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En novembre 1971, Led Zeppelin sort son quatrième album, sans titre. Immense succès, et immense album (leur meilleur). Quelques mois plus tard, en janvier 1972, le groupe se réfugie à Stargroves, une maison dans le Berkshire, appartenant à Mick Jagger, afin d'enregistrer (ils enregisteront aussi à Headley Grange et aux studios Island de Londres), avec le studio mobile des Stones, un successeur. De janvier à août, ils poseront sur bande une dizaine (voire plus) de morceaux, et l'album sortira le 28 mars 1973. Ca n'était jusque là jamais arrivé qu'un aussi long délai sépare deux albums du groupe ! Ce cinquième album est aussi leur premier à posséder un vrai titre, à savoir Houses Of The Holy (titre qui n'apparait pas sur la pochette, seulement sur la pochette intérieure, qui comprend, une première et dernière pour le groupe, les paroles des 8 chansons). Le titre est aussi celui d'une chanson qui, tout comme Black Country Woman, The Rover et Walter's Walk, ne se trouvera pas sur l'album final, mais sera utilisée par la suite sur d'autres albums (Physical Graffiti, et CODA pour la dernière citée). Ce n'est pas la première fois qu'un groupe appelle son album du titre d'une chanson qui, au final, ne se trouvera pas sur le disque : c'était déjà le cas pour les Doors (Waiting For The Sun, faite en 1968, sera mise en album en 1970) et par la suite, sera le cas pour Queen (Sheer Heart Attack, faite en 1974, placée en 1977). Je parlerai de ces chansons écartées quand sera le temps de parler de Physical Graffiti, et il y aura des choses à dire, croyez-moi.

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L'album sort sous une pochette qui subira les affres de la création : Page et son groupe ont fait appel au fameux studio de design Hipgnosis (Pink Floyd, notamment, ou UFO). Storm Thorgeson, patron du studio Hipgnosis, avait une idée bien conçue pour Houses Of The Holy : un court de tennis vert à la Wimbledon avec une raquette de tennis. Allusion au vacarme fait par la musique du groupe (vacarme : 'racket' en anglais, aussi le terme pour 'raquette'). On devine aisément que Page ne sera pas content du tout du résultat, et exigera une autre pochette, qui sera faite en Irlande, sur la fameuse Giant's Causeway (la Chaussée des Géants), un site naturel magnifique. Les enfants sont au nombre de deux (ils seront démultipliés), un garçon et une fille, que j'ai longtemps cru être les enfants de Robert Plant (Karac et Carmen), mais sont en fait deux enfants choisis par casting, un frère et une soeur, Stefan et Samantha Gates (Stefan, cinq ou six ans à l'époque, est devenu animateur TV en Angleterre, spécialisé dans la cuisine, et a affirmé n'avoir jamais osé, pendant des années, écouter l'album, sa pochette le rendant mal à l'aise, le simple fait de le voir nu, démultiplié, dans un site aussi étrange, avec toutes ces teintes colorées... ; au cours d'un voyage à la Giant's Causeway, voyage enregistré par la BBC, il a écouté, sur place, pour la première fois, l'album, en 2010 !). Pour les couleurs, ce serait une erreur d'impression, qui fut conservée telle quelle (la pochette intérieure est également très étrange, belle, et avec plein de couleurs psychédéliques). Cette pochette fut parfois censurée (un sticker collé sur le cul de la petite fille au premier plan, avec le titre de l'album).

