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 Roger Waters aura ce très charmant mot, au sujet de cet album, à sa sortie en 1987 : Je le trouve très facile, un faux assez bien réalisé. Faisant évidemment allusion au fait que ce premier album de Pink Floyd sans lui (il a quitté le vaisseau en 1985 pour se consacrer à une carrière solo, et Gilmour et Mason ne feront rien pour le supplier de rester - quant à Wright, il fut viré par Waters en 1981...) lui faisait plus penser à un faux Pink Floyd qu'autre chose. Vu que Waters, auteur d'une grande, grande partie du répertoire floydien, ne voulait pas que le groupe continue sans lui, que Gilmour et Mason continuent en utilisant le nom du groupe. Mais le procès fut perdu, ils purent, et ne se sont pas gênés. Mais avant ça, petit flash-back : 1981, Wright est lourdé par Waters, le Floyd se retrouve à trois. 1982, le film Pink Floyd, The Wall d'Alan Parker, adaptation de l'inégal et culte double album The Wall de 1979, dernier album fait par le groupe au complet, sort. Pour le film, Waters avait écrit une poignée de chansons, qui devaient servir de bande-son, mais, au final, on choisira de réorchestrer le double album de 1979, ce qui semble plus logique. Les chansons écrites (une d'entre elles, When The Tigers Broke Free, est quand même dans le film) sortiront en 1983 sous le titre The Final Cut. La chanson citée juste avant ne s'y trouve pas (elle a été rajoutée en bonus-track CD, c'est même le seul album du Floyd à avoir un bonus-track en réédition CD). The Final Cut est un disque fantastique, tout en lo-fi (acoustique), un disque de protest-songs anti-Thatcher, anti-guerre des Malouines, anti-guerre, interprété en totalité par Waters ; une sorte d'album solo virtuel de Waters, un disque carrément pas floydien. L'échec sera absolu, le disque est très mal considéré (à tort, mais il est vrai qu'il détonne par rapport au reste de la discographie du groupe), aucune chanson ne sera jouée live par le Floyd, et Waters est prié de partir, ce qu'il fera (il jouera les chansons de ce disque en live).

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On se remet de ce The Final Cut mal-aimé (mais vraiment à découvrir). Gilmour, après avoir obtenu gain de cause pour le nom Pink Floyd, décide de relancer la machine. Nick Mason est de la partie, ainsi qu'une enculade de musiciens invités, un vrai who's who qui inclut John A. Helliwell (saxophoniste de Supertramp), Tony Levin (basse), Jim Keltner (batterie), Carmine Appice (batterie), Tom Scott (saxophone), Scott Page (saxophone), le producteur Bob Ezrin (percussions)...et Rick Wright (claviers, évidemment), pas le seul claviériste (Patrick Leonard et Jon Carin en jouent aussi), mais le plus évident. Wright n'est cependant ici qu'en invité, il n'a pas été réintroduit dans le groupe, pour des raisons légales (il le sera par la suite : sur The Division Bell de 1994, le dernier album, il est officiellement membre du Floyd comme avant, mais je crois que ça réintégration a eu lieu pendant la tournée 1987/1988). L'album, enregistré principalement sur une péniche appartenant à Gilmour (qui a signé le disque en totalité, avec l'aide d'Ezrin parfois, et de Phil Manzanera, de Roxy Music, sur un titre, One Slip) sur la Tamise, l'album, donc, s'appelle A Momentary Lapse Of Reason. Il est sorti en 1987 sous une pochette signée du fidèle Storm Thorgeson de Hipgnosis, et qui représente des lits sur une plage, un homme sur un de ces lits, des chiens (de guerre ?) au fond sur la plage près de la mer, et un avion dans le ciel, au lointain. La pochette n'est pas spécialement la plus belle de l'histoire du Floyd (qui, une première depuis 1971 et Meddle, est représenté en photo dans la pochette intérieure ; uniquement Gilmour et Mason, vu que Wright n'était pas officiellement revenu, mais seulement en invité ; voir ci-dessous). Elle n'est pas la pire non plus (celle de The Final Cut n'est pas terrible, même si elle correspond bien à l'ambiance du disque). Mais elle est dans le style un peu zarbi des pochettes d'albums du Floyd de l'époque, voir aussi celles du double live Delicate Sound Of Thunder de 1988 ou de la compilation A Collection Of Great Dance Songs de 1981).

