Led Zeppelin - Physical Graffiti_front

Pourquoi reparler de cet album ayant déjà été abordé ici deux fois en chronique, et une fois en Track-by-track (plus les inévitables articles de clips de chansons, toutes y ont eu droit, sur cet album) ? Hé bien...vous ais-je déjà dit à quel point cet album me tenait à coeur, à quel point j'en étais fana ? J'avais donc envie d'en faire la chronique ultime, après celle-là, le déluge, si on peut dire. En plus, les deux précédentes chroniques (qui n'existent dès lors plus, effacées, remplacées, et la première des deux, depuis longtemps !) ne lui rendaient pas justice, à cet album, Physical Graffiti, sixième opus studio de Led Zeppelin. En même temps, elles (les chroniques) reflétaient mes sentiments vis-à-vis de l'album, sentiments ayant depuis changé, et je sais que des changements d'opinion, concernant ce disque, il n'y en aura plus désormais. Quand j'ai découvert ce disque, il y à environ 15 ans, alors que je découvrais Led Zeppelin (après le quatrième opus sans titre et Houses Of The Holy, ce fut mon troisième disque du groupe), je l'ai instantanément adoré, même si deux de ses chansons ne me plaisaient pas trop, Houses Of The Holy et Black Country Woman. Par la suite, au fil des écoutes, je me suis progressivement rendu compte des défauts de l'album, défauts qui n'en sont pas, en fait, mais que je voyais comme tels à l'époque de mes 16/17 ans : trop de styles différents sur ce double album (toujours double en CD : 82 minutes environ), quasiment un style par chanson : rock pur, hard-rock, folk, instrumental acoustique, glam-hard, blues terminal, orientalisme, ballade, boogie, rock salace, funk-rock, rock progressif...

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Robert Plant, John Paul Jones, Jimmy Page dans le Starship, jet privé du groupe

Et ce côté très hétéroclite, aventureux, était pour moi un flagrant manque de cohérence, d'autant plus que la moitié (7 sur 15) des titres de l'album ne provenaient pas des sessions d'enregistrement, en 1974, de Physical Graffiti, mais des sessions des trois précédents opus, chansons mises de côté à l'époque soit par manque de place, soit parce qu'elles ne plaisaient pas au groupe. Rien que vocalement, on sait quelle chanson est ancienne, et laquelle ne l'est pas (Entre 1972 et 1974, Robert Plant a en effet un peu souffert de la voix, à force d'en user en concerts). Mais de toutes façons, le groupe n'a pas triché, et indiquera clairement les lieux de sessions sur la pochette, et dira, en interviews, en quoi ce disque, sorti en 1975, est original : à moitié constitué, donc, de morceaux issus d'anciennes sessions, et à moitié constitué de nouveaux titres. J'entends déjà les critiques : le groupe avait refusé de mettre ces anciennes chansons sur les précédents opus, et là, ils font un double album (ce qu'ils avaient auparavant toujours refusé de faire, estimant ce format prétentieux et rarement synonyme de perfection), avec ces chansons. En quoi ces chansons seraient-elles devenues réussies, tout d'un coup ? Mais je n'ai jamais dit qu'elles étaient mauvaises, en même temps. Plant lui-même dira, en 1973, au cours d'une interview (et alors que Physical Graffiti n'était même pas une goutte dans le slip de son père), qu'il avait eu l'occasion d'entendre des chansons mises de côté par le groupe, et qu'il trouvait au final meilleures que certaines situées sur les albums. Une fois la tournée de Houses Of The Holy (1972/1973) achevée, le groupe décide, pour 1974, de s'octroyer un peu de repos. Et profite de cette année pour créer son propre label, Swan Song (visuel du label plus bas), hébergé par Atlantic Records (qui avait signé le groupe). Le premier opus (éponyme) du groupe de hard-rock Bad Company de Paul Rodgers, et le Silk Torpedo des Pretty Things seront, en 1974, avant Physical Graffiti, les premières sorties d'albums de Swan Song Records. Dans la foulée, faire un nouvel album ne serait pas mauvais, semblent se dire les membres du groupe et leur imposant manager Peter Grant.

