinfield, Boz, Fripp

L'album, on va enfin commencer à en parler plus longuement, semble axé sur deux thèmes bien distincts : la mer, et la femme. La mer, les îles, rapport à Islands, évidemment, à Formentera Lady (Formentera est une petite île de l'archipe espagnol des Baléares, non loin d'Ibiza), à l'instrumental The Sailor's Tale qui le suit sans interruption, et même, à Prelude : Song Of The Gulls ('gull' : 'mouette' en anglais, bref, un oiseau marin). Et le thème de la femme, via Formentera Lady, Ladies Of The Road et The Letters. Ces deux thèmes ne font pas d'Islands un disque conceptuel, mais, comme on le voit, tous les morceaux sont cités, appartenant à l'un ou l'autre de ces thèmes. Bon, maintenant, on parle des morceaux. Je viens de parler de Prelude : Song Of The Gulls, morceau imparable et sublime, je ne reviendrai pas dessus. Islands, sinon, offre Ladies Of The Road, considérée par Fripp, à la sortie de l'album, comme la meilleure chose que le groupe avait faite depuis lors. Une chanson qui ouvre la face B sur une note caustique et très salace, la chanson parlant de groupies, de sexe, etc... Ladies Of The Road est assez sympathique, mais un peu longuette (5,30 minutes), et je trouve que Fripp exagère vraiment en la qualifiant, à la sortie, de sommet de l'album : pour moi, c'est tout simplement l'inverse, la moins réussie d'Islands, sans être mauvaise non plus. Elle est radicalement différente du reste, et ne colle pas trop avec l'ambiance relaxante, aérienne, du disque. Mais c'est loin d'être mauvais, le saxophone de Collins, notamment, et le riff de guitare de Fripp, sont efficaces. Fripp, d'ailleurs, était en total retrait guitaristique sur Lizard, et ici, il n'est guère plus souvent entendu, sauf sur The Letters (chanson tragique, sinistre, épistolaire aussi, sur deux femmes s'écrivant, la première est l'amante du mari de la deuxième, qui lui répond ensuite), qui offre un passage assez angoissant au milieu d'un océan de douceur malsaine, et sur The Sailor's Tale, instrumental géant de 7,20 minutes, qui est clairement le passage le plus mouvementé et crimsonien de l'album.

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Intérieur de pochette

Formentera Lady et Islands sont les deux longues pièces de l'album, et comme de juste, elles ouvrent et achèvent l'album. La première dure 10 minutes et 15 secondes, et est d'une relaxation absolue : mellotron imitant une contrebasse (à moins que ça n'en soit vraiment une, mais si c'est le cas, ce n'est pas crédité), flûte sublime de Mel Collins, et surtout, le chant de Boz, qui surgit de nulle part, doux, calme (un petit reproche donné aux chanteurs du Pourpre : souvent, de Lake à Boz en passant par Haskell, on a du mal à les entendre, tant ils chantent, parfois, calmement, murmurant plus que chantant), reposant. Suivi, immédiatement après le couplet, d'une ligne de basse (bo-bom, bo-bom, bo-bom...) minimaliste, parfaite, martelée comme un battement de coeur, et d'une flûte inoubliable. Cette ligne de basse restera jusqu'au bout, avec intervention, ensuite, de cuivres (cornet, saxophone), de mellotron, et, aussi et surtout, de Paulina Lucas, la soprano, pour des vocalises magnifiques et aériennes. Petites percussions, et ça s'enchaîne sur The Sailor's Tale, dont j'ai parlé plus haut (à noter que certaines éditions vinyle indiquent que Formentera Lady dure moins longtemps, et The Sailor's Tale, plus longtemps, considérant que Formentera Lady se finit avec la dernière phrase chantée par Boz, environ 4 ou 5 minutes avant la fin ; mais le morceau dure bien 10 minutes). Enfin, l'autre grand morceau, c'est Islands, qui dure quasiment 12 minutes (en comptant les 2 minutes rajoutées en bonus et qui, au final, ne sont pas partie intégrante de la chanson), et est belle à chialer. Notamment le solo final de cornet de Mark Charig, émouvant, terrible. Mais tout est sublime ici, du chant à la mélodie, en passant par les textes, envoûtants, de Peter Sinfield.