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Intérieur de pochette

Long de 41 minutes, Houses Of The Holy est l'album le plus aventureux du groupe. En 8 titres, le Dirigeable de Plomb alterne les genres comme personne : rock progressif, funk, reggae, pop, hard-rock, rock pur, acoustique... L'album sera encore une fois un succès colossal, la tournée qui suivra sera monstrueuse (un live au Madison Square Garden de New York, en 1973, sera capté, et deviendra un album et un film live en 1976 ; le live How The West Was Won de 2003 est basé sur des bootlegs de 1972 de deux concerts californiens où le groupe joua en avant-première des chansons de l'album), mais il y aura quelques critiques assez négatives sur Houses Of The Holy : on accusera le groupe de se répandre, de faire trop d'expérimentations, d'oublier qu'à la base, c'est un groupe de hard-rock. Il faut dire qu'ici, le groupe expérimente : The Crunge est un funk-rock sous influence James Brown (le final est un pastiche du Take it to the bridge ! que Jaaaaaames Brown faisait souvent pendant Get Up I Feel Like Being Like A Sex Machine, et on a aussi des allusions à Otis Redding via des références à Respect et Mr. Pitiful), D'Yer Mak'er est un reggae, The Song Remains The Same (qui sera le titre du live et du film sortis en 1976) et The Rain Song font très progressifs... Houses Of The Holy est parfois considéré comme un album mineur, voire raté, de Led Zeppelin ; en fait, c'est un de leurs meilleurs, un de leurs plus recherchés et innovants, mais il est vrai que The Crunge est très moyen, même médiocre (cependant, assez amusant et sympa), et que D'Yer Mak'er (qui serait la prononciation à la jamaïcaine du mot "Jamaica", mais signifie aussi est-ce que tu l'a forcée ?, en gros) est une grosse merde innommable, un truc pas net et totalement inexcusable de la part d'un groupe pareil. Dire que cette chanson détestée par John Paul Jones est sortie en single (The Crunge en face B)... D'Yer Mak'er est l'exemple même, selon un des membres du groupe (Plant, je crois) qu'il ne faut pas se risquer à faire du reggae si on n'est pas jamaïcain.

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Pochette extérieure dépliée

Le reste de l'album est grandiose, même si j'ai eu du mal, au départ, avec Dancing Days, chanson très pop et vaguement orientalisante, ouvrant la face B. C'est sa version live présente sur How The West Was Won qui m'a fait aimer la version studio ! Néanmoins, le refrain est parfois un peu saoûlant, et cette chanson pour sympathique, n'est clairement pas le sommet de l'album. The Ocean, charmante chanson bien rock achevant l'album, et dédiée à Carmen, fille de Plant, non plus, malgré qu'elle soit remarquable, n'est pas le sommet. Pour ça, il faut voir du côté de The Song Remains The Same, chanson étonnant ouvrant le bal sur une fantaisie hawaïenne/Disney, avec notamment des effets comiques sur la voix de Plant (accélérée, vers la fin) et un solo de guitare fantastique de la part de Pagey. Ou bien, du côté de Over The Hills And Far Away, merveilleuse chanson à moitié acoustique, une ballade qui semble inspirée par Tolkien, enfin, pas sûr, mais ça y fait penser. Ou bien, The Rain Song, chanson la plus longue (7,30 minutes), qui suit directement, sans pause, The Song Remains The Same, et qui est une pure splendeur acoustique, lyrique, poétique, pleine de mellotron, interprétée par un Plant touchant, sur les quatre saisons de la vie. Sur le live de 1976 (capté en 1973), cette chanson est à faire frissonner. Mais le vrai sommet, le pur, est probablement No Quarter, 7 minutes absolument tétanisantes, essentiellement signées Jones (son mellotron est à la fête ici), une chanson glauque, sombre, flippante limite, sur les Vikings. They carry news that must get though, they hold no quarter... Là aussi, en live (version de 12 minutes sur le live de 1976), ça sera...dantesque.

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Album mal-aimé, mais au succès très important, Houses Of The Holy, certes pas parfait (c'est le premier album du groupe avec autant de mauvaises chansons, même s'il n'y en à que deux), est quand même, encore une fois, une réussite pour le groupe. C'est le dernier album de Led Zeppelin à sortir sur le label Atlantic, tel quel : dès l'année suivante, le groupe fondera son propre label, Swan Song (hébergé par Atlantic Records), et leurs albums sortiront sur ce label. Houses Of The Holy n'est pas le dernier coup d'éclat du groupe, leur album suivant étant généralement considéré comme le magnum opus (la suite tout à l'heure dans la journée), mais c'est, pour moi, un des albums les plus attachants de Led Zeppelin, et même si je serai plus précis en l'abordant tout à l'heure, autant le dire tout de suite, je le trouve nettement plus convaincant et attachant que Physical Graffiti (le suivant). En gros, oui, Houses Of The Holy est encore une fois un putain de classique du rock !

FACE A

The Song Remains The Same

The Rain Song

Over The Hills And Far Away

The Crunge

FACE B

Dancing Days

D'Yer Mak'er

No Quarter

The Ocean