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Label de la face A de l'album, avec le lolo de la maison de disques du groupe, Swan Song Records.

C'est donc au cours de 1974 que le groupe, à la Headley Grange, enregistrera les nouvelles chansons, composées pour certaines quasiment sur place durant les sessions (une habitude du groupe : Stairway To Heaven, en 1971, fut fait en un temps record, Plant écrivant les paroles dans son coin pendant quelques heures pendant que Jimmy Page, le guitariste, travaillait la mélodie). Mais ce ne furent pas des sessions de tout repos. Elles furent quelque peu parasitées par le désir de John Paul Jones (basse, claviers) de quitter le groupe pour se reconvertir en...organiste d'église. Il faudra toute la force de conviction du groupe et de Peter Grant (qui, apparemment, savait facilement être très persuasif !) pour le convaincre de rester. Les sessions se déroulent, le groupe y accouche de 8 titres (un peu plus de 8 titres, en fait : parmi les morceaux non retenus pour l'album figure une pièce instrumentale du nom de Swan Song). Se rendant compte que ce qu'ils ont enregistré représente facilement un album entier, mais qu'ils ne pourraient pas tout caser sur le disque et seraient donc obligés de laisser de côté un ou deux morceaux, ce qu'ils se refusent à faire, l'évidence se fait : il faut faire un double album. Alors, soit ils se cassent la nénette pour écrire en urgence d'autres morceaux, au risque de faire de la merde, soit ils utilisent les morceaux laissés de côté au cours des précédentes sessions d'album. Cette solution fut la plus appropriée : non seulement ils faisaient le ménage dans leurs archives (!), mais en plus, ces morceaux étant dans l'ensemble d'un excellent niveau, ils s'assuraient d'un disque convaincant. C'est ainsi que 7 titres seront utilisés, totalisant environ 30 minutes (pour info, les 8 titres inédits de 1974 totalisent, eux, environ 52 minutes).

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Physical Graffiti, qui n'avait pas encore de titre, sera donc double, et fera une heure et vingt minutes. Reste à trouver un titre et une pochette convenables. Le titre découlera de la pochette, en la voyant, le groupe le trouvera assez facilement. Et la pochette ? Simple et percutante à la fois, et son originalité fera du disque un des plus chers de l'histoire du rock (et retardera quelque peu sa sortie) : on y voit un immeuble de New York (photo de l'immeuble plus bas dans l'article), la façade de jour au recto, la façade de nuit au verso. La pochette, épaisse, ne s'ouvre pas sur le côté, comme d'habitude, mais sur le haut, et ne se déplie pas. A l'intérieur, on a deux sous-pochettes (s'ouvrant, elles, sur le côté et non pas sur le haut ; afin d'éviter que la poussière ne rentre dans les pochettes et ne se dépose sur les disques eux-mêmes ; à ce titre, celles et ceux qui possèdent des vinyles et les rangent en mettant l'ouverture des sous-pochettes dans le même sens que celle de la pochette principale, afin de ne pas se faire chier et de retirer le disque plus facilement, ne savent sans doute pas qu'en faisant ça, ils augmentent  considérablement le risque de niquer leurs vinyles, mais je dis ça, je dis rien), lesquelles sous-pochettes sont à l'identique de la pochette (recto comme verso), à la différence qu'on a des illustrations diverses et variées dans les fenêtres de l'immeuble (photos des membres du groupe et de Peter Grant, du couronnement d'Elizabeth II, de Lee Harvey Oswald, dessins divers, pin-ups, etc). Autant d'illustrations différentes par fenêtre et sous-pochette. On a aussi, dans la pochette, un insert/rabat double, plié par le bas, avec les crédits (deux-trois timings de chansons sont  d'ailleurs erronés) et les reproductions des fenêtres recto et verso, avec une lettre du titre de l'album par fenêtre (pour le recto), et du blanc (pour le verso). Une précision importante, cruciale, même : les fenêtres, dans la pochette principale, sont découpées (pour les possesseurs du vinyle : une surpochette plastifiée est des plus requises, pour éviter au maximum d'abîmer la pochette). Recto comme verso. Le rabat principal, à l'intérieur duquel sont glissées les sous-pochettes, sert donc de base pour le titre de l'album, les lettres apparaissant dans les découpures. Mais on peut changer la pochette en glissant les sous-pochettes devant, ou derrière, afin de mettre les illustrations au niveau des découpures. Ce qui est plus facile à faire qu'à expliquer dans l'article, désolé si j'ai été lourd, mais je pense qu'en 2014, 39 ans après la sortie de l'album (l'an prochain, la réédition collector sortira, pour ses 40 ans), tout le monde s'intéressant à peu près au rock sait de quoi il en retourne, concernant Physical Graffiti (et comme on le voit, son titre découle de sa pochette : graffiti physique). Visuel plus bas, sinon, pour une partie du rabat intérieur. Je me suis payé le disque en vinyle (édition française de 1975) rien que pour avoir le bonheur de posséder cette pochette sous ce format, car autant le dire, le CD ne rend pas justice à cet artwork, qu'il n'a pas vraiment reproduit (pas de découpures, évidemment).

