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En abordant In Through The Out Door dernièrement (il y à deux jours), j'avais abordé le dernier album studio de Led Zeppelin, et j'avais précisé que je n'aborderai pas CODA, leur album de 1982, sorti posthume (après la mort de leur batteur John Bonham en 1980, qui a marqué la fin du groupe), car ce disque ne compte pas pour moi. Mais, bon, je me suis dit, histoire d'avoir abordé à nouveau, dans de nouvelles chroniques, tous les albums studio de Led Zeppelin, autant aborder à nouveau CODA, comme ça, ça sera fait. Dont acte. Je précise en revanche que je ne referai pas les articles des deux lives BBC Sessions et How The West Was Won. Mais revenons à CODA, le si tragique CODA. L'album est, donc, sorti en 1982. Sous une pochette qui, osons le dire, est une des pires chiures innommables de l'histoire de la musique enregistrée. A se demander vraiment comment Led Zeppelin a osé laisser sortir ce disque sous une pochette pareille (la pire du groupe). OK, elle est sobre, mais depuis quand la sobriété fait la beauté, hein...En tout cas, cette pochette prouve que les deux notions (sobriété et beauté) peuvent être incompatibles. Au dos, on voit une photo noir et blanc représentant...ben, plutôt que de la décrire, la voici, cette photo, ci-dessous, avec le dos de pochette :

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Hein, que c'est moche ? A l'intérieur de la pochette (elle est en effet gatefold), on a un grand nombre de photos, couleurs ou noir & blanc, du groupe, à diverses époques. Débuts, année 70, fin des années 70. Photos solo ou de plusieurs membres (ou de tous), aucune ne les représente sur scène par ailleurs. Beaucoup de photos de John Bonham, ce qui est logique, le batteur étant mort en 1980, et ce disque, dans un sens, est là pour lui rendre hommage (et sceller la fin du groupe : le titre est éloquent, une coda étant le nom musical d'un ultime passage d'une pièce musicale, la conclusion). Ce qui explique la présence de Bonzo's Montreux (Bonzo était le surnom du batteur), instrumental enregistré en 1976 à Montreux, Suisse, et constitué d'une étude de batterie de Bonham, agrémentée de synthés puants. Les synthés, Jimmy Page les a rajoutés en studio bien après, au moment de monter CODA, en 1981/82. Ca explique aussi le fait que Bonham soit le premier auteur crédité pour Darlene, devant Page et Plant. Or, d'ordinaire, quand plusieurs membres du groupe écrivaient un morceau, c'était d'abord Page, puis Plant, puis les autres (et quand Page n'écrivait pas, ce qui est arrivé à deux reprises seulement, c'est Plant d'abord, puis les autres). La présence de Bonham en premier cité est évidemment un hommage de plus (et Bonham est le seul crédité pour Bonzo's Montreux). CODA est un album très court, seulement 33 minutes pour 8 titres. Ce n'est pas à proprement parler un album de Led Zep, et il n'est conseillé qu'aux fans hardcore ayant déjà tous les albums chez eux et voulant compléter leur collection. L'album n'est pas vendu très cher, généralement, et c'est tant mieux, car il ne vaut franchement pas tripette.

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La face A, la meilleure des deux, la seule qui, vraiment, vaut l'écoute (mais, hélas, la plus courte des deux, même pas 15 minutes), commence par un titre enregistré apparemment live, mais sur lequel les applaudissements et clameurs du public furent viré(e)s, We're Gonna Groove. Morceau le plus court avec 2,35 minutes, il est franchement excellent (oui, vraiment), et propose des overdubs de guitare rajoutés en studio (Sol Studios, Cookham, dans le Berskhire) par Page au moment de monter CODA. Ce We're Gonna Groove est une reprise détonnante de Ben E. King, et si on écoute (ou plutôt, si on regarde, car il est sur le double DVD Led Zeppelin de 2003, qui est immense) le concert du Royal Albert Hall de 1970, on se rend compte que ce We're Gonna Groove de CODA pourrait bien être celui du live, c'est musicalement identique (overdubs exceptés). D'ailleurs, sur la pochette de CODA, il est indiqué recorded at the Royal Albert Hall, january 9, 1970. La date du concert présent sur le DVD ! Une chanson franchement excellente qui augure de bien des plaisirs auditifs pour le reste de l'album. Si seulement on savait, au moment de la première écoute de l'album, que ça sera loin d'être le cas... Poor Tom est un court (3 minutes) morceau acoustique enregistré aux studios Olympic en 1970, pendant les sessions de Led Zeppelin III. C'est, je trouve, vachement bien que ce morceau ne se soit pas retrouvé sur le troisième album (ça prouve vraiment que la nature est bien foutue), car, honnêtement, sans être mauvais, c'est assez moyen... Contrairement à Physical Graffiti qui a utilisé des morceaux écartés à l'époque (par manque de place) pour se compléter et devenir double, CODA, lui, offre vraiment, à deux exceptions (titres 1 et 3), des chutes de studio probablement considérées comme infâmes par le groupe et utilisées ici par défaut, par manque d'autre matériel intéressant, ou par fainéantise et bâclage. J'aurais préféré que le groupe sorte un live.

