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Changement de style. Après avoir, durant quatre albums (de 1968 à 1970), offert une musique complexe, dure, sombre, pleine d'une violence latente ne demandant qu'à exploser, pleine de tension et d'oppression, Pink Floyd, en 1971, décide de totalement changer d'optique. Place à la douceur, à la relaxation, à de la musique réellement planante, zen, à prédominance acoustique, très aérienne et, aussi et surtout, optimiste. Leur musique, par la suite, retombera parfois dans la tension (Animals, The Wall), mais sera quand même généralement assez planante et zen. Meddle, sorti en 1971, sixième album studio du groupe, est un pivot pour la carrière du Floyd. Il fait suite à Atom Heart Mother, et jamais un album n'aura été aussi éloigné du précédent dans la discographie d'un groupe (si on excepte King Crimson, avec leurs albums Lizard de 1970 et Islands de 1971, ils auront eu le même changement d'optique musical pendant un temps ; avant de passer à la tension pure dès 1973, eux). Long de 46 minutes pour 6 titres, dont un de 23,30 minutes occcupant toute la face B, Meddle est sorti sous une pochette bleu et noir, au design assez aquatique et étrange, représentant une oreille humaine dans l'eau et le sang (si vous dépliez la pochette et que vous la regardez en format portrait, avec le recto de pochette en bas, alors vous verrez). Gros succès commercial et public, il est toujours considéré comme un des meilleurs albums du Floyd, un des préférés des fans. Il faut dire que cet album a de quoi plaire. Ce n'est pas leur meilleur, il m'est même un peu décevant (passer de la tension d'Atom Heart Mother à la douceur zen de Meddle, c'est assez facile et commercial), mais je ne peux m'empêcher, tout de même, de l'adorer.

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Intérieur de pochette

Impossible de ne pas l'aimer, cet album, de toute façon. Il a tout pour satisfaire les amateurs de Pink Floyd, en dépit de son évidence, de sa facilité. Meddle est, musicalement, un disque parfait, produit à la perfection (l'album a été enregistré à Abbey Road comme pas mal des albums du groupe), alternant intelligemment entre plusieurs styles musicaux : Seamus est un blues, San Tropez est jazzy, Fearless est acoustique, A Pillow Of Winds est planante, Echoes est...Echoes, quoi, la quintessence floydienne de la deuxième période, bien que je place Shine On, You Crazy Diamond 1 et 2, de 1975, devant, de peu, mais devant. Et One Of These Days, unique instrumental de l'album, ouvre le bal sur quasiment 6 minutes qui rappellent une dernière fois que le Floyd était plein de tension, le morceau étant assez oppressant et limite flippant. Une montée en puissance imparable, avec ce passage culte faisant intervenir vocalement (voix bidouillée), pour une de ses rarissimes fois avec Corporal Clegg (1968), le batteur Nick Mason, prononçant cette phrase, One of these days, I'm going to cut you into little pieces, d'une voix terrifiante. Après cette intervention, le morceau bascule dans la folie, solo de guitare infernal, rythmique haletante, la tension redescent, l'explosion a eu lieu. Le reste de l'album ne pourra être que douceur (si on excepte un passage un peu stressant dans Echoes, à base de sons de sirènes), et le sera. La preuve, A Pillow Of Winds, dont rien que le titre ('un oreiller de vents') donne envie de se coucher, de fermer les yeux, et d'écouter le morceau, qui suit directement One Of These Days, sans pause, et en est l'exact opposé : relaxation pure, douceur, zen, aah, que c'est beau...Le chant de Gilmour est suave, langoureux, vaporeux, sa guitare est, comment dire, sublimissime... Après, oui, c'est calme, zen, et les anti-Floyd n'hésiteront pas à qualifier ça d'emmerdant, de chiant... on les emm... ! Ce n'est pas le sommet de cette première face (je ne dis pas : le sommet de l'album, car c'est Echoes, tout simplement), ce n'est pas non plus le moins bon morceau de l'album (autant le dire tout de suite, c'est Seamus), mais que c'est beau...

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Fearless suit ensuite, avec sa particularité : se finir sur une chorale de supporters du Liverpool FC chantant You'll Never Walk Alone, hymne des supporters de ce club de foot anglais. Et là se pose une question essentiellement inutile mais que je pose quand même : si le Floyd avait été marseillais, Fearless se serait-il fini sur PSG, enculés ? Répondre en 5000 mots, vous avez trois heures. Fearless ('sans peur') est une chanson à prédominance acoustique, interprétée par Gilmour aussi, et c'est probablement bien là le meilleur morceau de la face A, si on excepte One Of These Days. C'est champêtre (malgré les très virils choeurs de footeux qui surgissent vers la fin et squattent carrément le final), vraiment sublime. Et aussi éloigné des ambiances de Ummagumma et Atom Heart Mother que les films de Stanley Kubrick le sont de ceux de Philippe Clair. Puis, San Tropez, charmante chanson jazzy chantée par Waters, très agréable, un peu caricaturale certes, et mineure, mais rigolote. Waters aurait eu l'idée de faire cette chanson après avoir rencontré Brigitte Bardot. Je ne dis pas qu'on pense franchement à Saint-Tropez en écoutant cette chanson, mais en tout cas, ça dépayse un peu (superbe piano de Wright en final, ce mec était un grand claviériste). Enfin, Seamus, morceau le plus court (2,15 minutes), achève la face A avec bonhomie, sympathie, mais faiblesse, aussi : c'est un blues interprété par Gilmour, sa guitare sèche et...un chien, qui pousse des jappements, aboiements, en contrepoint. Sur le live à Pompéi, il y à une autre version, intitulée Mademoiselle Nobbs, qui fut enregistrée à Paris, en studio, avec une chienne de cirque (d'où la différence de titre : ce n'est pas le même chien), et sans paroles, juste les aboiements. C'est amusant, original, mais ce blues canin n'est pas non plus extraordinaire, c'est même le morceau le moins réussi, de loin, de Meddle.