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Il est temps de parler de l'album d'un point de vue musical, non ? Et là, je dois parler de ma seconde période concernant l'album. J'ai dit plus haut que j'ai commencé par adorer Physical Graffiti, tout en me rendant progressivement compte qu'il y avait des choses qui ne me plaisaient pas trop dessus (trop de styles différents, manque de cohérence interne selon moi, manque de rigueur aussi, etc). Ces petits détails ont fait que, progressivement, je me suis désolidarisé de l'album, j'ai commencé à de moins en moins l'apprécier, jusqu'à arriver à le trouver totalement inégal et surfait. Pendant des plombes, je ne l'ai plus écouté (je l'avais, en même temps, tellement écouté que je le connaissais par coeur ou presque), ses défauts étant devenus plus importants que ses (plus nombreuses) qualités. Je trouvais certaines chansons trop longues, irritantes. D'autres médiocres. Enfin bref, je n'aimais plus l'album. Puis j'ai mûri (ça peut faire prétentieux de dire ça, je sais), je me suis remis à écouter du Led Zeppelin, et ce qui ne me plaisait pas, ce côté aventureux, est devenu, en fait, ce qui me faisait le plus souvent revenir vers l'album. Je me suis mis à le réécouter, souvent, très souvent, ce fut quasiment du matraquage en fait, car je voulais vraiment essayer de piger comment j'avais pu ne plus aimer ce disque. Pendant une période d'environ deux ans, je ne l'avais plus écouté ; pendant une période d'environ 8 mois, je le passais environ trois fois par semaine, un rituel quasiment sacré. Jamais aucune lassitude durant l'écoute, j'avais beau l'avoir écouté deux jours plus tôt, dès que je glissais le disque (je ne m'étais pas encore procuré le vinyle, ça n'allait pas tarder à l'époque) et que Custard Pie, et son gros riff, démarrait, j'avais le slip tendu pendant 82 minutes, jusqu'au dernier ah-ah-aaaaah-ah-ah de Plant à la fin de Sick Again. Sans vouloir être vulgaire, ce disque, il déchire son aïeul avec ses dents (et, pour paraphraser le rock-critic Nick Kent quand il en parlait dans le New Musical Express  - ou NME - à l'époque de sa sortie en 1975, il bouffe Houses Of The Holy chaque matin au petit-déjeuner, par pure férocité).

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L'immeuble de la pochette (a aussi servi pour le clip du Waiting On A Friend des Rolling Stones en 1981)

