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 Entre 1977 et 1979, rien ne se passe chez Led Zeppelin ; ou presque rien. Le groupe remonte sur scène (1977), mais le punk-rock prend tout le monde à la gorge, et être un groupe de hard-rock, à cette époque, est plutôt mal vu. On considère les groupes actifs depuis une dizaine d'année, ou même moins, comme des dinosaures, des reliques du passé, on les conspue, les dénigre (le fameux T-shirt "I hate Pink Floyd" de Johnny Rotten, chanteur des Sex Pistols). Et puis, le Marteau des Dieux (le fameux Hammer of the Gods de la chanson Immigrant Song) retombe lourdement, à plusieurs reprises, sur Led Zeppelin, depuis 1975 : accident de bagnole de Plant (1975), albums moyennement accueillis par la presse (Presence, le live et le film The Song Remains The Same, tous en 1976) ; et, last but not least, en 1977, Robert Plant vit un drame familial : un de ses enfants, Karac, meurt d'une infection pulmonaire dans son sommeil. Meurtri (on le serait à moins), Plant envisage de stopper sa carrière. Ce sont les trois autres, et Peter Grant, manager du groupe (cette montagne de muscles montés sur muscles) qui parviennent à le convaincre de revenir. En 1978, en novembre et décembre, le groupe entre en studio pour coucher un nouvel album. Le studio est, encore une fois, à l'étranger, en Suède, précisément, et à Stockholm en particulier : ce sont les studios Polar, dans lequels ABBA ont l'habitude d'enregistrer. L'album, qui sortira le 15 août 1979, et sortira en vinyle sous une surpochette de papier kraft (le vinyl-replica reproduit cette surpochette, mais évidemment pas l'édition CD classique), s'appelle In Through The Out Door. Sa pochette représente un bar mal famé, sous plusieurs vues, avec un homme accoudé au comptoir, s'apprêtant à brûler à la flamme d'un briquet une photo, sous le regard éteint et morne du barman et celui, hilare, d'une femme au fond du comptoir. L'image semble être vue de l'extérieur du bar, comme en témoigne la trace un peu arrondie au centre de la photo, qui représente la trace que fait une main pour effacer de la buée ou de la saleté, afin de regarder, par la porte de dehors (traduction du titre).

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Surpochette en kraft du vinyle

Le titre de l'album signifie surtout que le groupe, avec cet album de 42 minutes pour seulement 7 titres, tentera de revenir face au public non pas par de grands moyens, mais par la petite porte, discrètement, sobrement. En un sens, la tentative sera réussie, car l'album se vendra, encore une fois, bien (le nom de Led Zeppelin suffisant pour cela), l'album sera N°1 aux USA comme les autres, et il s'en vendra, apparemment, dans les 6 millions aux USA. Ce qui est, il faut le dire, assez dingue (deux fois plus que Presence !). orti en vinyle, sous six pochettes différentes (l'acheteur ne savait alors pas, à cause de la pochette en kraft par-dessus, quelle pochette il avait), In Through The Out Door est produit par Jimmy Page, mais John Paul Jones (basse, claviers) a une énorme part d'importance dans sa génèse : il a des crédits sur tous les titres, excepté Hot Dog (et Page, quant à lui, n'est pas crédité sur All My Love et South Bound Saurez, ce sont les deux seules chansons de Led Zeppelin sur lesquelles Page n'a rien fait, niveau composition et écriture). Et ses claviers sont très présents sur ce disque très fortement moderne, bien moins heavy que les précédents, et qui, autant le dire, est le moins bon de Led Zeppelin. Autant le dire aussi, j'aime beaucoup In Through The Out Door, et je ne plaisante pas, je l'aime vraiment beaucoup, je l'ai toujours beaucoup aimé, et je l'ai toujours écouté aussi souvent que n'importe quel autre album de Led Zeppelin. Même si l'album offre trois chansons franchement médiocres (et même mauvaises). C'est d'ailleurs, si on veut bien mettre CODA (médiocre album de chutes de studio de 1982) de côté, l'album du groupe possédant le plus de mauvaises chansons, chose hélas de vigueur depuis Houses Of The Holy. Et les sonorités modernes, limite new-wave, de l'album en elles-mêmes suffiront à rendre l'album férocement impopulaire chez les fans de Led Zeppelin, peu importe, dans un sens, ces trois mauvaises chansons.