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A propos de Sinfield, il quittera l'aventure King Crimson peu après la sortie de l'album, après des brouilles répétées avec Fripp (selon Fripp et Sinfield, l'un des deux devait partir, c'était couru d'avance, et Sinfield a choisi de s'en aller ; il produira le premier album de Roxy Music en 1972). Islands est donc le dernier album du Pourpre avec des paroles de Sinfield. Encore une fois, le groupe ne semble pas tenir longtemps, mais, miracle, Boz, Wallace et Collins, eux, tiendront encore quelques mois. La preuve, en 1972, un autre album estampillé de ce line-up sortira, mais ça ne sera pas un album studio, mais un live, Earthbound. Hélas, peu après, le groupe resplitte, et Robert Fripp se retrouve alors tout seul, vraiment ; mais il trouvera d'autres compagnons de jeu (mais ça, j'en reparlerai une fois Earthbound abordé). Pour en revenir à Islands, c'est un disque généralement considéré comme moyen, voire même mauvais (le fait qu'il soit si facile d'accès n'aide pas), mais qui, franchement, est une belle réussite. Certes, ce n'est pas le sommet absolu du Roi Cramoisi, mais, sincèrement, il est remarquable, sublime musicalement parlant ; un disque a écouter quand on veut se relaxer un bon coup, malgré The Sailor's Tale et un passage de The Letters, assez stressants. Un classique de plus pour Crimso, et le dernier album 'classique' (le live excepté) avant un virage à 180°, en 1973. Mais, patience, j'en reparle bientôt, une fois le live abordé (tout à 'heure)...

Critique complémentaire de KingStalker :

Islands est le dernier album de la période 69-71 qui aura vu naître en 69, un des albums les plus marquant du XXème siècle, le moyennement réussi mais influent et novateur in The Court Of The Crimson King...
Islands est sûrement l'effort le plus réussi de cette période (bien que Lizard et In The Wake Of Poseidon en soit très proche) et sûrement le plus pop... C'est bien simple, en fin de compte, Islands est (presque) tout sauf un album prog' malgré la longueur trompeuse de ses morceaux.
Si je parle de pop prog', c'est juste parce qu'au niveau des arrangements et des orchestrations, le travail est phénoménale et bien sûr, sailor's tale quoi!

La période 69-71, en plus d'être sûrement la plus agréable et belle (même si 72-73 reste la plus innovante et intéressante) période du crimso', est la période trouble par excellence, notamment à cause de changements drastiques dans le line-up (il a viré tous les musiciens de Lizard, c'est dire).
C'est aussi pour ça qu'aucun des albums (hormis les deux premiers) de cette période se ressemblent.

Islands ne déroge pas à la règle... On retiendra toute fois que le pote Tippett est resté (même si il fait office de guest, il n'a jamais réellement fait partie du Crimso').
Contrairement à Lizard, Fripp abandonne toute idée de délégation dans le travail musicale... Sinfield s'occupe des paroles et lui, des partitions. Islands est son album, le sien, à lui tout seul.
Je rappelle qu'il n'a jamais été satisfait quant à Lizard, il disait au sujet de cet album qu'il avait laissé les autres tout faire tout seul et il n'était pas content, il en est même sorti meurtri.

Après s'être orienté vers le jazz, Bob, cette fois-ci, se tourne du côté de la musique classique.
Vous ne serez donc pas surpris d'apprendre qu'une soprano, Paulina Lucas, a été invité à cette immense partouze dans les Balnéaires... La voix de cette femme est toute simplement superbe même si elle n'intervient que rarement, on se délecte de sa voix de sirène, chaleureuse mais paradoxalement tellement inquiétante et mystérieuse.

Avant de commencer le titre à titre, pour ceux qui se poserait la question à la fin de leur écoute de cet album, oui la section rythmique est rudimentaire... Elle fait plus office d'accompagnement plus qu'autres choses, ce n'est pas formentera lady qui va me contredire. Quand je vous disais que islands était tout sauf prog', ce n'est pas pour rien.

C'est parti pour le track by track:

Formentera Lady : Un de mes titres préférés de l'album... Il commence assez sombrement, de manière symphonique, le violoncelle débute ce morceau de manière inquiétante... Jusqu'à ce que la voix atone de Boz déboule ainsi qu'avec lui la section rythmique (qui ne donne que la pulsation). Cela à du déconcerter pas mal de fans du groupe à l'époque, ils étaient habitués à une telle complexité musicale qu'ils devaient être outré à l'extrême à l'écoute de ce titre, pourtant sublime.
Il ouvre aussi le champ au prochain titre.