Bon, l'album. Ais-je déjà dit que c'était une tuerie dans son genre ? Une fois qu'on commence à aimer l'album, à vraiment l'adorer, on sait que c'est pour la vie. C'est le genre de disque qui vous retourne, vous fait encore plus aimer le rock, et mieux même, vous fait aimer les projets de dingue, les double-albums, les disques hétéroclites à la Exile On Main St. (Rolling Stones) ou Double Blanc (Beatles). Au même titre que le premier album cité (et dont la pochette est elle aussi une successions d'images diverses et variées, dont certaines du groupe ; une référence pour Led Zeppelin, même involontaire ?), celui des Stones, Physical Graffiti ne renferme au final aucune mauvaise chanson (pour l'album des Beatles : il est immense, et mythique, on le sait, mais on sait aussi que parmi ses 30 morceaux, on en a, pas la majorité certes, qui sont vraiment fadasses, voire atroces, comme Good Night ou Ob-La-Di, Ob-La-Da). Les deux titres qui ne me plaisaient pas au départ, Houses Of The Holy et Black Country Woman, sont avec le temps devenus certains de mes préférés de l'opus. Le premier, jamais joué live, est un rock endiablé et sautillant, que le groupe avait enregistré durant les sessions de l'album lui devant son nom (!) mais ne conservera pas au final, trouvant qu'il ressemblait trop à Dancing Days, morceau se trouvant sur Houses Of The Holy, et que le groupe estimera donc supérieur (ce qui n'est pas le cas selon moi) ; le second, aussi issu des sessions de Houses Of The Holy, est une complainte acoustique qui fut enregistrée dans le jardin de la propriété de Stargroves (appartenant à Mick Jagger), là où fut d'ailleurs fait quasiment tout Houses Of The Holy. Le groupe l'a enregistrée pépère, dehors, et on entend, au tout début, le bruit d'un avion survolant le jardin, un rire, la voix de l'ingénieur du son demandant si on efface le bruit de l'avion, et Plant lui dire nah, leave it, yeah (n'an, t'as qu'à le laisser dessus') avant que le morceau ne démarre. Le groupe ne le jouera live que durant la tournée 1977 (de l'album Presence, 1976), mais uniquement dans une courte version de même pas 2 minutes, imbriquée dans leur set acoustique de milieu de concert.

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 Une des sous-pochettes

Physical Graffiti s'ouvre donc sur Custard Pie, un bon gros rock bien salace (les paroles en double-sens... quand Plant demande à la fille de la chanson de lui garder un petit bout de sa tarte, il ne faut pas forcément comprendre qu'il parle d'une vraie tarte, évidemment) que le groupe n'interprétera jamais sur scène. Le riff est ravageur, c'est la première chose qu'on entend quand le morceau démarre, et il marque les mémoires. Longue de 4 minutes, cette chanson n'est peut-être pas le sommet de l'album, mais elle est, en revanche, une ouverture d'album saisissante (quand on y réfléchit bien, toutes les ouvertures d'albums de Led Zeppelin, même celle de CODA, sont immenses). Le morceau fait partie de ceux enregistrés à Headley Grange en 1974. On passe à The Rover, 5,30 minutes (au lieu des 5,55 créditées sur le vinyle) de frissons bluesy, morceau titanesque que le groupe, aussi, ne jouera jamais live (sauf l'intro, qui servira en 1977 pour lancer Sick Again), ce qui est terriblement dommage. Issu des sessions 1972 de Houses Of The Holy, ce morceau est si puissant, si grandiose, qu'on se demande vraiment comment le groupe a-t-il pu le laisser de côté à l'époque, si ce n'est par manque de place. Quand on sait que sur Houses Of The Holy se trouvent des morceaux aussi ratés que le pastiche reggae D'Yer Mak'er (une abomination) ou le pastiche (encore un !) de funk The Crunge, on se dit que le groupe n'a pas fait les meilleurs choix, à l'époque... Après ce morceau gigantesque (I Know to trip is just to fall), place à ce qui restera à vie comme étant le morceau studio le plus long de la discographie du groupe, avec 11 minutes : In My Time Of Dying. Enregistré en 1974, c'est une reprise déguisée, comme souvent avec Led Zep, d'un vieux standard de blues (Jesus Gonna Make Up My Dying Bed). Un morceau qu'avant, je trouvais interminable, boursouflé, inégal, mais qui est, en réalité, d'une force, mais d'une force... En live (tournées 1975 et 1977, et le concert de reformation de 2007), ce sera un vrai cheval de bataille, jamais étendu à 20 minutes ou plus (la durée sera toujours de 11/12 minutes), mais toujours puissant. Plant y chante comme un homme sur le point de canner, la chanson parle de ça, hey, Saint Peter, at the Gates of Heaven, won't you let me in ? I never did no wrong, never did no wrong... Quand, vers les 7 minutes, Plant se met à répéter Oh my Jesus, oh my Jesus, sur un riff cyclique et répétitif (sans doute un peu trop, mais qu'est-ce qu'il est bon, putaing !), total frisson. Le morceau se finit comiquement sur Plant marmonnant oh Jesus gonna make my dying, dying, dying... [bruit de toux de la part de je ne sais pas qui, le batteur John Bonham, l'ingénieur du son, Jimmy Page ?] ... cough (ce qui signifie 'toux' en anglais, je le rappelle). Puis la voix de Bonham, dans lointain, disant hé, ça doit être la bonne, celle-là, non ?, puis l'ingénieur du son qui lui dit Viens écouter, et Bonham le remerciant. Fin de la face A.