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La face B, elle, s'ouvrait et se refermait sur Echoes, 23,35 minutes implacables de puissance, de beauté, de force, de magnificence, de splendeur, de maîtrise... Soyons francs entre nous, je pense que la vraie grande raison de toujours écouter Meddle, en 2011, année de ses 40 ans, est la présence de ce titre mythique qui occupe à lui tout seul l'exacte moitié de l'album (qui dure 46 minutes). Non pas que les 5 précédents morceaux ne valent pas l'écoute ; comme je l'ai dit plus haut, ils sont dans l'ensemble vraiment bons, la face A se termine sans aucun doute sur deux titres mineurs, San Tropez et Seamus, mais rien de grave, on a quand même de la très bonne musique (même si Waters, quelques années plus tard, dans une interview, estimera que Meddle et Atom Heart Mother sont moyennement bons : une bonne face - le morceau titre pour Atom Heart Mother, Echoes pour Meddle - et une face totalement massacrée - forcément, les faces de chansons, respectivement la face B et la face A en fonction des albums cités). Mais Echoes envoie tout le reste de Meddle (tout le reste) aller chercher du bois pour le feu, tellement il est monstrueux, magnifique, intense, immense...les mots manquent, en fait, tellement c'est beau. Le morceau est chanté, et s'il est constitué de plusieurs sous-parties (ça se ressent à l'écoute, il y à des 'blocs'), rien n'est précisé nulle part, contrairement à Atom Heart Mother, Alan's Psychedelic Breakfast ou même A Saucerful Of Secrets. Ca commence doucement, par un bruit de sonar, un son aquatique mais aussi très aérien, aigu à l'extrême mais pas strident. Tout de suite, on est soit dans l'espace (il paraîtrait que ce morceau serait un accompagnateur idéal pour la partie 'espace' de 2001 : L'Odyssée De L'Espace de Kubrick, tout comme l'album The Dark Side Of The Moon, écouté en boucle, est une bande-son parfaite pour Le Magicien D'Oz de Victor Fleming, rapport à de nombreux cas de synchronicité entre la musique et des passages du film ; il existe plusieurs sites web qui en parlent et j'ai personnellement testé, c'est bluffant, mais revenons à Echoes), soit au fond de l'eau. Le morceau met un peu de temps à s'installer, une mélodie douce, à base de claviers et de guitare, surgit, puis Gilmour fait gentiment retentir sa guitare, pour un des riffs les plus doux qui soient, et sa voix, couplée à celle de Wright, surgit, à 3 minutes : Overhead the albatross hangs motionless upon the air, and deep beneath the rolling waves in labyrinths of coral caves, the echo of a distant time comes willowing across the sand, and everything is green and submarine (passage cité de mémoire, sans s'en reférer au livret de l'album). Et on est au Paradis pendant 23,35 minutes depuis le premier coup de sonar, mais c'est vraiment l'arrivée des voix qui en est la preuve la plus évidente, ainsi que le long solo de guitare de la septième minute à 11,25 minutes. Il y aura bien un passage un peu oppressant (de 11,25 minutes à la quinzième minute, des effets de guitare joués sur une pédale wah-wah à l'envers, imitant des sons de mouette). Ces sons de mouette guitaristiques sont sublimes, mais délivrent aussi une atmosphère assez space, et un peu glaciale. C'est probablement, avec le solo de guitare précédent, le meilleur moment de ce morceau légendaire.

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Meddle est donc un grand opus floydien, un album essentiel et remarquable, même si, en ce qui me concerne, je trouve ça un peu dommage que le groupe soit passé aussi vite à un rock planant zen et apaisant, après une telle série d'albums complexes et un peu sombres. Clairement, ma période préférée du groupe est 1968/1970. C'est à partir de 1971 et Meddle que le Floyd devient imbattable, un groupe totalement mythique et populaire (il l'était déjà avant, mais Meddle sera le premier album fédérateur, avant The Dark Side Of The Moon et Wish You Were Here). La même année, un réalisateur, Adrian Maben, convaincra le groupe de jouer live, sans public, dans les arènes de la cité en ruines de Pompéi, et les filmera (il filmera aussi le groupe jouer live, toujours sans public, dans un studio de Paris en utilisant des captures d'image en fond d'écran, car tout le concert n'a pu être fait à Pompéi pour des raisons de temps, d'argent et des soucis techniques). Ca donnera le mythique Live At Pompeii qui sortira en VHS (puis en DVD) - et en album, mais officieusement - et proposera notamment une version ahurissante de Echoes en ouverture et clôture du programme. A ce moment-là, le Floyd, faisant résonner son monstrueux Echoes dans les ruines de Pompéi, est au sommet, pour la première fois de sa carrière. Pour en revenir à Meddle en conclusion, c'est un disque que j'adore, que je trouve essentiel, mais que je trouve aussi un peu facile et évident, surtout après l'album à la vache de 1970. Mais, bon, je leur pardonne !

FACE A

One Of These Days

A Pillow Of Winds

Fearless

San Tropez

Seamus

FACE B

Echoes