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A Momentary Lapse Of Reason, 51 minutes, est un tournant total pour le Floyd. Résolument pop, le disque est totalement dans son époque, entre les synthés et les boîtes à rythmes, programmations, batteries électroniques... L'album suivant (et ultime), The Division Bell, tout en étant également pop, sera plus 'classique' et floydien, meilleur aussi. Car A Momentary Lapse Of Reason est bel et bien, et définitivement, le ratage du groupe. Oui, vraiment. On a de bonnes chansons ici, et en live (voir le double live cité plus haut), elles fonctionneront parfaitement. Mais c'est peu dire que le son de ce disque a vieilli, et que cet album fait plus penser à un album solo virtuel de Gilmour (tout comme The Final Cut fait penser à un album solo virtuel de Waters), et pas un bon, qu'autre chose. OK, Sorrow, qui achève l'album, est une tuerie délivrant un solo de guitare absolument incroyable, 8,45 minutes terrassantes. OK aussi pour On The Turning Away, dont le seul défaut (et il est grand, limite impardonnable) est de couper le solo de guitare final en un long fade-up bien frustrant ; en live, ça sera immense. Wright avait fait un solo de claviers pour ce titre, qui ne sera pas conservé, car il ne collait pas avec le morceau. Autres grands moments, Learning To Fly (Mason et Gilmour avaient comme passion commune l'aviation et le pilotage), et j'avoue vraiment aimer One Slip et Yet Another Movie. Ca nous fait cinq morceaux sur dix, les mecs (Round And Around, pièce instrumentale très courte, est couplée avec Yet Another Movie sur la même plage audio), autrement dit, une bonne moyenne. Oui, mais les cinq morceaux restants ?

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Ben, ils ne sont pas terribles, ces morceaux. Enfin, Terminal Frost, instrumental de 6,15 minutes, est agréable, mais ce n'est pas extraordinaire. Il est par ailleurs sandwiché par les deux parties de A New Machine, respectivement 1,45 minute et 40 secondes, et qui ne servent à rien du tout du tout du tout. En plus d'être inutiles, elles sont moches comme des culs de babouins pelés et galeux. Signs Of Life, qui ouvre l'album sur des bruits de canot à rames avançant sur l'eau (allusion au lieu d'enregistrement, la péniche "Astoria" de Gilmour), est un instrumental assez agréable aussi, qui met bien dans le ton (comme Cluster One sur l'album suivant, mas en moins bon), mais comme Terminal Frost, ce n'est pas non plus du grand Floyd. Et il y à The Dogs Of War, chanson assez violente sur la guerre, interprétée par un Gilmour hurleur, et franchement, je n'ai jamais aimé cette chanson, que ce soit sur l'album ou en live sur Delicate Sound Of Thunder. Elle dure 6 minutes, de plus, ce que je trouve assez longuet. A Momentary Lapse Of Reason offre donc cinq bonnes (voire grandes) chansons, et cinq morceaux, chantés ou non, assez dispensables. Ce qui en fait un album moyen, et même le seul album de la sorte chez Pink Floyd, car si The Wall aussi est inégal, il offre quand même plus de grands moments, sur la longueur. La production très 1987 est datée, elle vieillit moyennement bien, et si le groupe et ses invités jouent bien, ça ne suffit pas. Waters, au moment de la sortie de l'album, dira, en plus de la citation en haut d'article, que selon lui, les paroles des chansons sont consternantes, de troisième ordre. Waters exagère sans doute un peu, mais il n'a pas tout à fait tort. En tout cas, quand il parle d'un faux bien réalisé, il est dans le vrai, et force est de constater que si le groupe reformé (toujours sans Waters, évidemment) arrivera en 1994 à accoucher d'un The Division Bell remarquable, en 1987, il livre avec A Momentary Lapse Of Reason son premier mauvais disque (même si le mot 'mauvais' est un peu sévère), son premier et unique disque studio dispensable et réservé aux fans et aux complétistes uniquement. J'ai beau adorer le Floyd, cet album, sans le détester, j'ai toujours eu du mal à l'écouter en totalité sans avoir envie de l'arrêter pour mettre un autre album du groupe à la place. Bref, je ne l'écoute que peu souvent, et uniquement quand je me refais l'intégralité, dans l'ordre, des albums studio du groupe.

FACE A

Signs Of Life

Learning To Fly

The Dogs Of War

One Slip

On The Turning Away

FACE B

a) Yet Another Movie

b) Round And Around

A New Machine, 1

Terminal Frost

A New Machine, 2

Sorrow