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Recto de pochette avec une des sous-pochettes glissées sur l'insert

La B s'ouvre sur Houses Of The Holy dont j'ai déjà parlé plus haut, et ensuite, c'est au tour des 5,35 minutes de Trampled Under Foot, morceau qui sera un vrai monstre en live, un des morceaux préférés de Robert Plant, et qui date des sessions de 1974. Monstre absolu, ce titre est une sorte de croisement furieux entre le Superstition de Stevie Wonder (d'ailleurs, John Paul Jones y joue, je parle de Trampled Under Foot hein, du clavinet, comme Stevie sur sa chanson) et le Long Train Runnin' des Doobie Brothers, auquel la chanson m'a toujours fait penser. Mais à la base, cette chanson est une sorte de version zeppelinienne d'un vieux standard de blues de Robert Johnson intitulé Terraplane Blues. Ce que Plant ne manquera jamais de préciser en live, histoire de dire non, on ne fait pas que piquer des vieux plans blues sans créditer les auteurs de base (chose que, hélas, Led Zeppelin et d'autres groupes ont souvent fait, et ça leur a causé des ennuis juridiques). Le clavinet de Jonesy est pour beaucoup dans la réussite de l'ensemble. Quand, en 2009, le supergroupe Them Crooked Vultures, constitué de John Paul Jones, du batteur Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters) et du guitariste et chanteur Josh Homme (Queens Of The Stone Age et avant ça, Kyuss) sera fondé, Jonesy utilisera son clavinet sur le très creamien Scumbag Blues, ce qui fera furieusement penser à Trampled Under Foot, évidemment. Manière comme une autre de rendre hommage à cette légendaire chanson. Le morceau suivant, dernier du premier disque (constitué donc de 6 titres, pour 39,30 minutes), dure 8, 28 minutes (et non pas 9,40 minutes comme indiqué sur le vinyle), et s'appelle Kashmir. No comment, pas vrai ? Et pourtant, il va bien falloir le commenter, ce morceau gigantesque, écrit par Plant après un séjour qu'il fit non pas au Cachemire, mais au Maroc (!). Mais le morceau parle du Cachemire, Plant nous y emmène par la force des mots, et la mélodie, orientalisante et heavy en même temps, avec peu de guitare (en live, ça sera plus poussé de ce côté-là ; d'ailleurs, je trouve qu'en live, ce morceau était souvent moyen, le mellotron, qui imite l'orchestration symphonique de la version studio, sonnant assez cacophoniquement, parfois) mais une orchestration bien puissante. Ce morceau est un des plus légendaires du groupe, le second meilleur de Led Zeppelin derrière Stairway To Heaven selon pas mal de fans. Certains le citent même en premier ! Issu des sessions de 1974, ce morceau sur lequel Plant est en feu est une manière inoubliable d'achever le premier volume de Physical Graffiti. Il sera samplé (avec l'intro de batterie d'un autre morceau de Led Zep, When The Levee Breaks) par Puff Daddy pour son oubliable Come With Me qui servira dans la bande-son de Godzilla en 1998 (et sera utilisé par Téléfoot sur TF1 avant qu'ils ne reprennent le thème de RZA pour Kill Bill). Fin de la face B.

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Dos du boîtier CD (ça a moins de gueule que le vinyle, hein ?)