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Intérieur de pochette

 Clairement, la qualité n'est pas là. Sauf sur We're Gonna Groove et I Can't Quit You Baby, lequel est une version live (qui a subi le même traitement que le premier titre : sans applaudissements, virés) de la chanson présente sur le premier album de 1969, une reprise de Willie Dixon. Ce morceau provient du même concert que We're Gonna Groove, mais sur la pochette, il est indiqué, enregistré en répétitions, au Royal Albert Hall, le 1er septembre 1970. A cette date, le groupe n'était pas au Hall, et, de plus, ça n'a pas été enregistré en répétitions, mais en live ! Pourquoi cette connerie dans les crédits, pour tromper son monde (c'est que CODA n'est pas un album honnête, attention : entre les overdubs, les crédits hypocrites et les erreurs de date d'enregistrement, plus la durée infime de l'album et son contenu, on est vraiment proche de la benne à ordure musicale). Musicalement parlant, cette version live est efficace, bien musclée, Plant est en forme. Ensuite, on a Walter's Walk, enregistré en 1972 à Stargroves, pendant les sessions de Houses Of The Holy. Apparemment, seule la musique a été faite à l'époque, Plant ayant enregistré les voix...en 1982. Le morceau tait une ébauche en 1972 (sur How The West Was Won, on entend, durant les 25 minutes de Dazed And Confused, une bribe embryonnaire de Walter's Walk, sans paroles : le riff). Le morceau, le plus long de la face (4,30 minutes), est sympa, sans plus.

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La face A n'est pas extraordinaire, mais ça peut encore passer. La B est une catastrophe absolue. Outre Bonzo's Montreux (de 1976), elle offre trois morceaux des sessions de In Through The Out Door (1978, studios Polar de Stockholm, Suède), lesquels n'ont pas été placés sur l'album car jugés faibles, ou par manque de place, ou les deux (vu que l'album In Through The Out Door, le dernier, dure 42 minutes, ils auraient sans doute pu placer au moins un autre titre dessus). Ces titres sont Ozone Baby, Darlene et Wearing And Tearing. Le premier est une chanson insoutenable de merditude assumée, Plant y chante épouvantablement mal, ses ouuuh-ou-ouuuh, it's my love, ouuuh-ou-ouuuh, it's my own true love sont horribles, énervants au possible, et le morceau a beau ne durer que 3,30 minutes, il en semble le triple. Darlene semble plus efficace, et est un boogie-rock au final énervant, trop long (crédité à 4,35 minutes, il en fait, en fin de compte, 5), et sur lequel, encore une fois, Plant ne semble pas au meilleur. Bon riff, cependant, c'est tout à sauver. Enfin, Wearing And Tearing, morceau le plus long de CODA avec 5,30 minutes, est un hard-rock tendance un peu punk, que le groupe aurait aimé sortir sous un faux nom, comme un groupe punk, pour tromper son monde. C'est bourrin et sans grande originalité, assez mauvais. Reste Bonzo's Montreux, qui est à la fois excellent et horrible. Excellent, car il prouve encore une fois le talent immense de Bonham, un batteur d'enfer, il livre ici une prestation incroyable. Horrible, car pourquoi avoir rajouté ces insupportables claviers synthétiques sonnant comme des casseroles cabossées, tout du long ? Le morceau en devient limite insupportable par moments.

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Voilà donc ce qu'est CODA : un disque malhonnête, assemblé à la hâte, à la va-comme-je-te-pousse, pour rendre hommage à Bonham (mouais...excepté Bonzo's Montreux, c'est pas spécialement flagrant) et permettre au groupe de sortir un dernier album (qui se vendra bien : un million d'exemplaires vendus aux USA, disque de platine là-bas, mais sa meilleure position dans les charts sera 3ème au Canada, 4ème en Angleterre, 6ème aux USA...18ème en France, 43ème en Allemagne...). L'histoire zeppelinienne, officiellement, s'arrête là. Un an plus tôt, Plant a lancé sa carrière solo avec un album aujourd'hui daté (Pictures At Eleven). CODA est un disque voulant dire souvenez-vous de Led Zeppelin, mais en l'écoutant, on n'a qu'une seule envie, c'est d'oublier CODA et de se replonger dans les vrais albums du groupe. Ceux qui pensent que In Through The Out Door est le pire du groupe n'ont probablement pas écouté CODA !

FACE A

We're Gonna Groove

Poor Tom

I Can't Quit You Baby

Walter's Walk

FACE B

Ozone Baby

Darlene

Bonzo's Montreux

Wearing And Tearing