Sailor's Tale :  Ce conte maritime s'ouvre comme Formentera Lady se termine, la soprano Paulina Lucas chantonne (fin de Formentera Lady) et là, la révélation. Sailor's Tale est la pièce prog' de l'album, il en fallait bien une la voici. Sailor's Tale ,sans être autant réussi que le Devil's Triangle de In The Wake Of Poseidon, reste une des pièces majeures du (ses pièces sont nombreuses) répertoire crimsonnien...
Terrifiante, violente, expérimentale... Fripp joue de la gratte très bizarrement ici, il joue comme on joue sur un banjo... Le son qui sort de la gratte pourrait se rapporter au son de deux tôles froissés qui se frottent.... Hallucinant, ce titre.

The Letters : Le titre faible de l'album, le morceau est beau et tristounet mais trop conventionnel et faible par rapport au reste du disque. Il n'y a pas grand chose à en dire... Il est poignant et mélancolique et reste malgré tout une très belle pièce grâce à une montée du mellotron et grâce à une guitare aride et saignante en fond... Très belle montée. Ainsi que l'apparition brutalement après la montée des cuivres qui confèrent son côté violent et dérapant à ce titre.

Ladies Of The Road : Chanson préféré de Fripp à l'époque, perso je comprends pas bien pourquoi. Le titre n'en reste pas moins un grand cru, marqué par une rythmique très bluesy et grâce, encore une fois, à la guitare de Bobby (son surnom dans la chanson The King Crimson Barber Shop) qui se fait assassine... J'adore quand, avec sa gratte, il imite le son de 1000 oiseaux criants. Vous savez ce son si beau, avant le refrain du titre, cette montée douce qui sonne comme si, à la vitesse de l'éclair, de gros murs en glace montent vers le ciel.
N'importe qui aimant la musique doit avoir entendu ce titre.

Prelude: Song Of The Gulls  : Le titre le plus zarb' de l'album.
Morceau symphonique et je ne déconne pas... C'est une musique de chambre écrite par Fripp en personne... Elle fait un beau duo avec le titre éponyme final, elle sonne comme les préliminaires (oui,oui, les préliminaires quoi) avant l'acte final... Morceau poignant d'une beauté frappante.
Je suis fan!

Islands : Voilà la pièce qui se rapporte à l'acte final... Un titre qui, avec deux accords de piano, arrivent à me titiller mes circuits lacrymales. C'est l'union entre deux corps, une relation romantique entre l'auditeur et la musique. Une musique à voir en fait, l'acte sexuel dans toute sa beauté et sa pureté, la découverte de l'amour. Jusqu'à la fabuleuse montée avec les cuivres qui représentent l'orgasme... Et là, les larmes sortent, c'est beau, c'est fort, c'est romantique, c'est l'amour.
En aucun moment, ce titre sonne niais ou pompeux, c'est la beauté cristallisée en deux accords de piano (ainsi que de quelques quatres doubles).
Un morceau voluptueux et fort. Le travail d'orfèvre du disque, ces douzes minutes passent tellement vite. Pour certain le titre se termine mal, perso, je trouve la fin osée.
Des voix, des sons provenant sûrement d'instruments à cordes frottées. Un retour à la réalité.


Robert Fripp est enragé sur ce disque, cela s'entend. Le son qui sort de sa guitare est d'une rare violence, je pense notamment à Sailor's Tale ou encore à The Letters.
Il est en fond mais il est bien là, on l'entend pousser ses cris... Prémice d'un Larks' Tongues In Aspic futur? Sûrement!

Certains se plaindront du manque d'audace rythmique de l'album mais là n'est pas son essence. Tout est dans les cuivres, les notes voluptueuses du piano de Tippet ainsi que des cris de douleurs provenant de la gratte du maître!

Donc, un grand merci aux musiciens du trop oublié Centipede, ainsi qu'à Mel Collins qui a bien voulu revenir et bien évidemment à Boz qui appris la basse exprès... D'ailleurs, RIP à ce dernier mort très récemment.

FACE A
Formentera Lady
The Sailor's Tale
The Letters
FACE B
Ladies Of The Road
Prelude : Song Of The Gulls
Islands