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Ces chansons sont South Bound Saurez, Fool In The Rain et Hot Dog, qui occupent quasiment toute la première face. La première devait s'appeler South Bound Suarez, mais une erreur fera que la chanson sera créditée South Bound Saurez sur la pochette. On entend d'ailleurs Plant dire Suarez, suarez dans la fin du morceau, un morceau composé par Plant et Jones, sans Page, et sur lequel une partition de piano entêtante est le principal accompagnateur de la voix éraillée de Plant (on entend de la guitare, évidemment, mais, pour une fois, en retrait, et il est intéressant de constater quelques erreurs mineures de jeu, qui furent laissées telles quelles par un Page visiblement peu concerné par l'album). La chanson, avec son rythme honky-tonk qui va bien avec la pochette (le bar), est assez médiocre, tout en étant sympathique. Fool In The Rain, qui sortira en single (étonnant, mais vrai), est une chanson foutrement longue, 6,15 minutes, et possédant en son centre un passage...samba...du plus mauvais effet, on se croirait en plein carnaval de Rio, ou en plein Maracana pendant un match de foutchebaole. Ca fait, vraiment, ridicule. Le reste du morceau est une sorte de ballade pop indigne de Led Zeppelin. Plant semble à la peine, ici. Et ça en fait (de la peine). Ensuite, Hot Dog, qui achevait la face A dans tous les sens du terme. Une chanson boogie ridicule qui se pose là comme étant, avec Hats Off To (Roy) HarperD'Yer Mak'er, Candy Store Rock et Ozone Baby (enregistrée pendant les sessions de In Through The Out Door, mais écartée de l'album et placée en 1982 sur CODA, comme deux autres titres ayant subi le même sort), une des pires chiures jamais commises par le Zeppelin de Plomb. Rien d'autre à dire. Ah ! si, elle sortira en face B du single.

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Une des six vues différentes pour la pochette, et probablement ma préférée

Mais la face A commence par une des meilleures chansons de l'album, In The Evening, quasiment 7 minutes qui, bien que très modernes dans l'âme (on sent les synthés), assurent totalement. L'intro atmosphérique, qui n'est pas sans rappeler un peu celle de In The Light (1975), est géniale, et dès que la voix de Plant surgit (In theeeeeeeee eveniiiiiing), le riff déboule et là, bang, kapow, on en prend plein la face. Plant rugit comme un damné (Oooooh, I need your love), le solo de guitare de Pagey est démentiel, la rythmique assure... En tant que morceau d'ouverture, In The Evening remplit parfaitement son office, c'est un morceau génial qui donne envie d'écouter la suite. Qui est donc, hélas, constituée des trois mauvais morceaux que je viens de décrire plus haut... Une face A, donc, totalement inégale et même foirée, car cet unique titre de 7 minutes ne suffit quand même pas à la sauver. La face B, elle, offre 3 titres, dont un de 10 minutes, Carouselambra (après In My Time Of Dying et Achilles Last Stand, c'est la troisième chanson la plus longue du groupe et une des trois, aussi, à atteindre 10 minutes). Carouselambra est une chanson faisant partie des plus étranges de Led Zeppelin. C'est aussi une de mes préférées, mais je dois être un peu cinglé quelque part, aussi... La chanson est constituée essentiellement de claviers, qui ne sonnent pas forcément très bien (ça fait un peu cacophonique, casserole rouillée et cabossée), et le chant de Plant est presque masqué derrière cette surabondance de synthés. La deuxième partie du morceau fait intervenir la guitare de Page, le morceau devient un peu atmosphérique, plus classique aussi, dans un sens. Le titre du morceau s'expliquerait par le fait que la chanson semble tourner sur elle-même comme une musique de carrousel, de manège. C'est vrai qu'on l'imagine très bien en fond sonore de ce genre d'attraction de foire... Le morceau est mineur, contesté chez les fans, mais comme je l'ai dit, je l'aime bien. Je le préfère à All My Love, chanson signée Plant et Jones (l'autre chanson sur laquelle Page n'a rien fait, niveau crédits), une chanson certes touchante, triste, dédiée à Karac, le fils disparu (Plant la chante avec passion et tendresse), mais avec ces synthés qui imitent des cordes et ce chant, justement, dégoulinant, sans oublier ce solo de claviers, ce morceau fait très (trop) guimauve quand même ! Enfin, on a I'm Gonna Crawl, immense blues-rock achevant l'album, que John Bonham (batteur) décrira comme étant la meilleure performance vocale de Plant sur un album du groupe. C'est vrai que ce morceau très classique, très rock, est une pure réussite, qui achève l'album avec force.

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A propos de Bonham... In Through The Out Door est le dernier album studio du groupe. En effet, Bonham n'a rien trouvé mieux que de décéder, en 1980, d'une overdose massive d'alcool et de came. Le groupe, meurtri par cet énième coup de Marteau des Dieux, décidera de raccrocher les gants. Entre temps, en 1979, ils s'étaient produit au Knebworth Festival, aux USA, assurant un peu de promo pour l'album (dont peu de morceaux furent joués live). La mort de Bonham marque aussi la mort de Led Zeppelin. CODA, album de chutes de studio et d'inédits, sortira en 1982, quasiment en hommage à Bonham (un solo de batterie inédit, notamment). Pour en finir avec In Through The Out Door, c'est donc un disque inégal, fortement inégal, comprenant, pour une fois, et c'est d'autant plus triste que c'est la dernière fois, plus de mauvaises chansons que de bonnes (trois excellentes chansons, même si Carouselambra est controversé). Le moins bon des albums de Led Zeppelin, un disque mineur, secondaire, à réserver aux fans. Je l'aime quand même beaucoup, ce disque, mais je le reconnais : c'est pas du grand art. Hélas. Et c'est ainsi que s'achève le cycle Led Zeppelin, car je ne pense pas re-aborder ce ratage absolu qu'est CODA, qui, pour moi, ne compte pour ainsi dire pas...

FACE A

In The Evening

South Bound Saurez

Fool In The Rain

Hot Dog

FACE B

Carouselambra

All My Love

I'm Gonna Crawl