La face C, autrement dit le début du second volume, est la moins zeppelinienne de l'album. La plus aventureuse. Elle s'ouvre étrangement par les 8,45 minutes de In The Light, issu des sessions 1974. Considéré, à l'époque, par Page comme le Stairway To Heaven de l'album (et apparemment voulu comme tel), ce morceau n'est pas le plus connu et le plus révéré de l'album, mais c'est une petite féérie quasiment progressive, s'ouvrant lentement sur un synthétiseur (ou un orgue) posant une mélodie assez lugubre, et la voix de Plant, lugubre aussi, un peu bidouillée par des effets électroniques, déboule : And...if...you...feeeeeeelllll...that you can't go ooooon... Progressivement, le morceau s'installe, batterie, un bon riff de guitare, la voix de Plant devient 'normale', sans effets. Bien que long, le morceau est remarquable, je peux comprendre que certains le trouvent trop long, mais je trouve, aussi, que sa durée est bien utilisée. C'est une belle montée en puissance, le riff principal est efficace, sublime. Après cette ouverture (de second disque) étonnante et ne ressemblant pas vraiment à du Led Zep classique (le groupe ne je jouera jamais en concert), on passe à Bron-Yr-Aur, un instrumental acoustique très court (2 minutes) issu des sessions du troisième opus, en 1970. C'est le seul morceau issu des sessions de Led Zeppelin III, le plus ancien des laissés-pour-compte des anciennes sessions à avoir été utilisé ici. Splendeur attachante et acoustique, ce morceau puise son nom du petit cottage gallois où Page et Plant (et leurs épouses) se sont rendus pour composer les chansons de III, en 1970. D'ailleurs, parmi les morceaux de III se trouvera un Bron-Y-Aur Stomp (l'absence de r dans le titre est apparemment une erreur, qui fut conservée). Bron-Yr-Aur signifierait, en celtique gallois, Poitrine d'Or. Magnifique intermède, jamais joué live. Down By The Seaside suit, c'est un morceau nettement plus long (5,15 minutes), à l'ambiance folk/country, à la guitare quelque peu hawaïenne, digne du meilleur de Neil Young période After The Gold Rush/Harvest. Issu des sessions du quatrième album (1971), soit à l'époque où Neil Young avait fait le premier album que j'ai cité et commençait sans doute à préparer le second des deux, c'est une petite merveille qui, hélas, ne sera jamais jouée live. Le bridge de la chanson, plus musclé et rock que le reste, est un excellent passage, très différent du reste du morceau. Sans doute que les détracteurs de cette chanson si peu zeppelinienne doivent trouver que c'est son meilleur moment ! On arrive ensuite à Ten Years Gone, morceau de 6,30 minutes (et non pas 6,55 minutes comme indiqué sur le vinyle). Issu des sessions 1974, il ne sera joué live que pendant la tournée 1977, pas avant, ni après. C'est une pure splendeur digne de Stairway To Heaven ou The Rain Song, une ballade rock pleine de nostalgie, de mélancolie (Plant y parle d'un ancien amour, révolu depuis des années, mais jamais oublié), Page y est en grande forme, la rythmique, subtile et efficace en même temps, est magistrale. Une conclusion de face efficace, et, donc... Fin de la face C.

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Night Flight, 3,35 minutes, issu des sessions du quatrième opus sans titre de 1971, ouvre la dernière face de Physical Graffiti. Bien qu'étant, musicalement, un des titres les moins forts de l'album, c'est une petite perle assez pop, sur laquelle Plant est en grande forme (malgré cela, ses huuuh ! huuuh ! huuuh ! en final, m'ont toujours fait penser à quelqu'un de constipé s'escrimant sur le pot, j'en suis terriblement désolé...). Ca ne vole pas haut, malgré son titre (ah ah ah), et c'est très probablement le morceau le moins percutant et réussi de Physical Graffiti, mais je l'aime bien, et l'ai toujours bien aimé. Jamais joué live. The Wanton Song, qui suit, dure 4 minutes, est issu des sessions de 1974, et sera interprété live à quelques rares repriss en début de tournée 1975. Mais le groupe l'abandonnera rapidement, soit parce qu'il estimera que le morceau ne passera pas bien en live, soit parce qu'il est trop proche de Sick Again (j'en parle plus loin). C'est une chanson férocement rock, bien énergique, sur un sujet très commun, le sexe (le titre signifie grosso merdo 'la chanson de celui qui en veut', wanton étant, en gros, le client d'une prostituée, en argot, je crois). Plant y chante d'une voix exténuée, et c'est un des morceaux de 1974 pour lesquels on se rend le plus compte que sa voix a pris un coup dans l'aile depuis 1973. Une très bonne chanson, au riff bien tenace et bourrin, les paroles ne volent pas haut, mais après tout, quelque part, on s'en contretamponne le maillot de bain contre une colonne Morris, non ? Boogie With Stu, 4 minutes aussi (et jamais joué live), suit. Issu des sessions de l'album sans nom de 1971, il s'inspire fortement du Ooh My Head de Richie Valens, et le groupe a par ailleurs crédité le nom de la mère de Valens (Valens était mort, déjà) afin de rendre des royalties, ce qui sera globalement mal pris (vu le passé de piqueurs de chansons du groupe, pas étonnant). Le titre de l'album s'explique par le fait que ça soit un boogie (ah ? bon), et que Ian 'Stu' Stewart, pianiste et manager des Rolling Stones, a collaboré sur ce titre. Ce n'est pas de l'immense, mais c'est un très bon petit morceau. Le morceau suivant, j'en ai parlé plus haut, c'est Black Country Woman, issu donc des sessions de Houses Of The Holy, et possédant une intro amusante et parlée. Un honnête morceau acoustique que j'ai mis du temps à aimer, mais c'est désormais chose faite. Le morceau dure 4,25 minutes, et sera donc joué live en 1977 dans une courte version épurée sans grand intérêt... On a ensuie un petit peu de silence, un espace de vide plus long que de coutume (genre 4 secondes, ou 5) entre cette chanson et la suivante et dernière, Sick Again, 4,45 minutes, issue des sessions de 1974. J'ignore le pourquoi de ce silence plus étendu, qui se trouve sur toutes les éditions (vinyle, CD, cassette) de l'album. Histoire de marquer le coup de la Grande Finale ? Morceau parlant des groupies, et sur un mode des plus sarcastiques, Sick Again, qui sera joué live en 1975 et 1977 (les versions live de 1977 s'ouvriront sur l'intro de The Rover) est un délice hard-glam de toute force et de toute beauté, Plant y est en état de grâce... Rien d'autre à dire. Ah, si. Fin de la face D.

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Physical Graffiti est donc un monument du rock, du hard-rock. Paradoxalement, le quatrième album, de 1971, reste le sommet du groupe, mais ce double album de 1975, avec toute sa grandiloquence, restera à vie mon chouchou, mon grand préféré d'eux, et un de mes disques de chevet ultimes (ceci dit, l'album de 1971 n'est pas loin derrière). J'aime tout, ici, les 15 titres (Night Flight moins que les autres, mais je l'adore quand même, ah mais !), la pochette, son titre, les différentes illustrations des fenêtres... La production, bien qu'hétéroclite (après tout, la moitié de ce que l'on entend, 7 titres sur 15, vient de trois sessions différentes, de trois années différentes, de lieux d'enregistrements différents, et le reste, de 1974), est juste géniale, le son est parfait. Dans la galaxie des double albums studio, Physical Graffiti tient, avec Exile On Main St. des Stones, Songs In The Key Of Life de Stevie Wonder, Goodbye Yellow Brick Road d'Elton John et le Double Blanc des Beatles, une place de choix. Je ne suis pas loin de penser, d'ailleurs, que c'est peut-être même le meilleur double album studio qui soit, juste devant celui des Stones ! Bref, totalement, rigoureusement in-dis-pen-sable.

FACE A

Custard Pie

The Rover

In My Time Of Dying

FACE B

Houses Of The Holy

Trampled Under Foot

Kashmir

FACE C

In The Light

Bron-Yr-Aur

Down By The Seaside

Ten Years Gone

FACE D

Night Flight

The Wanton Song

Boogie With Stu

Black Country Woman

Sick Again